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Fuite des cerveaux : les médecins libanais choisissent l’Amérique

Universités Qu’est-ce qui attire tant les étudiants libanais en médecine aux États-Unis ? Une nouvelle étude mène l’enquête.
21/11/2011
ILLINOIS, de Pauline M. KARROUM

« Et si les États-Unis m’étaient contés. » Au Liban, ce genre de constat est monnaie courante pour les étudiants en dernière année de médecine. Qu’ils évoluent au sein d’universités privées ou publique, qu’ils viennent d’un système américain ou non, l’Oncle Sam exerce sur eux une véritable fascination. Les études menées par Élie Akl, médecin et chercheur, professeur de médecine à l’Université de l’État de New York de Buffalo, l’ont démontré. Nos futurs médecins se rendent massivement en Amérique.
En publiant une série d’études portant sur les médecins libanais aux États-Unis, Élie Akl lève le voile sur un sujet qui concerne de près notre société : la fuite des cerveaux. Certes, ce thème a déjà été tant de fois débattu et traité, mais il y a du nouveau et des chiffres viennent confirmer nos doutes. Le Liban, par rapport à la taille de sa population, est classé comme le deuxième pays dont sont issus les médecins étrangers aux États-Unis ! Ainsi, 40 % des étudiants en médecine, diplômés ces 25 dernières années au Liban, exercent actuellement leur métier aux États-Unis. Leur nombre ne cesse de croître et chaque année, nombreux sont ceux qui partent rejoindre leurs concitoyens. Se basant sur la théorie du push-pull en migration, Élie Akl explique pourquoi ils partent poursuivre leur formation et mener leur carrière professionnelle outre-Atlantique.
« Le système américain est attrayant, dit-il. Les salaires sont élevés, les possibilités d’évoluer dans la carrière sont nombreuses, alors qu’au Liban, il y a une sursaturation du marché et une concurrence féroce. Selon les étudiants, une formation à l’étranger leur fournit un avantage concurrentiel local, régional et international. » Akl rappelle également le contexte social dans lequel sont plongés ces étudiants. « Selon leurs dires, c’est la société libanaise elle-même (grand public, patients, établissements de santé...) qui s’attend à ce qu’ils soient formés à l’étranger, parce qu’elle considère qu’ils seraient plus compétents que les médecins formés localement. »

Les séries, une vraie publicité
ER, Chicago Hope... La longue liste des séries américaines, ou encore des films hollywoodiens, fait indirectement de la publicité pour la formation et le style de vie aux États-Unis. « En pensant à la médecine, on se rappelle immédiatement ces séries. C’est comme si tout est enregistré dans votre inconscient », raconte une des personnes interrogées. Les étudiants veulent aussi reproduire un modèle. Celui des membres de leur famille, leurs amis, ou encore leurs collègues qui perçoivent positivement leur vie professionnelle en Amérique. Akl raconte : « Ils vont jusqu’à parler de l’instauration d’une culture de migration. » Celle-ci est engendrée par des réseaux qui lient ces étudiants aux migrants et par le soutien que leur apportent ces derniers sous diverses formes : information, aide financière, hébergement... Comme si tout est fait pour que cette migration s’installe dans la durée, et ce en dépit des obstacles que peuvent rencontrer ces futurs migrants.

Perte d’investissement dans l’éducation
Quel est alors l’impact de ce phénomène sur le Liban ? Élie Akl nous explique qu’il n’y pas d’études sur le terrain pour mesurer les conséquences de cette migration. Il note néanmoins d’un point de vue théorique, et sur la base d’observations anecdotiques, ses avantages et ses inconvénients. Il y a d’abord l’expertise acquise à l’étranger et ses bénéfices. En effet, lorsque ces médecins formés rentrent au Liban, ils font profiter leur pays de leur savoir-faire et leurs connaissances. Par ailleurs, l’impact économique et les transferts d’argent au pays d’origine est un avantage important pour le Liban. Sans oublier que lorsqu’ils décident de retourner au bercail, ces médecins disposent de moyens financiers qui sont loin d’être limités.
L’image n’est toutefois pas si idyllique. Parmi les conséquences de cette migration, il y a aussi les lourdes pertes d’investissement dans l’éducation. Qu’il s’agisse des fonds de l’État servant à financer l’Université publique, ou l’apport des parents pour l’inscription aux universités privées, les sommes dépensées dans ces formations au Liban sont en train de servir un pays étranger. Autre inconvénient : le pays est en train de perdre des citoyens hautement qualifiés qui auraient pu contribuer aux changements politiques et sociaux au sein de la société.

Le Liban, région « hub »
Dans ce contexte, Akl propose des solutions intéressantes. Les pays du Golfe, rappelle le chercheur, souffrent d’une grave pénurie de cliniciens et d’académiciens malgré leurs énormes investissements dans l’éducation, la recherche clinique et leur collaboration avec les meilleures institutions médicales américaines. Les centres hospitaliers universitaires libanais pourraient établir des collaborations triangulaires avec leurs partenaires d’Amérique du Nord et les centres médicaux du Golfe. Ces derniers pourraient recruter ainsi des médecins libanais formés aux États-Unis et qui seraient intéressés de retourner dans la région. Le Liban sera transformé ainsi en centre régional d’enseignement, un pont médical central ou encore une région académique « hub ».
Que pensent les responsables de ces propositions et quelle est l’ampleur du chemin à parcourir ? À l’heure où le pays perd massivement ses futurs médecins, il y a une nécessité urgente de répondre à ces questions.

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