Au moins 73 personnes ont été tuées hier en Syrie, dont la majorité dans la province d’Idleb, et près de 150 en deux jours. Photo YouTube
L’émissaire international Kofi Annan a quitté hier la Syrie, au moment où les forces du régime poursuivaient leur offensive contre plusieurs bastions de la contestation. Les forces gouvernementales ont notamment intensifié leurs attaques contre les combattants rebelles dans les régions d’Idleb, de Damas et de Hama, ainsi que la répression des manifestations à travers le pays.
Au moins 73 personnes ont été tuées hier, dont la majorité dans la province d’Idleb, où les troupes se préparaient depuis plusieurs jours à une offensive semblable à celle lancée contre Baba Amr, quartier rebelle de Homs repris le 1er mars par l’armée après un mois de siège et de pilonnage meurtrier.
Les forces régulières ont également lancé une offensive dans le district de Jisr el-Choughour, a indiqué Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien de l’homme (OSDH). « De violents combats entre déserteurs et armée se déroulent depuis le matin (hier) dans la localité d’el-Janoudieh », rattachée à ce district, a-t-il souligné. « L’armée s’apprête également à lancer une offensive contre le district rebelle de Jabal el-Zaouia », où se concentre un très grand nombre de militaires dissidents, a-t-il ajouté. Ces violences interviennent au lendemain de la mort d’au moins 91 personnes, dont 32 civils et 20 soldats. Les combattants rebelles avaient aussi enregistré un lourd bilan samedi, avec 39 morts au total, surtout dans la province d’Idleb.
Annan quitte Damas
Sur le plan diplomatique, Kofi Annan a quitté Damas après avoir présenté à Bachar el-Assad une « série de propositions concrètes » en vue d’arrêter le bain de sang, mais sans parvenir à un accord pour mettre fin à un an de contestation et de violences. « La situation est si mauvaise et dangereuse qu’on ne peut pas se permettre d’échouer », a affirmé l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe aux journalistes au terme de sa visite, se déclarant « optimiste » tout en reconnaissant que sa tâche était ardue. Rappelons que la visite de deux jours de M. Annan visait à négocier une sortie de crise alors que les violences en un an de révolte réprimée dans le sang ont fait plus de 8 500 morts, selon l’OSDH.
M. Annan a ensuite indiqué avoir présenté « une série de propositions concrètes qui auraient un impact réel sur le terrain », sans toutefois en préciser la teneur exacte. La veille, il avait déjà exprimé devant M. Assad sa « profonde préoccupation » face à la répression et rencontré des opposants qui se sont dit prêts à un dialogue si le régime donnait des « signes de bonne volonté », en particulier la fin des violences. Enfin, affirmant qu’il était impossible de « résister longtemps au vent de changement qui souffle actuellement », M. Annan a déclaré : « J’ai pressé le président (Assad) de lire le vieux proverbe africain qui dit “tu ne peux pas faire tourner le vent, donc fais tourner ta voile”. »
Les autorités syriennes n’ont pas réagi dans l’immédiat aux déclarations de l’émissaire de l’ONU. Et les médias officiels, absents hier de la conférence de presse de M. Annan, n’ont pas rapporté ses dernières déclarations, se contentant de reprendre celles du président Assad la veille, prévenant que le dialogue était voué à l’échec tant qu’il y aurait « des groupes terroristes œuvrant pour semer le chaos », en référence aux rebelles.
Parallèlement, le Conseil national syrien (CNS), coalition principale de l’opposition, a exclu dans un communiqué toute négociation tant que Bachar el-Assad serait au pouvoir. « Des négociations ne peuvent jamais avoir lieu entre la victime et son bourreau : Assad et son entourage doivent se retirer, il s’agit d’une condition à l’ouverture de toute négociation sérieuse », écrivait le CNS.
Réunion aujourd’hui à l’ONU
Toujours sur le plan diplomatique, la Syrie devrait dominer les débats, qui s’annoncent conflictuels, à la réunion prévue aujourd’hui à New York entre les ministres des Affaires étrangères américain, européens et russe consacrée au printemps arabe, selon des diplomates. Parmi les ministres présents à cette réunion du Conseil de sécurité de l’ONU figureront l’Américaine Hillary Clinton, le Russe Sergueï Lavrov, le Britannique William Hague, le Français Alain Juppé et l’Allemand Guido Westerwelle. « Assad est déterminé à ne pas céder et le fossé se creuse entre la Russie et les Occidentaux », explique un diplomate de haut rang d’un pays membre du Conseil de sécurité. « La rencontre de Kofi Annan à Damas (avec M. Assad) n’a, semble-t-il, mené nulle part. On ne voit pas comment cette réunion peut déboucher sur autre chose que de nouvelles frictions. »
Accord en cinq points ?
Les divisions persistent ainsi au niveau international, malgré certaines convergences d’opinions. Les ministres arabes et russe des Affaires étrangères ont ainsi appelé à l’arrêt des violences d’où qu’elles viennent en Syrie au terme d’une réunion au Caire, en présence du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Ils ont également refusé toute intervention étrangère, appelant à la mise en place d’ « un mécanisme de supervision impartial » et à autoriser l’arrivée de l’aide humanitaire sans entraves, selon un communiqué commun lu par le ministre qatari des Affaires étrangères, Hamad ben Jassem al-Thani.
Ce dernier a néanmoins jugé insuffisant un cessez-le-feu. « Il y a un génocide systématique de la part du gouvernement syrien (...). Nous ne pouvons accepter seulement un cessez-le-feu », a-t-il dit, répétant être en faveur de l’envoi de forces arabes et internationales en Syrie. Son homologue saoudien, Saoud el-Fayçal, a également jugé que le veto russo-chinois en février à une résolution onusienne condamnant la répression avait permis au régime de poursuivre les violences. Néanmoins, Moscou maintient son refus de toute ingérence, en rejetant un nouveau texte américain au Conseil de sécurité de l’ONU et en appelant à renvoyer dos à dos le régime et les rebelles, ce que refuse l’Occident.
Malgré ces divergences, la Ligue arabe et la Russie se sont entendues sur un accord en cinq points prônant notamment une observation impartiale de la situation en Syrie et affirmant leur opposition à une intervention étrangère. L’un des responsables de l’opposition syrienne, Abdel-Basset Seda, a cependant jugé que ce plan ne réglerait pas la crise. « La seule manière de mettre un terme à la crise syrienne est l’application intégrale du plan de paix arabe qui appelle Bachar el-Assad à transférer ses pouvoirs », a-t-il dit. L’ambassadeur russe au Liban,, Alexandre Zassypkine, a d’ailleurs dit saluer cet accord, tout en insistant sur le fait que la Russie ne changerait pas sa position quant à la Syrie.
Les États-Unis ont de leur côté soumis au Conseil de sécurité un nouveau projet de résolution qui, selon Sergueï Lavrov, a « une chance » d’être adopté si ses promoteurs n’entendent pas par ce biais soutenir l’opposition armée à Bachar el-Assad. Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a par ailleurs fait part hier de son pessimisme quant aux chances de voir ce texte adopté.
À Riyad, le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a évoqué hier la possibilité de s’inspirer de l’expérience du Yémen où le président Ali Abdallah Saleh, rejeté par la rue, a fini par accepter de partir au terme d’une crise de 11 mois, en vertu d’un accord de transition lui accordant l’immunité pour lui-même et ses proches.
Au moins 73 personnes ont été tuées hier, dont la majorité dans la province d’Idleb, où les troupes se préparaient depuis plusieurs jours à une offensive semblable à celle lancée contre Baba Amr, quartier rebelle de Homs repris le 1er mars par l’armée après un mois de siège et de pilonnage meurtrier.
Les forces régulières ont également lancé une offensive dans le district de Jisr el-Choughour, a indiqué Rami Abdel Rahmane,...


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