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Au BIEL, 14 Mars et CNS préparent l’après-Assad

« Nous sommes deux peuples dans deux États », déclare le CNS dans son message lu par Farès Souhaid, après que Gemayel et Geagea eurent déclaré leur appui absolu à l’opposition.

Zoom sur le premier rang des présents hier à la cérémonie du BIEL à Beyrouth. Photo Marwan Assaf

La foule qui commémore le 14 février 2005 semble mûrir chaque année. Les pleurs pour l’ancien Premier ministre assassiné se sont apaisés avec les soulèvements régionaux. Après les déceptions politiques accumulées (stratégies électorales maladroites, paralysie parlementaire et usurpation du pouvoir de la majorité), l’heure n’est plus aux versements de pleurs aux sacrifices pour la liberté, mais au soutien d’une dignité qui se redresse. Une dignité sur laquelle a insisté l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dans son allocution via satellite, applaudie avec ferveur. « Comment empiéter sur la liberté de l’autre, alors qu’il nait libre des entrailles de sa mère ? » s’est-il demandé, avec la clairvoyance de ceux qui ne dissocient plus l’individu de leur discours politique.

 

« Les minorités, pure invention de Assad »

C’est d’ailleurs cette individualité, cette foi ardente en la vie de chacun, qui sous-tend la solidarité, désormais consacrée, entre les deux peuples syrien et libanais. Réitérée par Saad Hariri, cette solidarité semble devenir une réalité immuable, comme cette démocratie irréversible dont ne se détacheront plus les peuples. D’abord, le message du Conseil national syrien, lu par le secrétaire général du 14 Mars Farès Souhaid, reprend les idées phares du premier message que le CNS avait adressé au peuple libanais, comme prélude à ce que seraient les nouvelles relations bilatérales après la chute du régime de Damas. « Nous sommes deux peuples dans deux États », insiste le CNS rompant avec la théorie de la Grande Syrie, où se diluaient des entités étatiques distinctes. « Nous sommes les fils de la diversité qui caractérise la Syrie, et ce que nous voulons est un régime démocratique et un État civil pluraliste et démocratique », insiste le CNS, en mettant en garde contre « la question des minorités, qui est une pure invention du régime Assad ».

 

« D’Achrafieh à Homs... »

Ce sont d’ailleurs ces appréhensions, réflexes instinctifs, que la charte-cadre lancée par le chef des Kataëb Amine Gemayel, tente d’amoindrir, corollairement à la charte d’al-Azhar, qui amorce une marche réfléchie vers la démocratie. « L’aboutissement de la révolution est comme l’enfantement : la démocratie ne saurait naître sans douleur », a déclaré pour sa part le leader des Forces libanaises Samir Geagea, insérant son rationalisme dans un élan oratoire qui se veut spontané, et agrémentant par des clins d’œil au public ravi des propos mordants, voire sarcastiques. En plus de tourner en dérision les dissensions intraministérielles, et la politique de mise à l’écart « qui a nanifié notre souveraineté nationale », c’est un appui inébranlable qu’il a officiellement adressé aux opposants syriens. « Les abominations commises à l’encontre des militants innocents en Syrie sont placées aujourd’hui sous l’égide de la résistance et de la moumanaa. Au diable pareille résistance et pareille moumanaa ! » s’exclame-t-il. Il énonce ensuite les noms entremêlés des villes syriennes réprimées, et des régions libanaises marquées par la guerre, une énumération qui s’achève sur une sorte de slogan inédit : « D’Achrafieh à Homs, une même humanité, une même cause. » Pour la première fois, les leaders chrétiens soutiennent ouvertement le peuple syrien, et choisissent de le faire à une période de crise, dont la fin semble parfois imperceptible. Et c’est là le plus grand gage de fidélité aux préceptes démocratiques. La marque ineffable d’un humanisme qui éclot, enfin, dans la région.

 

Des espoirs avivés

« Les révolutions arabes sont une chance que nous devons investir », s’exclame Salman al-Andari, jeune journaliste pour le site d’informations du 14 Mars, avant le début de la cérémonie. Arborant une cravate rouge, qui continue de symboliser l’intifada de 2005, il voit défiler, à partir du petit espace aménagé pour la presse, les personnalités politiques du 14 Mars. Certains, notamment l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, les leaders chrétiens Gemayel et Geagea, la députée Bahia Hariri, le député Nohad Machnouk (qui semble avoir mobilisé sa part de partisans à l’événement), la journaliste May Chidiac, le député Sami Gemayel... sont reçus dans une vague de vifs applaudissements. Aux premiers rangs, c’est surtout un sentiment d’espoir que partagent les politiques, celui de tourner une nouvelle page au niveau régional, mais aussi sur le plan local. Quelles données concrètes fondent-elles cet espoir ? Interrogé par L’OLJ, le chef du PNL, Dory Chamoun, affirme que « nous ne pouvons rien faire d’un point de vue militaire, mais c’est sur les relations publiques, proprement humaines, que nous appuyons le mouvement de libération du peuple syrien ». Dans ce cadre, le député de la Jamaa islamiya Mohammad el-Hout insiste sur la diversité, comme fil conducteur des mutations vers la démocratie. « Le Liban a été l’agora de liberté, au moment où les libertés n’existaient pas dans le monde arabe, et il est de notre devoir de persévérer dans la diffusion de ce message », ajoute-t-il. Ainsi, le député du bloc du Futur Ziad Kadri rappelle que « l’image la plus significative des soulèvements arabes est celle de la place des Martyrs en 2005, qui est notre motivation pour renouveler le défi, et que seule accrédite la force du peuple ». La manière de relever ce défi reste, selon le député du même bloc Samir Jisr, « en plus de la constance des positions et du maintien de la lutte, la nécessaire reprise du pouvoir ». Pour le membre du bureau politique du courant du Futur, l’ancien député Moustapha Allouche, « rien n’est plus illusoire que ce qui se traduit en lutte continue ».

 

L’individu du 14 Mars

Et cette lutte, ce sont les grandes affiches tapissant les murs du BIEL qui le rappellent. Les images des marées de drapeaux voltigeant sur la place des Martyrs en 2005, mais aussi les portraits des martyrs successifs de la révolution du Cèdre. Ce sont leurs regards respectifs qui rejaillissent surtout, à travers les rais tamisés des projecteurs. Des regards de persévérance, de patience, de lassitude peut-être, celle d’idéaux devenus de fatals insignes identitaires.

Contemplant silencieusement la salle, une quadragénaire est assise dans les rangées réservées aux cadres et responsables locaux des partis du 14 Mars. Partisane du courant du Futur, elle essuie furtivement des larmes que ses yeux ne peuvent contenir, face aux scènes projetées de la vie de Rafic Hariri, ou encore lorsque la jeune Dana Hamdane, étudiante à l’Université Saint-Joseph et originaire de Chehim, raconte son passage dans les établissements scolaires portant le nom de Rafic Hariri. « Ceux qui l’ont tué ont voulu détruire le rêve de chacun », affirme la jeune fille, non sans émoi. Un rêve partagé qui reluit selon les couleurs de la personne qu’il touche. Ses échos se font entendre dans la tenue digne de cette quadragénaire voilée, qui applaudit avec la même exaltation, Saad Hariri qui déclare que « nos mains sont tendues vers le CNS », Samir Geagea lorsqu’il affirme que « l’ancien patriarche maronite Nasrallah Sfeir est le père non déclaré de la révolution du Cèdre », ou quand il rend un hommage posthume à Nassib Lahoud.

Ce février 2012, celui du « retour de Rafic Hariri, porté par les révolutions arabes », selon les propos d’Amine Gemayel, reflète l’éveil de chacun pour se démarquer définitivement des foules endoctrinées.

 

La foule qui commémore le 14 février 2005 semble mûrir chaque année. Les pleurs pour l’ancien Premier ministre assassiné se sont apaisés avec les soulèvements régionaux. Après les déceptions politiques accumulées (stratégies électorales maladroites, paralysie parlementaire et usurpation du pouvoir de la majorité), l’heure n’est plus aux versements de pleurs aux sacrifices pour la liberté, mais au soutien d’une dignité qui se redresse. Une dignité sur laquelle a insisté l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dans son allocution via satellite, applaudie avec ferveur. « Comment empiéter sur la liberté de l’autre, alors qu’il nait libre des entrailles de sa mère ? » s’est-il demandé, avec la clairvoyance de ceux qui ne dissocient plus l’individu de leur discours politique.
 
« Les minorités, pure...
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