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À La Une - Le Point

La guerre sans dentelles

11 novembre 1918. Un journaliste raconte la réaction des quelques hommes politiques français auxquels il a pris sur lui d’annoncer la signature de l’armistice, intervenue à l’issue de cinquante-deux mois de guerre. « Et Clemenceau, lui demande-t-on, comment a-t-il accueilli la nouvelle ? » Réponse : « Il n’a rien dit. Après un silence qui m’a paru interminable, simplement, il a pris sa tête entre ses mains et il a pleuré. » Bouleversantes larmes d’un homme qui, plus qu’aucun autre peut-être, connaissait le prix de la victoire. Du Tigre, l’histoire retiendra aussi qu’au maréchal Foch qui voulait poursuivre le combat, il lança : « Je ne veux pas un mort de plus. »
En Israël aujourd’hui, à propos du programme nucléaire iranien, un peu partout dans le monde à propos de la Syrie, s’élèvent, de plus en plus nombreuses, des voix pour réclamer une solution militaire. Et je te refais la carte du globe et je te mobilise le ban et l’arrière-ban de la vaste tribu des politologues et des héritiers de ce cher Clausewitz pour définir à l’intention des généraux le modus operandi à adopter en la circonstance. Il y a mieux : voilà deux semaines, un fringant germanopratin, soucieux de rééditer l’exploit de Benghazi, titrait sa rubrique hebdomadaire : « Il faut maintenant une intervention en Syrie. » Et à Tel-Aviv, le ton est nettement à un outrancier bellicisme pour en finir avec la menace représentée par la bombe A des ayatollahs – laquelle, selon les dires d’innombrables spécialistes, n’est pas près de voir le jour. Mais nul, n’est-ce pas, n’est censé ignorer que pour les maîtres des destinées de l’État hébreu, mieux vaut prévenir que guérir.
Le moins paradoxal dans tout cela c’est qu’en l’occurrence, ce sont les civils qui veulent à tout prix sonner la charge et les généraux qui tirent sur le mors. Dans la capitale fédérale américaine, le Pentagone vient encore une fois de rappeler ses mises en garde contre toute hâte excessive dans le recours aux armes (frappes aériennes, création de zones d’exclusion), répondant ainsi à Barack Obama qui avait réclamé un rapport circonstancié sur les différentes options militaires. Les auteurs évoquent les risques d’une opération s’étirant dans le temps (« protracted »), mobilisant une importante force de frappe pour des raids susceptibles de faire « des milliers de victimes » et de plonger le pays dans la guerre civile. Ils citent en outre l’existence d’une importante défense antiaérienne, cadeau de la Russie et déployée à proximité des grandes agglomérations, la menace de débordements pouvant entraîner l’entrée en guerre de Téhéran et de Moscou, enfin l’absence d’une caution internationale incarnée par une vaste coalition, comme ce fut le cas pour la Libye, prête à agir contre le régime de Bachar el-Assad. La conclusion est celle-ci : « Nous pouvons tout faire. » On l’aurait deviné.
La semaine dernière, le Premier ministre israélien concluait sa tournée américaine par un plaidoyer prononcé à la Maison-Blanche en faveur d’un abandon de la politique des sanctions et un recours à l’option militaire contre la République islamique, suscitant chez son interlocuteur une attention à peine polie. Dans sa croisade, Benjamin Netanyahu doit par ailleurs se garder sur son front intérieur, où les avis favorables à ses positions ne sont pas nombreuses. Là aussi les officiers supérieurs, anciens ou actuels chefs des services spéciaux ont adopté depuis longtemps des positions à l’opposé de celles des responsables civils. Yaacov Amidror, conseiller à la Sécurité nationale, ne le dit pas ouvertement, mais son jugement sur une expédition englobant près de cent avions à des milliers de kilomètres de leur base paraît mesuré, contrairement à celui de Meir Dagan. L’ancien chef du Mossad ne manque pas une occasion de donner de la voix contre les adeptes du blitzkrieg, une éventualité jugée un jour comme étant « stupide » et un autre jour comme devant immanquablement conduire à « une pluie de missiles » sur le territoire israélien. Le troisième homme dans ce dossier, celui qui devra appuyer sur le bouton, le ministre de la Défense Ehud Barak, préfère botter en touche et souligner qu’à son sens, l’Iran « exagère ses succès ».
Retour à la question essentielle : pourquoi les « pékins » devraient-ils être des boutefeux et les briscards de douces brebis nourries au lait du pacifisme – enfin, presque? Sans doute est-ce parce que les premiers n’ont pas grandi depuis leur premier jeu de soldats de plomb et que les seconds savent ce qu’il en coûte de partir à la guerre, même en chantant et la fleur au bout du fusil.
Et aussi parce que, pour paraphraser Romain Rolland, il importe de trouver « la guerre haïssable, mais bien plus ceux qui la chantent sans la faire ».
11 novembre 1918. Un journaliste raconte la réaction des quelques hommes politiques français auxquels il a pris sur lui d’annoncer la signature de l’armistice, intervenue à l’issue de cinquante-deux mois de guerre. « Et Clemenceau, lui demande-t-on, comment a-t-il accueilli la nouvelle ? » Réponse : « Il n’a rien dit. Après un silence qui m’a paru interminable, simplement, il a pris sa tête entre ses mains et il a pleuré. » Bouleversantes larmes d’un homme qui, plus qu’aucun autre peut-être, connaissait le prix de la victoire. Du Tigre, l’histoire retiendra aussi qu’au maréchal Foch qui voulait poursuivre le combat, il lança : « Je ne veux pas un mort de plus. »En Israël aujourd’hui, à propos du programme nucléaire iranien, un peu partout dans le monde à propos de la Syrie, s’élèvent,...
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