C’est sur le bilan controversé de Barack Obama que comptent les candidats républicains, rivalisant d’imagination pour séduire un électorat de plus en plus blasé face à des discours prometteurs. Jewel Samad/AFP
« Yes we can »
Dans ce contexte, il est important de suivre l’évolution (ou plutôt la régression ?) de la politique Obama ces quatre dernières années. Adaptant sa campagne à l’actualité plutôt morose de son pays, on passe du « Yes we can », son slogan de 2008, à « America, built to last » (L’Amérique, construite pour durer) pour 2012. Le président sortant marque ainsi le pas en soulignant la nécessité de persévérer et de continuer sur la lancée des réformes déjà entreprises, sous peine d’effondrement. Quelles sont alors les différences que l’on remarque par rapport à 2008 ?
Pour Nicholas Dungan, conseiller spécial auprès de l’Institut de relations internationales et stratégiques à Paris et chercheur émérite à l’Atlantic Council à Washington, certaines sont à première vue évidentes. Cette année, un candidat brigue un second mandat, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ans. De plus, « l’élection de 2012 se déroule sur fond de crise durable, alors qu’en 2008 il s’agissait d’un phénomène qu’on espérait passager. En 2008, le pays voulait retrouver le “business as usual” ; en 2012, les Américains savent qu’il faut se pencher sur les causes profondes de la crise ».
Ces évidences révèlent toutefois les enjeux qui en fin de compte détermineront les élections de novembre. Roberto de Primis, analyste politico-économique et fondateur de la plate-forme Eurintelligence (www.eurintelligence.eu), reprend quant à lui l’idée de continuité : « Le terme “change” était le mot-clé. J’ai envie de dire qu’Obama en 2012 demandera un nouveau mandat pour finaliser ce changement. » Cependant, tempère M. De Primis, « l’électorat de Barack Obama en 2008 n’est plus si fidèle en 2012. En effet, les jeunes commencent à voir plus un homme politique qu’un homme cool proche des réseaux sociaux comme en 2008. Les Afro-Américains et les Hispaniques ayant voté en masse pour lui en 2008 ont énormément souffert de la crise économique. Ils ont vu leur situation se dégrader pendant le premier mandat d’Obama. Pour eux, Obama ne signifie pas un retour vers une meilleure situation ». Il faudra donc que Barack Obama parvienne à reconquérir un électorat déçu, affaibli moralement et économiquement.
C’est d’ailleurs sur ce bilan controversé que comptent les candidats républicains, rivalisant d’imagination pour séduire un électorat de plus en plus blasé face à des discours prometteurs ou même carrément agressifs. Si quatre candidats restent pour l’instant dans la course – Ron Paul, Rick Santorum, Mitt Romney et Newt Gingrich – les deux derniers restent en tête des sondages, notamment Gingrich qui vient de remporter la primaire républicaine de Caroline du Sud. Cet ultraconservateur de droite fait donc en quelque sorte vaciller le modéré Mitt Romney, pourtant donné pour favori dans nombre de sondages. Il faut garder à l’esprit que la primaire de Floride le 31 janvier représente un enjeu fondamental pour quiconque se trouve dans la course à la Maison-Blanche. En effet, ce « swing state » – ou État indécis – est connu pour déterminer la victoire ou la défaite d’un candidat.
Un républicain à Washington ?
La question qui se pose alors est la suivante : un républicain – ou plutôt l’un de ces républicains – a-t-il de réelles chances de l’emporter face à Obama en novembre ? M. Dungan en doute. « Ce sera fort difficile pour les républicains de battre Barack Obama non pas à cause de son bilan rayonnant, justement, mais parce que les candidats républicains sont particulièrement antipathiques aux yeux de l’Américain moyen : ni Gingrich ni a fortiori Romney ne représente les “99 %”. Par ailleurs, puisque la politique interne aux États-Unis est élaborée par le Parlement, c’est-à-dire le Congrès, et non pas par l’exécutif, Obama peut facilement expliquer que son piètre bilan relève de la non-coopération de la législature. »
Roberto De Primis, en revanche, admet que cela reste une éventualité. « Rien n’est impossible, donc voir un républicain à la Maison-Blanche est une hypothèse. Je crois aussi que le manque de qualités d’un candidat parmi les républicains pour le moment facilite la tâche d’Obama. » Et d’ajouter : « Des républicains qui ont voté Obama en 2008 ne le feront plus en 2012. Ces républicains n’en pouvaient plus du président Bush Jr et n’étaient pas convaincus de la candidature de John McCain. Aujourd’hui, ils veulent un vrai homme de droite avec des valeurs défendues par Grand Old Party (Parti républicain). Ils ont accepté l’Obama du changement. Ils n’en sont plus convaincus. »
Une campagne en or
Un autre défi évident auquel fait face Barack Obama est celui de rester à la Maison-Blanche avec un taux de chômage élevé. Selon les dernières estimations, il serait actuellement de 8,5 %-8,6 %, mais il commence à redescendre. M. De Primis souligne sur ce plan : « Sachez que ces chiffres sont un peu déroutants, pour la simple et bonne raison qu’ils apaisent les marchés financiers quant à la situation américaine. Mais ils ne révèlent pas la situation de l’économie réelle. Ces chiffres diminuent aussi parce que bon nombre d’Américains ne s’inscrivent plus sur les listes de demandeurs d’emploi. Ils perdent espoir et, de ce fait, les listes du chômage diminuent. »
L’expert poursuit, expliquant l’importance de cet état de fait sur la possibilité de la réélection d’Obama : « Aucun président n’a été réélu pour un second mandat alors que le taux de chômage était supérieur à 7,2 %-7,3 %, c’est un fait historique. Je doute sérieusement qu’Obama arrivera à ce taux-là d’ici à novembre 2012. C’est son boulet. Peut-être qu’il arrivera à redescendre jusque 8 % s’il n’y a pas de problème majeur d’ici là. » L’avenir s’annonce donc très incertain pour le candidat démocrate, d’autant qu’il faut garder à l’esprit les revendications du tout jeune mouvement Occupy Wall Street qui, lui, par contre, rassemble et représente une grande majorité d’Américains écrasés par le 1 % des « happy few ».
Et pourtant, Gingrich et Romney, qui en font partie, continuent de grimper dans les sondages, alors que le second possède une fortune de près de... 250 millions de dollars. Seuls ceux qui peuvent se permettre une campagne onéreuse restent ainsi en lice. En outre, l’on ne peut que remarquer que le contexte, économique notamment, accule les candidats et les pousse à surenchérir en matière de matraquages publicitaires surtout pour séduire un électorat de plus en plus difficile à conquérir. Un récent sondage démontrait d’ailleurs que près de la moitié des Américains sont « dégoûtés » de cette invasion publicitaire. Nicholas Dungan indique à ce propos : « Les Américains se rendent compte que leur système électoral et politique fonctionne aussi mal sinon pis encore que le système économique. Pour la première fois dans l’histoire récente, les Américains perdent la foi en leur pays : c’est un bon signe, car c’est ainsi que peuvent commencer les réformes, qui sont indispensables à tous les niveaux et dans tous les domaines – politique, économique et social. »
Toutefois, M. De Primis relativise : « Tout le monde veut rivaliser avec ce qu’Obama a été capable de faire en 2008. Non pas en termes de montant, mais en termes de réseaux sociaux et de leur utilisation pour faire venir voter ces nouveaux électeurs, comme les jeunes qui votaient pour la première fois. Les Américains, ce sont des amoureux de pubs et de marketing. Si vous ne les martelez pas avec un message, cela ne passera pas. » Et pour se faire entendre et acheter des places dans les médias, cela coûte énormément d’argent...
En d’autres termes, « cette campagne risque de coûter environ 1,5 milliard de dollars, alors qu’elle a coûté environ 1,1 milliard de dollars en 2008 ». Un chiffre astronomique quand on connaît l’état des finances américaines et les problèmes de la pauvreté dans le monde...



