Les premières ont déjà pointé le nez, pervenches, pâquerettes, anémones. Il y a un gros orage par-dessus. Il les emportera, mais il en viendra d’autres. C’est juste le printemps qui fait ses esquisses en ce février indécis. Si la désuète théorie des climats était vérifiable, le Liban serait sans hésiter, au figuré comme au propre, le pays des floraisons précoces et des printemps meurtris.
Il n’y a qu’à aller voir du côté des légendes, elles ramènent toujours à une vérité. Adonis, par exemple, un dieu bien de chez nous. Il serait né des amours incestueuses de la sublime Myrrha – fille de la reine de Syrie – avec son propre père. Aphrodite dont on connaît la jalousie, et qui est à l’origine de cette malédiction, tombe éperdument amoureuse du beau jeune homme et Arès, dieu de la guerre, décide d’éliminer ce rival. Au cours d’une chasse, Adonis est mortellement blessé par un sanglier et Aphrodite, inconsolable, lui fait ce cadeau dérisoire de transformer chaque goutte de son sang en anémone. Anémones, de l’arabe Shaqâ’eq an naaman, les blessures du bien-aimé.
Ainsi va ce pays, blessé sans cesse par une foultitude de dieux jaloux et sans cesse embaumé par autant de dévots incompétents. Où iront vos enfants après ? Drôle de question, et pourtant si courante. Demande-t-on à un Anglais, un Français, un Australien où iront ses enfants après ? Après quoi ? Le bac, le diplôme, il y a toujours un moment où nos enfants doivent partir. C’est notre façon rituelle de ne pas croire à l’avenir, faire partir les enfants. Nous avons pour eux un amour bestial, charnel, sauvage, nous les étouffons parce qu’un jour il leur faudra partir. Un jour ce sera Skype, sourires forcés entrecoupés de larmes, et puis les respirer une ou deux fois l’an. Parce que les printemps, et parce que les orages.
Le fleuve de Beyrouth est écarlate depuis hier. Les experts dénonceront sûrement quelque pollution due à une industrie clandestine qui n’aura pas su le rester bien longtemps. Les rhéteurs y verront la matérialisation d’une métaphore liée au sang des innocents qui coule impunément à Homs. Des pollueurs, des assassins, un dieu de la guerre, un jeune homme, un sanglier, un flot, des fleurs. Rouge saison.
Il n’y a qu’à aller voir du côté des légendes, elles ramènent toujours à une vérité. Adonis, par exemple, un dieu bien de chez nous. Il serait né des amours incestueuses de la sublime Myrrha – fille de la reine de Syrie – avec son propre père. Aphrodite dont on connaît la jalousie, et qui est à l’origine de cette malédiction, tombe éperdument amoureuse du beau jeune homme et Arès, dieu de la guerre, décide...


Vos mots sont tristes, beaux et vrais. Les jeunes s'en vont car ils ne voient pas d'avenir au Liban. Et combien de familles dispersées entre la patrie (pour les parents et personnes âgées), l'Europe et l'Amérique... Je me refuse à croire qu'il n'y a pas d'avenir pour les enfants libanais au Liban. Aux «politiques» de faire preuve d'imagination et de sens des responsabilités! Ce n'est jamais trop tard.
08 h 05, le 18 février 2012