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Toute cette viande. Ces tonnes de carcasses avariées stockées par des commerçants qui ont vu plus grand que la capacité du marché. Toutes ces bêtes égorgées pour rien. L’image, entêtante, obsédante, de cette matière animale en putréfaction (il semble qu’on en découvre encore tous les jours) se superpose à celles que les médias diffusent d’heure en heure, d’enfants égorgés et de carnages abominables. Les témoignages de tortures, de traques, de massacres ne cessent pas, et l’odeur du sang monte et dérive partout, âcre, terrifiante. À Bagdad, on trouve depuis quelques jours des adolescents lapidés, d’autres assassinés par balles. Ils ont voulu se distinguer (tous les adolescents du monde ne le font-ils pas ?), s’habiller autrement, afficher le look « emo », ces panoplies noires pseudogothiques empruntées à l’Angleterre du XIXe siècle, si populaires en ces temps déboussolés. Il ne fait pas bon oser la différence dans ces contrées à forte domination communautaire et confessionnelle. L’habit ne fait peut-être pas le moine, mais aux yeux des milices des mœurs, il fait le déviant. Le saviez-vous, il existe en Irak un ministère des Droits de l’homme ? Ce ministère a un site Internet sur lequel il rassure les gens « normaux », affirmant suivre « le phénomène des » emos « ou adorateurs du diable » (sic) et précisant avoir une autorisation officielle de les éliminer dès que possible. Le sort des homosexuels n’est pas plus rassurant. Ils sont torturés, démembrés, écrasés avec des blocs de béton. Pendant ce temps, dans les prisons du monde arabe, officiers et matons ne se privent pas de violer les accusés soumis à la torture. À croire que l’occasion fait le larron. Ce n’est pas un secret que la population masculine a, dans nos contrées, un problème fondamental, pathologique avec les femmes. Un problème qui continuera à générer des sociétés violentes et malsaines tant qu’on s’obstinera à en ignorer l’existence.


Où en est-on à Beyrouth ? Oh loin de tout ça. On torture moins, on laisse parfois la paix aux « emos » et aux homos. Mais les travailleuses étrangères continuent à faire les frais d’une intolérance viscérale, un racisme tout aussi irrépressible qu’inexplicable dans un pays pourtant ouvert à tous les vents et toutes les migrations. Les images de la jeune Éthiopienne brutalisée à la porte de l’ambassade de son pays, insultée, soulevée par le col et par les cheveux, portée par les jambes et forcée à entrer dans une voiture ont fait le tour du monde. La malheureuse s’est suicidée hier, a-t-on rapporté de l’hôpital de la Croix où elle a été internée. Beyrouth n’écrase pas les gens avec des blocs de béton. Elle les écrase par son mépris. À Beyrouth, on est sourd aux souffrances d’autrui, mais on n’est pas muet. Et il n’est pas rare que la violence verbale se mue en violence physique, et que les plus faibles en fassent les frais. Il y a décidément sous nos latitudes un rapport inquiétant au corps de l’autre.

Toute cette viande. Ces tonnes de carcasses avariées stockées par des commerçants qui ont vu plus grand que la capacité du marché. Toutes ces bêtes égorgées pour rien. L’image, entêtante, obsédante, de cette matière animale en putréfaction (il semble qu’on en découvre encore tous les jours) se superpose à celles que les médias diffusent d’heure en heure, d’enfants égorgés et de carnages abominables. Les témoignages de tortures, de traques, de massacres ne cessent pas, et l’odeur du sang monte et dérive partout, âcre, terrifiante. À Bagdad, on trouve depuis quelques jours des adolescents lapidés, d’autres assassinés par balles. Ils ont voulu se distinguer (tous les adolescents du monde ne le font-ils pas ?), s’habiller autrement, afficher le look « emo », ces panoplies noires pseudogothiques...
commentaires (2)

bravo .....comme toujours.

Audi Claude

05 h 05, le 15 mars 2012

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Commentaires (2)

  • bravo .....comme toujours.

    Audi Claude

    05 h 05, le 15 mars 2012

  • Une personne, c’est une masse de chair et de cervelle qui constitue une porte béante pour le Bien ou le Mal. Chez nous c’ est le mal , la haine le vice et le racisme surtout qui triomphent de nos jours .Sadiques ou masochistes nous acceptons malheureusement et de plein gré de vivre dans cette société maladive . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha A. Nazira

    04 h 32, le 15 mars 2012

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