Nous avons vécu hier un jour « en trop », un jour résiduel qui ne sort du calendrier que tous les quatre ans. L’année suivante, il tombe dans une sorte de bascule du temps. Tout événement qui survient ce jour-là ne peut-être célébré l’année suivante à la même date. Ça tombe bien, nous n’avons rien à célébrer, même pas nos deux buts au foot face aux quatre des Émirats. Mais si le Liban a quand même enregistré une sorte de victoire en se qualifiant par défaut pour le dernier tour des éliminatoires (chute du Koweït face à la Corée du Sud) ; en plus du droit à une élimination différée, il a gagné un retour d’affection de la part des Libanais. C’est une des magies du sport d’aiguiser la fibre patriotique. Nous en avons cruellement manqué les dernières années du XXe siècle, trop occupés que nous étions à organiser des matches autrement meurtriers.
Nous n’aurons même pas à célébrer, sinon dans nos futurs souvenirs, l’une des journées les plus froides de notre histoire météorologique à pareille date, avec chutes de neige à 500m, pile au seuil du printemps. À part la magie de la neige qui absorbe les rumeurs et camoufle la misère, à part cette impression toujours émerveillée de voir le monde comme à son premier matin avant que la débâcle n’emporte le mirage, dans le Liban profond le phénomène n’a engendré que souffrance par manque de chauffage et d’électricité. Rien de nouveau donc, de ce côté-là non plus.
Nous ne commémorerons pas non plus, dans les années à venir, « l’indignation » des États-Unis à cause du pilonnage de Homs et l’assaut terrestre de Baba Amr. Au Liban, nous ne connaissons que trop bien les ronds de jambe de la realpolitik. Nous ne nous apitoierons pas sur l’embarras du monde libre devant ce massacre, mais nous craindrons pour son avenir et le nôtre face à un tel manque de volonté, un tel défaut de décision, en un mot une telle impuissance.
C’était donc un 29 février, un petit cadeau du calendrier. Virtuellement, un petit jour supplémentaire à vivre, un soir, un matin, mais sans aurore. Ce petit jour perdu, l’histoire nous le comptabilise. Dans un pays, le Liban, où chaque jour de paix est gagné sur la malveillance géopolitique, au lieu de nous enflammer pour la politique politicienne de dirigeants sans vision, au lieu de nous étourdir dans un carpe diem de plus en plus stérile, il faudra songer à mieux faire.


Un 29 février, un petit cadeau du calendrier qu ’on ne verra plus qu ’en 2016 en espérant que nos politiciens gagneront aussi et en esprit sportif comme nos joueurs la bataille par leur union . Antoine Sabbagha
05 h 33, le 01 mars 2012