Les ouvrières de Lejaby dans leur atelier décoré de leurs portraits. Photo Jean-Philippe Ksiazek /
Elles fabriquaient des soutiens-gorge, désormais elles produiront des sacs de luxe. 93 ouvrières de l'usine française Lejaby d'Yssingeaux, à plus de 50 ans de moyenne d'âge, ont réussi à se mobiliser au point de devenir un enjeu de l'élection présidentielle, dont la campagne est dominée par l'emploi et le maintien du "made in France". Au cours de la dernière décennie, la France a perdu 500.000 emplois industriels.
Yssingeaux est un gros bourg de 7.000 habitants, situé dans les régions rurales du centre de la France où, comme ailleurs dans le pays, les industries traditionnelles disparaissent une à une. L'entreprise Lejaby, qui lançait ses premiers soutiens-gorge en 1930 et s'était hissée à la fin des années 1960 à la deuxième place de la lingerie française, avait essuyé ces dix dernières années plusieurs plans sociaux qui avaient déjà conduit à la fermeture d'usines et à la délocalisation d'une grande partie de la production.
En décembre dernier, l'entreprise avait été placée en liquidation judiciaire. Le 18 janvier, le tribunal de commerce de Lyon avait choisi un repreneur, qui avait prévu de ne garder que 195 des 450 salariés de la marque en France. Il avait décidé que l'usine d'Yssingeaux fermerait, la production étant délocalisée en Tunisie.
Des semaines durant, les ouvrières de Lejaby ont mené la bataille contre la fermeture de leur entreprise. une bataille rythmée par des assemblées générales quotidiennes, des manifestations, des occupations de bâtiment, des soirées à la fois festives et de lutte.
En cette période électorale, des hommes politiques de tout bord se sont relayés au chevet de l'usine, laissant espérer des propositions de reprise, dans une grande agitation médiatique. Dimanche, le président Nicolas Sarkozy lui-même avait assuré, lors d'une interview télévisée, qu'il ne laisserait "pas tomber les gens de Lejaby".
C'est Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, première fortune de France et ami du chef de l'Etat, qui est devenu l'homme providentiel pour les "Lejaby", affirmant être "fier de faciliter le sauvetage des emplois du site d'Yssingeaux et de contribuer ainsi à la bataille pour l'emploi en France".
L'usine d'Yssingeaux sera reprise par la société Sofama, fournisseur du maroquinier Louis Vuitton, perle du numéro un mondial du luxe LVMH. Bernard Arnault lui a garanti un carnet de commandes suffisant pour s'engager dans l'aventure.
"On peut garder une industrie dans ce pays", s'est réjoui le syndicaliste CGT Raymond Vacheron, après l'annonce hier mercredi par Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur mais surtout élu local, de la reprise de l'usine Lejaby par Sofama.
"A un moment où tout le monde doute des politiques, pouvoir arriver à sauver un dossier comme cela, qui était un symbole des délocalisations, et en faire aujourd'hui une incarnation de ce qu'on peut réussir sur le produire en France, c'est tant mieux", a expliqué jeudi Laurent Wauquiez, un des plus fervents soutiens de Nicolas Sarkozy.

Le 20 janvier, les ouvrières de Lejaby avaient fait part de leur "indignation" dans une lettre ouverte au président Sarkozy. "Nous sommes victimes des délocalisations des productions et de la recherche permanente de la baisse de la rémunération du travail", avaient elles dénoncé. Photo Thierry Zoccolan / AFP
Les ouvrières, qui devaient se retrouver au chômage dès le 7 février, devront suivre une formation de six mois à un an, qui sera prise en charge par l'Etat, pour devenir des spécialistes de la maroquinerie. Elles auront un nouveau contrat de travail dès le 1er mars. "C'est pas de la corsetterie, il faudra vous remettre en question", a leur a lancé mercredi Vincent Rabérin, le patron de la Sofama, au milieu des ateliers.
En apprenant le sauvetage de l'entreprise, les ouvrières n'ont pas caché leur joie de voir aboutir leur combat. "Les autres jours, on pleurait de rage, aujourd'hui on a toutes pleuré de joie. La solidarité, ça paye. Notre lutte va redonner de l'espoir à toutes celles qui sont comme nous", témoignait jeudi dans le quotidien Le Parisien Marie-Claude Jouve, 52 ans, dont 32 ans de maison.
Yssingeaux est un gros bourg de 7.000 habitants, situé dans les régions rurales du centre de la France où, comme ailleurs dans le pays, les industries traditionnelles disparaissent une à une. L'entreprise Lejaby, qui lançait ses premiers soutiens-gorge en 1930 et s'était hissée à la fin des années 1960 à la deuxième place de la lingerie française, avait essuyé ces dix dernières années plusieurs...


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- - Bravo .
06 h 41, le 02 février 2012