Au jour le jour, la théorie des cadavres, des mutilés et des funérailles où gronde la révolte des trop longtemps opprimés. Au jour le jour, ces manchettes qui se veulent factuelles et cachent mal le pessimisme qui s’impose. Qui sait où doit se terminer une révolution ? Tout commence par un élan, un espoir, peut-être une fanfaronnade. On a envie d’être compris, écouté, d’exister comme un individu doté de rêves, de désirs, d’espérances. Mais le régime qui vous gouverne ne voit en vous qu’une masse indéfinie. Un troupeau, c’est simple à diriger : une voix, un bâton, quelques chiens. Il n’y a pas de raison que ça fonctionne autrement. La première brebis qui sort du rang est réprimée pour l’exemple. Si elle s’obstine, on la tue pour éviter la contagion. L’erreur, c’est d’ignorer que tout le cheptel est gagné par cet appel d’air et n’attend que l’occasion d’agir de même. Car alors la situation finit par échapper à tout contrôle. Un travailleur de Kamichli (Syrie) dans un supermarché du coin : Ils sortent tous les jours pour aller se faire tuer. Ils savent qu’ils ne rentreront pas. Ils prennent un bain, portent des vêtements frais et vont à la mort comme on va à une fête. Je ne comprends pas cette folie. Les malheureux, les malheureux !
À Beyrouth, quelles que soient les circonstances, on dresse le chapiteau du Koullouna, on ferme les routes pour la répétition du grand défilé, on confond l’hypothétique indépendance avec l’honneur de l’armée, de sorte que si l’on perd l’une l’autre soit sauvé par les apparences. On nous sert tant de discours sur l’unité de l’armée qu’on a parfois l’impression que son rôle se limite à lutter pour rester unie. Nos politiques peuvent, eux, revendiquer leurs préférences, leurs allégeances, courir pour leurs sponsors, qu’importe, l’armée, elle, affiche son unité et évite d’intervenir dans les conflits pour rester fidèle à cette sainte mission. Chouette !
Passé le défilé, le temps s’emballe et nous pousse à toute vitesse vers la fin de l’année. Déjà ? Déjà. La municipalité a sorti ses échelles télescopiques et la déco de l’an dernier qui datait déjà de l’an d’avant. N’empêche, ça fait gai, quand il y a l’électricité, toutes ces guirlandes, ces sapins, ces anges-dans-nos-campagnes. Ça nous rappelle que pour une fois, la guerre qui a emporté la moitié de nos âges (et nous avons eu de la chance) a fini par se lasser de nous. La guerre n’a que faire des blasés. Il lui faut de la passion, de la véhémence, de la foi.
Croyons-nous encore à la victoire de la justice, de l’équité et des droits humains ? Nous sommes-nous d’ailleurs jamais battus pour les faire valoir ? Nous avons assisté à des attaques de quartier à quartier, à des vandalismes et des cambriolages sous couvert d’héroïsme et de causes diverses, à des déplacements de populations dans un pays lui-même grand comme une circonscription. Nous avons bougé pour soutenir un chef, certains sont morts au nom d’une figure, pour la gloire d’une communauté. Mais qui pour nos droits les plus élémentaires ? Nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Nous ne le ferons pas. Jingle Bells !
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au jour le jour, la théorie des cadavres, des mutilés et des funérailles où gronde la révolte des trop longtemps opprimés. Au jour le jour, ces manchettes qui se veulent factuelles et cachent mal le pessimisme qui s’impose. Qui sait où doit se terminer une révolution ? Tout commence par un élan, un espoir, peut-être une fanfaronnade. On a envie d’être compris, écouté, d’exister comme un individu doté de rêves, de désirs, d’espérances. Mais le régime qui vous gouverne ne voit en vous qu’une masse indéfinie. Un troupeau, c’est simple à diriger : une voix, un bâton, quelques chiens. Il n’y a pas de raison que ça fonctionne autrement. La première brebis qui sort du rang est réprimée pour l’exemple. Si elle s’obstine, on la tue pour éviter la contagion. L’erreur, c’est d’ignorer que tout le...
Toujours une mort gratuite dans un monde arabe ou le carnage n’a plus de frontières et dans un Liban ou l’armée dans son unité virtuelle ne pourra jamais trancher un litige ou stopper ce vandalisme aveugle qui frappe le pays . Vraiment triste . Antoine Sabbagha
05 h 03, le 24 novembre 2011