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À La Une - Le Point

Les marrons de Kaboul

« Un vin ancien dans une bouteille encore plus ancienne » : dans la bouche de Hina Rabbani Khar, la formule, encore qu’inhabituelle, n’en revêt pas moins une saveur particulière. Devant son homologue afghan, la ministre pakistanaise des Affaires étrangères répondait aux questions des journalistes sur un rapport de l’OTAN, paru quelques heures auparavant, évoquant le « double jeu » de son pays, plus précisément de l’Inter Services Intelligence, les tout-puissants services secrets, dans la guerre contre les talibans. En clair, le document évoque l’appui, selon ses auteurs, apporté aux « étudiants en théologie » dans leurs attaques contre la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), appellation officielle des troupes de l’Alliance atlantique présentes sur le terrain.
Il est évident que la guerre afghane a pris ces derniers temps un tournant décisif autant qu’inattendu. Selon des sources concordantes, les insurgés s’apprêtent à mettre en place au Qatar une antenne politique dont la mission consisterait à prendre langue avec la partie américaine. Objectif non déclaré : reprendre le contrôle du pays, avec le soutien du Pakistan, alors même qu’un processus de transition a été entamé dès juillet dernier, prévoyant un début de transfert de responsabilités au régime du président Hamid Karzaï. Les révélations de mercredi représentent donc un sacré pavé dans une mare déjà passablement fangeuse. Que l’on en juge plutôt : le double jeu d’Islamabad consisterait à prétendre plancher sur une solution politique tout en apportant un appui sans faille à des combattants qui ont à leur actif des milliers de morts. Les principaux chefs de la guérilla, indique le rapport, sont manipulés par les services secrets du pays voisin et leurs lieux de résidence – dont celui de Nasiruddin Haqqani, l’un des fils d’une ancienne recrue de la Central Intelligence Agency, Jalaluddin Haqqani, du temps de la lutte contre l’Armée rouge – sont situés à proximité du quartier général de l’ISI.
Là-dessus, tout le monde se retrouve pour démentir, formellement ou du bout des lèvres, les conclusions du rapport. Le lieutenant-colonel Jimmie Cummings, porte-parole de l’ISAF : « Il s’agit d’un dossier interne, classé top secret et nullement destiné à être rendu public. D’ailleurs, c’est un résumé d’opinions émises par des prisonniers de guerre » – en fait le fruit de 27 000 interrogatoires menés avec 4 000 prisonniers étrangers. Mme Khar : « Nous n’avons pas d’agenda secret et tout ce qui porte atteinte à l’indépendance et à la souveraineté de l’Afghanistan représente aussi une menace pour nous. » Zalmaï Rasoul, chef de la diplomatie afghane : « Il ne peut y avoir de paix régionale sans la coopération de tout le monde. De plus, le Pakistan joue un rôle majeur dans le processus en cours. »
« Une fuite stratégique » : la petite phrase lâchée par la ministre pakistanaise jette la lumière sur certains aspects de la lutte entre barbouzes de tous bords. Face au déballage, voulu ou non, la frange extrémiste des talibans, opposée aux contacts préliminaires entrepris à Qatar, se verrait demain confortée dans son opposition à tout contact avec l’ennemi. Aux États-Unis, engagés dans la campagne pour la présidentielle, le débat sur la nécessité d’un désengagement, après plus de dix années d’une guerre qui a fait 1 900 victimes militaires, se trouverait relancé. S’il est vrai que dans les zones abandonnées par les forces occidentales, l’influence des religieux n’a cessé de croître, il est tout aussi vrai qu’elle se trouve contrebalancée par le contrôle qu’exerce sur eux le grand frère pakistanais. Confidence d’un membre éminent d’el-Qaëda à ses geôliers : « Ils sont au courant de tout. Je ne peux pas planter un arbre à Kunar sans qu’ils soient là, à m’observer. »
Étrange situation que celle-là qui voit le protégé de la décennie passée se transformer au fil du temps en maître d’une région dont l’importance stratégique n’échappe à personne, dominée qui plus est par l’ombre menaçante du nucléaire. Depuis une malencontreuse opération qui a fait 24 morts pakistanais, les voies de ravitaillement de la coalition se trouvent bloquées et le ressentiment de la population contre l’Occident ne cesse de grandir.
Après l’échec de leur mission en Irak, les USA peuvent difficilement se permettre d’essuyer un nouveau revers dans un affrontement aux enjeux énormes. C’est vrai, mais quel serait l’autre terme de l’alternative ? Que celui qui croit tenir un semblant de solution veuille bien lever la main.
« Un vin ancien dans une bouteille encore plus ancienne » : dans la bouche de Hina Rabbani Khar, la formule, encore qu’inhabituelle, n’en revêt pas moins une saveur particulière. Devant son homologue afghan, la ministre pakistanaise des Affaires étrangères répondait aux questions des journalistes sur un rapport de l’OTAN, paru quelques heures auparavant, évoquant le « double jeu » de son pays, plus précisément de l’Inter Services Intelligence, les tout-puissants services secrets, dans la guerre contre les talibans. En clair, le document évoque l’appui, selon ses auteurs, apporté aux « étudiants en théologie » dans leurs attaques contre la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), appellation officielle des troupes de l’Alliance atlantique présentes sur le terrain.Il est évident...
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