Elias Khoury.
Beyrouth a joué un rôle important dans l’éveil de la culture arabe à elle-même. Les poètes arabes, de Mahmoud Darwich à Adonis, à Nizar Kabbani, ont consacré à la ville une part importante de leurs publications, adoptant Beyrouth comme patrie littéraire. La légende de Beyrouth s’est forgée à travers une longue histoire entre souffrance, écriture et détermination à préserver la liberté d’expression comme clé de voûte des libertés publiques. Elle s’est forgée dans l’action des intellectuels, des artistes, des éditeurs libanais et arabes qui ont fait de la ville un laboratoire des libertés et d’une culture pionnière.
Mais cette légende s’est aujourd’hui effondrée. Le printemps arabe dont a rêvé Samir Kassir se traduit à Beyrouth par un long hiver. Depuis le déclenchement des révolutions démocratiques dans le monde arabe en 2011, on assiste à une distorsion de l’image de la ville. Tout se passe comme si le miroir du monde arabe, lustré par les révolutions, se détournait de Beyrouth et la sortait du cadre.
Pourquoi la ville s’est-elle contrainte à cette honteuse misère ? A-t-elle pris cette décision claire dans un moment d’inconscience ou bien s’est-elle résignée, choisissant l’attente, ce repos létal qui détruit son âme ?
Le Salon annuel du livre francophone qui s’est tenu le mois dernier au BIEL avait pour titre « Paroles de liberté ». Je me suis alors demandé où se trouvait la libre parole à Beyrouth. Suffisait-il de parler des révolutions arabes pour donner à nos mots un goût de liberté ? Le langage s’était-il substitué à la réalité ? Ou bien tentait-on désespérément, à force d’en parler, de donner un semblant de crédit à une notion démonétisée ?
N’est-il pas d’ailleurs étrange d’évoquer ce mot dans une ville où les autorités, à travers leurs diverses politiques, n’ont de cesse de l’étouffer ? En revanche, les propos racistes sur la main-d’œuvre asiatique, accompagnés de traitements inhumains à l’encontre des employées de maison sri-lankaises, éthiopiennes ou philippines, ne dérangent personne. Pas plus que la tentative d’« épuration ethnique » de la municipalité de Bourj Hammoud à l’encontre des travailleurs kurdes résidant dans le secteur. Encore moins que la xénophobie exprimée à l’encontre des Palestiniens sous prétexte de combattre l’implantation, et en vertu de laquelle il est interdit à des personnes réfugiées au Liban depuis plus de 60 ans de posséder un toit ou d’avoir un emploi. Cela sans parler de la haine envers les Syriens, certaines forces politiques hostiles au régime baassiste à Beyrouth s’étant arrogé le droit d’étendre leur discours raciste aux simples individus. Et que les Syriens se révoltent contre le régime autoritaire de leur pays, ces mêmes forces ne songent qu’à exprimer leur crainte pour les chrétiens !
Quelque chose d’irrationnel régit les pratiques quotidiennes au Liban. Ainsi, quand des groupes de jeunes Libanais manifestent ou font des sit-in en solidarité avec le peuple syrien, ils sont agressés par les chabbiha de l’ambassade de Syrie à Beyrouth ou par les milices libanaises à structure fasciste. Les opposants syriens sont pourchassés au Liban. Certains sont arrêtés et remis au régime autoritaire de Damas, tandis que d’autres sont sommés par des organisations partisanes libanaises de remplir des fiches permettant de les placer sous contrôle des appareils sécuritaires !
Pour lire la suite de l’article et d’autres articles consulter l’édition de décembre de L’Orient Littéraire.
Mais cette légende s’est aujourd’hui effondrée. Le printemps arabe dont a rêvé Samir Kassir se traduit à Beyrouth par un long hiver. Depuis le déclenchement des révolutions...


Complément...ma première réaction était à chaud.Je ne retire rien.Mais un point sur lequel M. Khoury a raison est l'incroyable arrogance teintée de d'exclusion de l'autre qui caractérise une bonne partie des Libanais...avec cette insupportable manie de se prendre pour des génies de la bastille,de penser que tout est mieux au Liban...et de se vanter sans arrêt de la "réussite" de quelques émigrés remarquables,qui ont réussi,je le rappelle...ailleurs qu'au Liban.j'insiste sur le fait que le traitement infligé au personnel de maison au Liban,dans bien des cas ,est intolérable...et néanmoins ,je persiste,ce n'est pas une raison pour tout mélanger.
05 h 18, le 05 décembre 2011