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À La Une - Nucléaire

Face à l'embargo pétrolier européen, les Iraniens entre menaces et minimisation

Des sanctions visant à assécher le financement du programme nucléaire iranien controversé.

Le compromis trouvé prévoit une interdiction immédiate de tout nouveau contrat dans le secteur pétrolier avec l'Iran pour les pays européens. Une phase de transition est prévue pour l'annulation des contrats existant qui n'interviendra que le 1er juillet. Photo AFP

Les pays de l'Union européenne se sont mis d'accord lundi pour imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran ainsi que pour sanctionner sa banque centrale afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé. Quelques heures plus tard, Angela Merkel, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont une nouvelle fois demandé à Téhéran de "suspendre immédiatement" son programme nucléaire.

 

L'embargo pétrolier fait partie d'un paquet plus large de sanctions, incluant un gel des avoirs de la banque centrale iranienne, une interdiction partielle de transactions avec l'institut monétaire, et celle de produire pour son compte des pièces et billets de banque. La banque iranienne Tejarat, qui a des filiales au Royaume-Uni, en France, et en Allemagne, est aussi visée. L'UE élargit en outre l'interdiction d'investissements dans l'industrie pétrochimique, et suspend les ventes d'or ou d'autres métaux précieux et diamants à l'Iran. L'UE a déjà dans le passé gelé les avoirs de 433 sociétés iraniennes et 113 personnes, et a interdit l'exportation de nombreux produits sensibles et les investissements dans le secteur des hydrocarbures.

 

Les nouveaux contrats dans le secteur pétrolier avec l'Iran sont interdits avec effet immédiat. L'annulation des contrats existants interviendra ultérieurement, d'ici au 1er juillet, pour permettre aux pays les plus dépendants de se retourner. D'autres pays producteurs, dans le Golfe notamment, ont en effet promis de prendre le relais de l'Iran qui vend environ 20% de son pétrole aux pays de l'UE, notamment à la Grèce, à l'Italie et à l'Espagne. L'essentiel des ventes de pétrole iraniennes est néanmoins réalisé en Asie, où Européens et Américains s'efforcent en parallèle de convaincre des pays comme l'Inde de réduire eux aussi leurs importations.

 

Le ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Garcia Margallo a relevé que son pays faisait là un "très important sacrifice", tout en assurant avoir "trouvé des alternatives". Les Grecs, qui obtiennent leur pétrole d'Iran à des conditions très avantageuses, militaient à l'origine pour obtenir un délai d'un an avant de couper les ponts. Compte tenu de la grave crise de leur dette souveraine, ils risquent en effet de se voir exiger des nouveaux fournisseurs des garanties financières que Téhéran ne leur demandait pas. Athènes a toutefois levé lundi ses objections en échange de la promesse de ses partenaires européens qu'ils se pencheront à nouveau sur "la question des pays qui importent d'importantes quantités" de pétrole iranien au plus tard en avril. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, s'est dit confiant que d'ici là, "toutes les difficultés liées en particulier aux conditions d'approvisionnement de certains pays de l'UE pourront être levées".

 

Ces sanctions sans précédent "ont pour but de faire en sorte que l'Iran prenne au sérieux notre requête de venir à la table des négociations" sur son programme nucléaire, a pour sa part souligné la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. L'Agence internationale de l'énergie atomique et les occidentaux soupçonnent Téhéran, sous couvert d'activités civiles, de chercher à se doter de la bombe nucléaire.

 

 

La réaction de la Russie ne s’est pas faite attendre. Cité par l'agence Interfax qui l'interrogeait sur l'embargo pétrolier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé que "les sanctions unilatérales (contre l'Iran) ne font pas avancer les choses". "Il est évident qu'il s'agit d'une pression non dissimulée, d'un diktat, d'une volonté de punir l'Iran pour son comportement intransigeant", a ajouté dans la soirée le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. "C'est une politique profondément erronée", conclut le ministère.

 

Les Etats-Unis ont eux "salué une étape importante" pour accroître la pression sur Téhéran. Les décisions européennes sont "cohérentes" avec les mesures prises précédemment par les Etats-Unis, soulignent dans un communiqué commun les départements d'Etat et du Trésor, qui rappellent l'"engagement" des Etats-Unis et de leurs partenaires pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

 

Israël, pour sa part, n'a pas caché son approbation. "C'est un pas dans la bonne direction", a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'ouverture d'une réunion du groupe parlementaire de son parti, le Likoud, selon un communiqué de son bureau.

 

Côté iranien, Mohammad Kossari, vice-président de la commission des affaires étrangères et de la sécurité nationale au Parlement, a averti, selon l'agence Fars, que "si les ventes du pétrole iranien sont perturbées, le détroit d'Ormuz sera certainement fermé". Près de 40% des exportations de brut mondial transitent par cette voie d'eau bordée par l'Iran, le sultanat d'Oman et les Emirats arabes unis.

L'ancien ministre du Renseignement Ali Falahian a également appelé à des mesures de rétorsion contre les Européens, suggérant sur l'agence Fars de "cesser les exportations du pétrole iranien (vers l'Europe) avant la période de six mois (prévue pour la mise en œuvre de l'embargo) afin de faire augmenter le prix du pétrole et perturber les plans des Européens".

 

"Les sanctions contre les exportations pétrolières de l'Iran servent seulement les politiciens américains et européens (pour faire de la propagande, ndlr) et n'auront pas d'effet sur l'économie iranienne", a affirmé, pour sa part, Ali Adiani, membre de la Commission de l'Energie du Parlement, cité par l'agence Fars. "A l'heure actuelle, en raison de la situation du marché, l'Iran peut vendre son pétrole à n'importe quel pays (...) Avec les sanctions, le prix du pétrole va augmenter et ce sera au désavantage de l'Europe et des Etats-Unis", a-t-il ajouté.

 

Ramin Mehmanparast, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a estimé également que les sanctions européennes sont "injustes" et "vouées à l'échec".

Les pays de l'Union européenne se sont mis d'accord lundi pour imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran ainsi que pour sanctionner sa banque centrale afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé. Quelques heures plus tard, Angela Merkel, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont une nouvelle fois demandé à Téhéran de "suspendre immédiatement" son programme nucléaire.
 
L'embargo pétrolier fait partie d'un paquet plus large de sanctions, incluant un gel des avoirs de la banque centrale iranienne, une interdiction partielle de transactions avec l'institut monétaire, et celle de produire pour son compte des pièces et billets de banque. La banque iranienne Tejarat, qui a des filiales au Royaume-Uni, en France, et en Allemagne, est aussi visée. L'UE élargit en outre...
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