En est-on bien sûr ? À en croire les milieux gouvernementaux, cette fois-ci, les dés sont bel et bien jetés. Mais d’ultimes soubresauts ne sont pas à écarter, dans la mesure où le principal concerné, le ministre du Travail, n’a pas encore dit son dernier mot.
Charbel Nahas est, en effet, entré hier dans un black-out total à la suite de ce qui paraît bien avoir été une opération « peau de banane » menée à ses dépens et à laquelle ont contribué ses propres amis politiques. Il s’est ensuivi des rumeurs sur sa démission imminente, mais elles n’ont pas pu être confirmées. En revanche, on apprenait hier soir, de source proche du gouvernement, que le ministre, à qui revient encore la tâche de rédiger les décrets relatifs aux mesures prises mercredi, se serait donné 48 heures pour prendre sa décision : se conformer à l’avis du cabinet ou rendre son tablier.
Que s’était-il passé au juste? Pour comprendre, il faut savoir que l’autre « star » ministérielle du bloc du Changement et de la Réforme, Gebran Bassil, semble, à ce qu’on dit, assez irrité depuis un certain temps du comportement de son collègue mais néanmoins rival du Travail. Lundi dernier, M. Bassil convie à dîner chez lui son beau-père et patron, le général Michel Aoun, et le Premier ministre, Nagib Mikati. Sans M. Nahas. C’est au cours de ce dîner, le premier réunissant le chef du gouvernement et celui du CPL depuis longtemps, que la formule de sortie de crise au sujet des salaires aurait été mise au point.
Mis devant le fait accompli, le ministre du Travail tente pourtant de se rebiffer une nouvelle fois en Conseil des ministres. Il continue d’alléguer que la décision du gouvernement est illégale et s’entend répliquer par le ministre des Finances, Mohammad Safadi, que lui aussi pourrait considérer que les avances du Trésor qu’il signe sont toutes illégales.
Le vote
Pour la forme, les ministres du bloc du Changement et de la Réforme – mais sans les deux proches de Sleimane Frangié – ainsi que ceux du Hezbollah, votent aux côtés de M. Nahas sur la question de l’indemnisation à titre des transports et des écolages. Tous les autres votent contre. Il n’empêche que tout au long de la séance, le climat paraît tendu entre M. Nahas et M. Bassil, à en croire des sources ministérielles.
Que peut donc faire encore le ministre du Travail? Rien, estime l’un de ses collègues. À supposer même qu’il ne signe pas les décrets, les partenaires sociaux peuvent d’ores et déjà enclencher le processus dans les entreprises sans attendre le feu vert formel du gouvernement.
Le chapitre semble donc bien clos cette fois-ci, mais à quel prix ? Sur le plan social, la valeur du réajustement salarial a bel et bien été rognée, pour ne pas dire anéantie, par la montée des prix depuis quatre mois que le feuilleton perdure.
Amateurisme
Et sur le plan politique, le gouvernement, et en particulier certaines de ses composantes, ont fait preuve dans cette affaire d’un amateurisme, voire d’une désinvolture sans précédent dans l’histoire du pays, pourtant riche en matière de manifestations d’incompétence. À commencer par le Hezbollah dont les votes contradictoires, les valses-hésitations donnent à penser qu’il n’a cure des questions sociales et que son comportement est exclusivement dicté par des considérations stratégiques le concernant.
Quant au Premier ministre, il est clair qu’en apparence du moins, il marque un nouveau point contre M. Nahas. Probablement du fait que le Hezbollah a encore besoin de lui à la tête de ce gouvernement. Il reste cependant à savoir s’il a dû payer, lors du dîner chez M. Bassil, un quelconque prix en échange du retournement du bloc du Changement et de la Réforme contre son trublion de ministre du Travail. Un soutien dans les nominations, par exemple...


