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Le formidable conte de fées des « Lettres perdues » d’Antoine Boustany

La principale expéditrice identifiée... à « L’Orient-Le Jour ».

L’auteur du livre, le Pr Antoine Boustany : « Le tout est de savoir saisir le hasard et le mettre à profit. »

Le hasard fait bien les choses. Mais quand il les fait magnifiquement bien, cela frôle parfois le surréalisme, à la limite du conte de fées, ou d’un fantastique film d’aventures. Tel est le cas du dernier livre du professeur Antoine Boustany, Lettres perdues, paru tout récemment aux éditions L’Orient-Le Jour et dont la signature a eu lieu en novembre au stand L’Orient-Le Jour du Salon du livre francophone, au BIEL.


L’ouvrage porte sur la correspondance épistolaire de deux jeunes filles libanaises d’Alexandrie, dans les années 30 du siècle dernier, dont l’identité (du moins pour l’une d’entre elles) demeurait un mystère. Or il s’est avéré, bien après la parution du livre, que la principale expéditrice de ces lettres (celle dont l’identité était inconnue) n’était autre que... la mère de notre ancienne collègue, feue Fabienne Thomas, et de notre collègue Michel Touma (Thomas) qui n’a découvert que par un pur hasard, quelques jours après la signature, que l’ouvrage – dont il ignorait totalement la teneur et dont il ne connaissait pas l’auteur – portait sur la correspondance de sa mère... Comme une bouteille jetée à la mer qui traverse l’espace et le temps, et qui aboutit, par un incroyable concours de circonstances, près de 75 ans plus tard, à la bonne adresse... celle de L’Orient-Le Jour, après avoir voyagé, au fil des décennies, d’Alexandrie, au Caire, à Achrafieh, Badaro, Baabda et le BIEL. Et, cerise sur le gâteau, c’est ce même pur hasard – toujours lui – qui a voulu aussi que la principale expéditrice des lettres, qui a ainsi inspiré la publication d’un ouvrage aux éditions L’Orient-Le Jour, avait ouvert sa maison de Hamra à l’équipe de L’Orient-Le Jour durant les plus durs moments des premières années de la guerre libanaise. Un juste retour du balancier...


La petite histoire du livre d’Antoine Boustany commence en 1985 lorsque la bibliothèque de l’auteur, à son domicile de Badaro, est détruite par un obus. C’est alors que s’enchaîne une longue série de concours de circonstances.
« J’avais évidemment besoin d’une nouvelle bibliothèque, souligne Antoine Boustany. J’ai lu alors une annonce dans L’Orient -Le Jour sur une vente aux enchères à Achrafieh. Je me rends à l’appartement indiqué et j’achète une belle bibliothèque que je livre par la suite à un menuisier pour restauration. Deux semaines plus tard, ce dernier revient chez moi avec un coffret en tôle peinte. Je l’ouvre et je retrouve des lettres écrites à la plume. Alors que je me mettais à les parcourir rapidement, une salve d’obus m’oblige à quitter l’appartement. Je les range et je les oublie pendant plus d’une vingtaine d’années. Je ne m’en souviens que lorsque je décide de déménager de Badaro à Achrafieh. Je retrouve le coffret et, en lisant les lettres, je découvre qu’elles sont magnifiquement bien écrites, qu’elles sont d’un haut niveau quant à leur teneur, et qu’elles illustrent parfaitement les us et coutumes, le mode de vie et l’éducation de l’époque (les années 30 du siècle dernier) dans un milieu social bien déterminé (celui des Libanais d’Égypte). Ces lettres étaient tellement bien écrites, tant au niveau de la forme que du fond que, par moments, j’ai éprouvé un sentiment de sympathie envers leur expéditrice. Je décide alors de les publier. Mais il fallait au préalable découvrir l’identité des auteurs des lettres ou leurs descendants. »


Le Pr Boustany publie donc une annonce dans L’Orient-Le Jour ainsi que deux autres dans un quotidien arabophone, mais il ne reçoit aucune réponse. « Comme les lettres ne portent préjudice à personne et qu’elles datent de plus de soixante-dix ans, je décide donc de les publier », dit-il.


L’ouvrage reproduit 59 lettres datées de 1934 à 1941, écrites, pour la plupart, par deux jeunes filles libanaises d’Égypte : Maggy, la principale expéditrice (37 lettres sur 59), et Josette, alias Joujou. Les jeunes filles racontaient à leur amie intime, une certaine Jacqueline, habitant Le Caire, leur vie, leurs activités diverses, leurs amours, leurs sorties, leurs problèmes, leur quotidien, etc.
C’est à ce niveau que réside l’intérêt de ces lettres qui reflètent la vie sociale des Libanais d’Égypte au temps de la belle époque, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale, à l’âge d’or de l’Égypte, avant la chute du roi Farouk.
Mais ces lettres ont aussi une dimension humaine et émotionnelle certaine tout aussi importante que le volet socio-historique. Le Pr Boustany et notre collègue Michel Touma ne cachent pas leur émotion quand ils évoquent les événements qui ont mené à la publication de cette correspondance.


Installé dans son salon à Achrafieh, le Pr Boustany ne se lasse pas de raconter de vive voix la petite histoire des lettres, reprise dans son livre. Il rapporte aussi les propos que Michel Touma lui a tenus lorsqu’il lui a rendu visite après avoir découvert, par hasard, que son livre portait sur la correspondance de sa mère. « Il m’a dit que dans mon livre j’ai pu décrire fidèlement et parfaitement le profil psychologique et le caractère de sa mère, alors que je ne la connaissais évidemment pas et que je ne connais personne de la famille », souligne le Pr Boustany qui est, rappelons-le, psychiatre de profession.

Josette Camilleri
C’est également par un pur hasard, à quelques jours seulement de la signature au BIEL, que l’auteur a retrouvé la deuxième expéditrice, Josette, qui est toujours vivante et qui est domiciliée à Achrafieh. « Je remettais une invitation pour la signature à mon collègue et ami le Dr Nohad Genadri qui est médecin de famille, indique le Pr Boustany. Il me pose des questions sur le livre. Je lui dis que je n’ai trouvé aucune des personnes concernées, mais je sais que l’une des expéditrices se prénomme Josette et qu’elle semble avoir été l’épouse de Patrice Camilleri et qu’elle est née en 1918 au Caire. Le nom est familier au Dr Genadri. C’était l’une de ses patientes, mais il ne l’avait plus revue depuis deux ans. Après maintes recherches, un numéro de téléphone est retrouvé. Mme Camilleri est âgée aujourd’hui de 93 ans et vit à Achrafieh. Deux de ses enfants son venus à la signature du livre. »
Seuls les descendants de la destinatrice des lettres, Jacqueline (née Asfar), n’ont pas été retrouvés. L’une des parentes de Jacqueline, Joëlle Reille, vivant à Paris, est entrée en contact avec le Pr Boustany pour l’informer que Jacqueline est décédée et que sa fille Carine, installée dans le Sud de la France, est injoignable.

L’importance du hasard
L’auteur, qui a à son actif plusieurs livres, dont nombre d’ouvrages relatifs à sa spécialité (la psychiatrie), est un passionné d’histoire. Il ne cache pas sa satisfaction d’avoir eu l’heureux réflexe de publier son dernier ouvrage « parce que j’ai fait revivre une belle époque dont certains sont encore nostalgiques, et je suis aussi content d’avoir rendu service aux descendants des personnes ayant rédigé les lettres ».
L’auteur met l’accent dans ce cadre sur l’importance du hasard, en illustrant son propos à ce sujet d’un rappel du concours de circonstances qui a abouti à la publication du livre : « Le hasard se présente chaque jour à nous. Le tout est de savoir le saisir et le mettre à profit. J’ai pu acheter le meuble durant les années 80 parce que j’avais lu une petite annonce dans L’Orient-Le Jour et j’ai pu me rendre à la vente aux enchères parce que ce jour-là les routes n’étaient pas bloquées entre Achrafieh et Badaro. Le menuisier m’a rendu les vieilles lettres qu’il avait retrouvées alors que je suis un passionné d’histoire et de livres anciens. J’aurais pu ne pas lire la petite annonce, la route aurait pu être bloquée, le menuisier aurait pu ne pas me remettre les lettres et, si je n’étais pas passionné d’histoire, j’aurais pu les jeter... »

Le témoignage de Michel Touma
Quant à notre collègue Michel Touma, secrétaire général de la rédaction et directeur responsable de L’Orient-Le Jour, il indique qu’il a été alerté de la teneur du livre par un message SMS de sa cousine Olga Thomas qui lui a indiqué que les lettres en question sont écrites par une certaine Maggy (sa mère) qui parle de sa relation avec un certain Marcel (son père) et qui évoque dans une lettre sa sœur Andrée (sa tante). Renseignement pris auprès de la responsable des éditions L’Orient-Le Jour, Nayla de Freige, Michel Touma parvient à s’assurer, grâce à certains détails fournis par cette dernière, que les lettres en question sont bien celles de sa mère.


« J’ai appris beaucoup de choses sur ma mère, souligne-t-il. Je savais qu’elle lisait beaucoup et qu’elle était cinéphile... mais pas autant. Elle lisait à un rythme effréné des livres d’un très haut niveau, de grands auteurs français. J’ai appris aussi des détails sur l’histoire d’amour de mes parents, comment ma mère a tenu tête, en douceur, à sa propre famille pour maintenir sa relation avec mon père malgré les réticences de ses parents qui considéraient que mon père n’était pas assez fortuné pour elle. Elle voulait simplement gagner du temps pour ne pas contrarier son père qui était malade. »
« J’ai aussi appris, à travers ces lettres, que la personnalité de ma mère n’a pas changé, ajoute Michel Touma. Comme lorsqu’elle était adolescente et jeune fille, durant toute sa vie, et jusqu’à la fin de ses jours en 1990, elle n’a jamais médit de quelqu’un, elle n’a jamais eu un mot déplacé. Elle a toujours été un bon réconfort pour ses proches et ses amis. Sa maison, comme lorsqu’elle était jeune fille à Alexandrie, a toujours été ouverte à tout le monde. Ainsi, durant les moments les plus difficiles des premières années de la guerre libanaise, sa maison était continuellement ouverte à l’équipe de L’Orient-Le Jour. Ma mère est restée jusqu’à la fin de ses jours idéaliste et d’une très grande générosité de cœur. Elle avait un don de soi très poussé et une grande ouverture d’esprit, et s’intéressait à tout. »


Et Michel Touma de relever non sans émotion le sens aigu de l’amitié qu’avait sa mère – l’amitié pure, profonde, désintéressée, foncièrement authentique. Preuve en est que l’amitié qu’elle vouait lorsqu’elle était jeune fille à la destinatrice des lettres, Jacqueline, et à la sœur de celle-ci, Cécile, ainsi qu’à l’autre expéditrice des lettres, Josette Camilleri, est restée intacte et entière (et réciproque) jusqu’à la fin de ses jours.

Le hasard fait bien les choses. Mais quand il les fait magnifiquement bien, cela frôle parfois le surréalisme, à la limite du conte de fées, ou d’un fantastique film d’aventures. Tel est le cas du dernier livre du professeur Antoine Boustany, Lettres perdues, paru tout récemment aux éditions L’Orient-Le Jour et dont la signature a eu lieu en novembre au stand L’Orient-Le Jour du Salon du livre francophone, au BIEL.
L’ouvrage porte sur la correspondance épistolaire de deux jeunes filles libanaises d’Alexandrie, dans les années 30 du siècle dernier, dont l’identité (du moins pour l’une d’entre elles) demeurait un mystère. Or il s’est avéré, bien après la parution du livre, que la principale expéditrice de ces lettres (celle dont l’identité était inconnue) n’était autre que... la mère de notre...
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