L’armée syrienne a intensivement bombardé le pont d’al-Adra, point de passage des réfugiés syriens au Liban, où 2 000 d’entre eux sont arrivés en 48 heures. Photo AFP
Le président syrien Bachar el-Assad s’est dit hier déterminé à combattre le « terrorisme », au moment où les troupes loyalistes lançaient des assauts sur plusieurs villes.
« Le peuple syrien, qui a fait échouer dans le passé les complots étrangers (...), a prouvé de nouveau sa capacité à défendre sa patrie et à construire une nouvelle Syrie à travers sa détermination à poursuivre les réformes parallèlement à la lutte contre le terrorisme soutenu par l’étranger », a affirmé M. Assad cité par l’agence officielle SANA. « La Syrie est visée comme dans le passé par des tentatives d’affaiblir son rôle et de la déstabiliser », a poursuivi M. Assad qui s’exprimait devant une délégation du Parlement ukrainien. « Tout pays tire sa force du soutien de son peuple », a ajouté le président contesté.
Quant au président américain Barack Obama, il s’est dit, hier également, « bouleversé » par les violences en Syrie. « Ce qui se passe en Syrie est bouleversant et scandaleux », a-t-il martelé lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. « D’un autre côté, je pense que ce serait une erreur de lancer, comme certains l’ont suggéré, une action militaire unilatérale ou de croire qu’existe une solution simple », a-t-il ajouté, prédisant la chute prochaine du « dictateur syrien ».
Même son de cloche pour le commandant américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale (Centcom), le général James Mattis, qui avait jugé « extrêmement délicate » de mettre en œuvre une intervention militaire en Syrie ou une aide aux rebelles. Rappelons que lundi, l’influent sénateur républicain John McCain avait de nouveau plaidé pour un soutien militaire aux rebelles et des frappes aériennes, rejoignant l’idée d’une zone d’exclusion aérienne soutenue par de nombreux militants antirégime.
Ashton, Fillon, Juppé...
C’est dans ce contexte que la communauté internationale s’est tournée vers Moscou au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine à la présidentielle, espérant peut-être un changement d’attitude de la Russie sur la question syrienne.
La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a ainsi déclaré à Helsinki, dans le cadre d’une visite dans les pays nordiques, que maintenant que la présidentielle est passée, la Russie doit se joindre aux efforts internationaux pour faire cesser les violences en Syrie. « J’ai eu plusieurs conversations avec le ministre des Affaires étrangères (Sergueï) Lavrov. Je sais que les Russes voulaient faire eux-mêmes pression sur Assad, mais ils doivent réaliser que cela a été inefficace », a ajouté Mme Ashton.
Le Premier ministre français François Fillon a également appelé Moscou à « travailler » avec Paris à un « règlement de la tragédie syrienne » lors d’une conversation téléphonique hier avec son homologue russe Vladimir Poutine pour le féliciter pour son élection à la présidence. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a pour sa part lancé un appel à M. Poutine pour que, « les élections passées, il puisse revisiter la politique russe vis-à-vis de la Syrie ».
Tout cela semble être tombé dans l’oreille d’un sourd : par la voix du ministère russe des Affaires étrangères, Moscou a averti l’Occident de ne « pas prendre ses désirs pour des réalités » en s’attendant à un changement de politique à l’égard de son allié syrien après – ou malgré – l’arrivée de Vladimir Poutine à la présidence russe.
La prédiction britannique
Pour sa part, le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré hier à la Chambre des communes que Bachar el-Assad aurait à « rendre des comptes » pour les crimes commis dans son pays, et qu’il ne pouvait faire partie de l’avenir de la Syrie.
Son compatriote Simon Collis, qui a été ambassadeur à Damas quatre ans durant, le rejoignait sur ce point hier dans le Times, estimant que le régime syrien pourrait s’écrouler avant la fin de l’année, voire même beaucoup plus tôt. Cet entretien est le premier accordé par M. Collins depuis que le Royaume-Uni a annoncé jeudi le retrait de l’ensemble de son personnel diplomatique de Syrie et suspendu le fonctionnement de son ambassade « pour des raisons de sécurité », d’après le quotidien.
Selon M. Collins, les Syriens ont de moins en moins peur des services secrets, le nombre des défections au sein de l’armée s’est accru, les troupes sur lesquelles le régime peut compter diminuent et les hommes d’affaires prennent leur distance avec lui en privé. « Il y a eu un effondrement économique et personne ne s’attend à un processus de réforme crédible, poursuit-il. Il y a beaucoup de gens qui n’osent pas lâcher le régime publiquement, craignant pour leur famille ou leurs affaires, mais ils attendent le moment où ils pourront se manifester au grand jour. » « En colère » et « écœuré » face à la brutalité de la répression en Syrie, l’ambassadeur décrit la situation à Homs comme un « mini-Stalingrad », soulignant que les violences dans cette ville et ailleurs dans le pays sont pires que ce que l’Occident soupçonne.
Ankara s’enflamme
C’est dans le but de tenter de minimiser les conséquences de ces violences que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé Damas à autoriser l’ouverture « immédiate » de couloirs humanitaires pour les civils. M. Erdogan en a profité pour dénoncer le mutisme et les « hésitations » de certains pays, sans les citer nommément, à l’égard des « atrocités » commises en Syrie. Cette attitude « encourage » le régime syrien à sévir encore plus brutalement contre l’opposition, a-t-il insisté en s’adressant aux députés de son parti de la Justice et du Développement, exhortant par la même occasion la communauté internationale à exercer des pressions à ce sujet sur Damas.
Il n’en reste pas moins que le Premier ministre turc tenait ce discours alors qu’une nouvelle polémique voyait le jour et selon laquelle la France ne serait pas la bienvenue lors de la prochaine réunion à Istanbul du groupe des Amis du peuple syrien. Le ministère français des Affaires étrangères a balayé hier cette idée lors d’un point de presse : « Avec nos partenaires turcs, nous avons une convergence d’analyse sur la situation en Syrie : nécessité d’une solution politique et urgence humanitaire », a souligné le porte-parole du ministère Bernard Valero, réagissant à l’affirmation d’un diplomate turc selon laquelle Ankara hésite à inviter la France en raison de l’attitude de Paris sur la question du génocide arménien.
À New York
Ces propos interviennent à la veille de l’arrivée en Syrie de la responsable des opérations humanitaires de l’ONU Valerie Amos et celle de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan, qui doit se rendre samedi à Damas avec un « message clair : les massacres et la violence doivent cesser et les agences humanitaires doivent avoir accès » à la population. La France a d’ailleurs demandé que Mme Amos ait un accès illimité en Syrie lors de sa visite de trois jours, selon M. Valero. « Nous réitérons notre appel pressant pour que le Comité international de la Croix-Rouge puisse aller dans la ville de Homs », a-t-il ajouté.
Le Conseil de sécurité des Nations unies unanime – y compris la Russie et la Chine, fidèles alliées de Damas – avait demandé jeudi aux autorités syriennes « d’autoriser un accès libre, total et immédiat du personnel humanitaire à toutes les populations qui ont besoin de secours ». Néanmoins, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov a expliqué que le nouveau projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU actuellement discuté à New York, réclamant un cessez-le-feu humanitaire, n’était toujours pas « équilibré ». Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – France, Grande-Bretagne, États-Unis, Chine et Russie, rejoints par l’ambassadeur marocain, actuel représentant des Arabes au Conseil de sécurité – se sont quand même réunis hier pour discuter d’un nouveau projet de résolution américain exigeant du gouvernement syrien qu’il mette un terme à la répression, sans qu’un vote ne soit à l’ordre du jour.
Rastane, nouveau Baba Amr
En attendant, la répression sur le terrain se poursuivait hier. L’armée a bombardé le pont d’al-Adra par lequel transite la majorité des réfugiés et blessés vers le Liban voisin, le rendant impraticable, a annoncé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) sans faire état de victimes. L’OSDH rapporte d’autres violences, qui auraient fait plus de 40 morts à travers le pays, selon différentes sources.
De même, des chars et transports de troupes blindés ont « pris d’assaut la ville de Hirak » dans la province de Deraa. Une fillette y a ainsi été abattue et cinq soldats ont péri dans de violents combats contre l’Armée syrienne libre (ASL), précise l’organisation, dénonçant un pilonnage à l’artillerie lourde de maisons et de mosquées. Dans la province d’Idleb, trois personnes ont été tuées par les militaires, et dans la province de Hama, des blindés « assiègent la localité de Tibet el-Imam ».
La ville de Qousseir, dans la province de Homs, contrôlée en majorité par les rebelles et assiégée depuis des semaines, est également bombardée, selon Anas Abou Ali, responsable local de l’ASL. « C’est une question de vie ou de mort, nous allons résister de toutes nos forces. Le monde entier nous a lâchés mais nous ne lâcherons pas la révolution », a-t-il promis.
Et après la prise jeudi de Baba Amr, quartier rebelle de Homs dévasté par un mois de bombardements, les forces du régime assaillent désormais d’autres bastions de l’ASL dans cette région, notamment Rastane, à 20 km de Homs, déclarée ville « libre » le 5 février et régulièrement pilonnée depuis.
« Ce qui se passe à Rastane est identique à ce qui s’est passé à Baba Amr : blocus, tirs d’artillerie et au lance-roquettes » avant l’assaut final, affirme Hadi Abdallah, militant à Homs de la Commission générale de la révolution syrienne, selon qui « les combattants de l’ASL (...) ne céderont pas facilement ». À Baba Amr même, le régime dit avoir saisi, outre des armes, « un avion de reconnaissance » utilisé par « les groupes terroristes ».
Pendant ce temps, aux portes de Baba Amr, la Croix-Rouge internationale négociait pour le 5e jour consécutif l’entrée d’un convoi d’aide d’urgence bloqué à l’extérieur, a indiqué Saleh Dabbakeh, son porte-parole à Damas. Les autorités ont avancé des raisons de sécurité, en particulier la présence de bombes et de mines, pour justifier ce délai dénoncé par la communauté internationale.
Il s’agit surtout d’« enterrer ou de brûler les cadavres et d’effacer les traces » des crimes du régime « afin que le CICR ne s’aperçoive de rien », a rétorqué Hadi Abdallah, en référence aux centaines de victimes des violences dans ce quartier. Des militants évoquent en effet des exécutions, des viols et des actes de vandalisme des forces de sécurité. Des informations impossibles à vérifier sur le terrain, interdit d’accès aux médias par les autorités syriennes.
Toujours à Homs, une chaîne télévisée britannique a diffusé hier une vidéo secrètement tournée par un membre du personnel médical d’un hôpital militaire de la ville et montrant des patients torturés dans l’enceinte même de l’établissement.
Fermetures d’ambassades
Et tandis que les violences se poursuivaient, l’Espagne a annoncé hier qu’elle suspendait ses activités diplomatiques en Syrie, près d’un mois après avoir rappelé son ambassadeur dans ce pays en raison justement d’une « augmentation de la répression contre la population civile ». Pareil pour la France qui avait annoncé dès vendredi qu’elle fermerait en début de semaine son ambassade en Syrie (l’ambassadeur Chevallier a rejoint hier Beyrouth), alors que la compagnie aérienne Air France annonçait l’annulation de son vol Paris-Damas prévu demain en raison des violences, selon un porte-parole de la compagnie.
Enfin, du côté des médias, l’inscription par Washington de l’organisation de la radio-télévision publique syrienne sur sa liste noire est une « confiscation de la liberté d’opinion et de presse », a estimé SANA.
Plus encore, le président de la Fédération des journalistes en Syrie (FJS) Élias Mrad a mis en garde hier les médias internationaux contre toute tentative d’envoyer clandestinement leurs journalistes en Syrie. En cas d’entrée illégale, poursuit M. Mrad, les autorités « ne sont pas responsables de la sécurité (du journaliste) et doivent l’arrêter et le traduire en justice ».
« Le peuple syrien, qui a fait échouer dans le passé les complots étrangers (...), a prouvé de nouveau sa capacité à défendre sa patrie et à construire une nouvelle Syrie à travers sa détermination à poursuivre les réformes parallèlement à la lutte contre le terrorisme soutenu par l’étranger », a affirmé M. Assad cité par l’agence officielle SANA. « La Syrie est visée comme dans le passé par des tentatives d’affaiblir son rôle et de la déstabiliser », a poursuivi M. Assad qui s’exprimait devant une délégation du Parlement ukrainien. « Tout pays tire sa force du soutien de son peuple », a ajouté le président...


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