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Et maintenant, on fait quoi ?

Pour une des rares fois de son histoire, le Liban n’est pas au cœur de l’événement. Le monde flambe alentour, et lui il compte les points. Le printemps arabe ne préoccupe pas outre mesure un peuple qui ne croit plus aux grandes causes depuis que chaque faction a payé le prix de la sienne. Bien sûr les chiites craignent une domination sunnite et les chrétiens tremblent d’être noyés dans un océan islamiste qui modifierait radicalement les bonnes vieilles mœurs libertaires du pays. En attendant, on compte les points, on juge en connaisseur, on prend parti avec passion, avec plein de gros mots et de menaces qui font viril (plus on est mal élevé plus on est un homme), mais on y change quoi ? Évidemment rien.
Il est loin le temps où la politique était définie par des penseurs et des écrivains, des gens qui prenaient le temps de mesurer les conséquences de leurs idées même si leurs mesures n’étaient pas exactes. Aujourd’hui, on s’invite à l’antenne, on prend un micro, on dit des insanités et on laisse baver l’encre à souhait les 48h qui suivent. Résultat ? Évidemment rien, sinon un constat affligeant de la débilité des débats. Cela s’appelle la décadence, période de pauvreté intellectuelle qui suit en général les périodes de guerres, de disettes, de grands malheurs et d’austérité. De guerres nous avons eu notre lot, et l’histoire en est récente. La décadence nous rattrape à travers une génération entière qui a manqué pas mal de cours, bâclé pas mal d’examens, bachotte, rien lu, eu peur, pas eu envie, une génération prête à avaler tout ce dont on la gave, pourvu que ce soit sans effort.
Mais dans la décadence, pourvu qu’elle soit assumée, il y a aussi parfois une belle liberté, amorale certes, dangereuse sûrement, mais tellement créative. Hélas, encore prisonnière des traditions malgré le bouleversement produit par les grands conflits, soumise au regard et au jugement des autres, famille, collègues, clans, tribus ; produit d’un système scolaire souvent plus soucieux d’éduquer que d’instruire, petite lectrice, grande dilapidatrice de temps dans les « lieux de loisirs », occupée à soigner sa façade pour mieux camoufler son indigence intérieure, aussi lâche qu’acharnée à défendre ses mentors, croyant leur devoir sa survie, notre société ne donne pas envie d’en faire partie.
Et maintenant, on va où, s’interroge Nadine Labaki dans le titre de son film. Et maintenant, on fait quoi, devrions-nous demander, on commence où, pour retrouver avec nos congénères et transmettre à nos enfants l’image d’un pays qui fut élégant, sobre, cultivé, généreux, et dont il ne reste qu’une poignée de sages noyés dans une marée de beaufs.
Pour une des rares fois de son histoire, le Liban n’est pas au cœur de l’événement. Le monde flambe alentour, et lui il compte les points. Le printemps arabe ne préoccupe pas outre mesure un peuple qui ne croit plus aux grandes causes depuis que chaque faction a payé le prix de la sienne. Bien sûr les chiites craignent une domination sunnite et les chrétiens tremblent d’être noyés dans un océan islamiste qui modifierait radicalement les bonnes vieilles mœurs libertaires du pays. En attendant, on compte les points, on juge en connaisseur, on prend parti avec passion, avec plein de gros mots et de menaces qui font viril (plus on est mal élevé plus on est un homme), mais on y change quoi ? Évidemment rien.Il est loin le temps où la politique était définie par des penseurs et des écrivains, des gens qui prenaient le...
commentaires (9)

(troisieme partie et fin)Une fois ce principe compris et accepte les Libanais devraient être invites à se mettre au travail pour bâtir ensemble le PLAN, un travail qui risque de prendre entre six mois et un an. Durant les six dernières décades les Libanais ont vécu une invasion, une guerre civile, de nombreux déchirements internes, et des attentats en séries. Ils ont aussi accumule une dette abyssale et se retrouvent à présent dans une situation économique et sociale désastreuse. Dans de telles conditions je ne pense pas que les citoyens seraient en droit de trouver cette période d’attente trop longue. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’un expose aussi long et que vous conviendrez avec moi que l’approche participative, telle que la conçoit aussi le patriarche Al Rai, est probablement la seule qui puisse réussir au Liban.

George Sabat

10 h 26, le 03 février 2012

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Commentaires (9)

  • (troisieme partie et fin)Une fois ce principe compris et accepte les Libanais devraient être invites à se mettre au travail pour bâtir ensemble le PLAN, un travail qui risque de prendre entre six mois et un an. Durant les six dernières décades les Libanais ont vécu une invasion, une guerre civile, de nombreux déchirements internes, et des attentats en séries. Ils ont aussi accumule une dette abyssale et se retrouvent à présent dans une situation économique et sociale désastreuse. Dans de telles conditions je ne pense pas que les citoyens seraient en droit de trouver cette période d’attente trop longue. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’un expose aussi long et que vous conviendrez avec moi que l’approche participative, telle que la conçoit aussi le patriarche Al Rai, est probablement la seule qui puisse réussir au Liban.

    George Sabat

    10 h 26, le 03 février 2012

  • Vous avez parfaitement raison, Mr. Malek. Le type de dirigeant idéal que vous décrivez n’existe que dans les contes de fées ou dans l’ego démesuré de certains tyrans. C’est exactement parce que l’être humain est faible de nature que l’on ne peut confier le sort de toute une nation à un individu, un régime, un parti politique unique ou même une classe sociale ou un groupe privilégié de la population. En Tunisie c’était Zein El Din Ben Ali et son parti, En Egypte, Moubarak et les militaires, en Libye, Kaddafi sa Jamahiriya et son livre vert, au Yemen, Ali Abdallah Saleh, sa tribu et son clan, en Syrie, Bachar El Assad et le Baath.La solution idéale demeure dans l’application de la véritable démocratie. Celle qui réunit le plus grand nombre de citoyens autour d’un consensus sur le mode de GOUVERNANCE qui convient le mieux au pays concerne. C’est la raison pour laquelle cette conception de la démocratie est appelée à s’étendre progressivement a travers la planète entière. Le mouvement des indignes (99 per cent) en Amérique et en Europe, les protestations en Russie, a Cuba et même en Chine, et le fameux printemps arabe sont tous des exemples types de telles aspirations.(A suivre).

    George Sabat

    10 h 17, le 03 février 2012

  • D'accord avec vous M. Sabat, d'autant plus qu'il y a tout à (re)faire au Liban, ce qui devrait être assez stimulant pour toute personnalité politique ambitieuse et de bonne volonté qui aurait le courage de se lancer dans des travaux laborieux, qui saurait s'entourer de gens compétents, qui réussirait à se démarquer des tendances politiques (est-ce possible ?), qui ferait totale abstraction de tout égo, intérêt personnel et notoriété publique, autrement dit quelqu'un qui ne penserait qu'à son pays et rien d'autre. Et dans l'hypothèse où ce mouton à cinq pattes existe, pensez-vous qu'il aurait toute latitude pour agir tant que la population et les partis politiques sont armés ? Je pense qu'on ferait de bien belles choses sans la présence des armes qui faussent tout et qui anéantissent les meilleures ambitions.

    Robert Malek

    10 h 09, le 02 février 2012

  • Je viens de lire le commentaire de Nazira Sabbagha dans lequel elle recommande de s'atteler à préparer les législatives de 2013. Exactement, mais comment? Tous ceux qui vont se lancer dans la bataille, les partis comme les indépendants devraient le faire (une fois n'est pas coutume) avec un Programme en poche. A présent personne n'en a un, n'en déplaise a beaucoup qui prétendent le contraire. S’ils en ont un, qu'ils l'exhibent et le publient. Le peuple, lui saura leur répondre si c'est un document de travail sérieux ou un "manifeste démagogique". Le seul programme valable serait celui qui nous dirait, en détails, comment son ou ses auteurs préconisent d'aborder les problèmes économiques, sociaux, infrastructurels, financiers et de politique étrangère. Parce qu’ils sont tous lies les uns aux autres. Alors messieurs les politiciens, qu'attendez vous pour vous mettre a l'ouvrage?

    George Sabat

    08 h 45, le 02 février 2012

  • Et maintenant, on fait quoi? Pourquoi ne pas travailler? Pourquoi cette lassitude et ce défaitisme que je sens a travers les échanges de certains? Oui, nous sommes arrives presqu’à la fin de notre rouleau, mais il reste encore quelques espoirs. Saurons-nous en tirer profit? Il ne faudrait pas beaucoup pour redémarrer. Une dizaine ou une vingtaine de citoyens éclairés et remplis de bonne volonté pourraient faire l'affaire au début. Il s'agirait de les trouver et de les convaincre de travailler ensembles. Le travail consisterait, comme je l'ai dit mille fois, à mettre de l'ordre dans notre ménage et a établir un Plan de travail national qui devrait s'étaler sur cinq ans. Les Irlandais l'ont fait en 1990 avec succès, pourquoi pas nous? Peu importe s'ils sont du 8 ou du 14 Mars l'essentiel c'est qu'ils soient Libanais a 100%.Si quelqu'un veut en savoir plus qu'il me contacte a george@cpi-lebanon.org

    George Sabat

    08 h 29, le 02 février 2012

  • - - Bien sur qu'on ne veut pas bâtir le Liban du " futur " puisqu'on vient de l'enterrer !! Ce qu'on veut et on le fera , c'est bâtir le Liban de demain et non rester sur celui d'hier avec tous leurs cadavres dans les placards des ministères et du Sérail ... Suivez mon regard monsieur Samaha .

    JABBOUR André

    07 h 14, le 02 février 2012

  • Malheureusement toute notre nouvelle caste politique éprouve un sentiment de lassitude générale, de décrépitude et de mélancolie violente. Et les rares survivants penseurs ou écrivains de l’ancienne école se tournent avec nostalgie vers le passé…Faire quoi ? Ne pas baisser les bras en tant que citoyens ,en voyant agoniser ainsi le pays et discuter dès maintenant des élections législatives de 2013 Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha A.Nazira

    06 h 19, le 02 février 2012

  • Ca sera trop tard quand ils decideront enfin " On fait quoi de notre pays??" parce qu'ils ne veulent pas batir le Liban du futur.

    Jose Samaha

    03 h 33, le 02 février 2012

  • Bonne question, mais gageons que Jabbour, qui se croit au-dessus de la mêlée à l'image d'ailleurs de ses brillantissimes copains, va nous vociférer une réponse digne de lui (on pourrait même la rédiger à sa place). Ensuite tout le monde va lui tomber dessus, mais il adore ça.

    Robert Malek

    19 h 51, le 01 février 2012

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