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À La Une - Le Point

Bombe à retardement

GOV/2011/65 est le titre du quatrième et dernier rapport pour cette année de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur le programme nucléaire iranien paru le 8 novembre. Au total, douze pages denses, en comptant l’annexe, rédigés dans un style propre à un organisme réputé pour son sérieux et comportant une petite phrase au paragraphe 53 sur laquelle classe politique et médias de tous bords se sont arrêtés : « Après évaluation attentive et critique de la très grande somme d’informations disponibles, l’agence les trouve crédibles dans leur ensemble. Elles indiquent que l’Iran a mené des activités servant au développement d’un dispositif explosif de type nucléaire. Les informations indiquent aussi qu’avant fin 2003, ces activités ont eu lieu sous un programme structuré et que certaines de ces activités pourraient encore se poursuivre. » Quelques lignes auparavant, l’AIEA prend soin de faire état de ses « sérieuses inquiétudes sur de possibles dimensions militaires ».
Le document serait presque passé inaperçu s’il n’avait été précédé d’une gigantesque opération d’intox mobilisant les grandes capitales occidentales, Washington en tête, et bien entendu Tel-Aviv où, à en croire des fuites de presse faisant état de sources qui refusent d’être identifiées (sourires interdits sous peine de censure militaire...), Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense Ehud Barak peinent à convaincre leurs collègues au sein du gouvernement de l’urgence d’une frappe préventive des sites iraniens. Il y a aussi ces essais réussis d’un missile capable d’atteindre Téhéran et d’un ravitaillement en vol, les inévitables propos d’Avigdor Lieberman, ceux de Shimon Pérès sur la « probabilité » d’une attaque et enfin le pas de deux euro-américain « n’excluant rien ».
Autant de signaux, pas du tout imperceptibles, que quelque chose est en cours de préparation, avec pour effet une hausse notable de la température internationale qui porte à se poser la question, comme le fait cette semaine l’hebdomadaire US Time : « Drumbeats of War or a Smoke Screen ? » Une alternative que le quotidien anglais The Guardian écarte d’un péremptoire : « Il est grand temps de renoncer à l’idée que l’Iran pourrait être détourné de la voie nucléaire. »
Il semble évident qu’aussi bien l’État hébreu que les Européens ont fini par se convaincre des bienfaits du bâton accompagné d’un... bâton – en d’autres termes d’une nouvelle volée de sanctions d’autant plus efficaces qu’elles seraient doublées de l’allusion à une opération militaire. Le paradoxe est qu’à brandir trop ouvertement une menace, on en neutralise l’effet de surprise.C’est cet élément, indispensable dans une confrontation militaire, qui avait permis de détruire le réacteur irakien Osirak en 1981 puis, vingt-six ans plus tard, le site syrien d’al-Kibar. Sauf qu’une frappe aérienne n’effraie nullement les mollahs, inquiets plutôt des opérations ponctuelles menées contre le régime. On apprend ainsi qu’au nombre des victimes de l’explosion, samedi dernier, d’un dépôt de munitions proche de la capitale, figurait le général de division Hassan Moghadam, fondateur de l’artillerie et des forces balistiques des gardiens de la révolution, responsable aujourd’hui des recherches industrielles devant assurer à cette garde prétorienne du régime l’autosuffisance en matière d’armement. Ces deux dernières années, quatre attentats ont été perpétrés, dirigés contre des savants nucléaires iraniens, le dernier en date s’étant produit le 23 juillet, tuant le physicien Daryoush Rezaïe. Les trois autres remontent, le premier à janvier 2010, visant un scientifique nucléaire, Massoud Ali Mohammadi, le second au 29 novembre de la même année, visant Majid Shahriari et Abbassi Davani.
Cette guerre des savants, petite par son ampleur mais dévastatrice de par ses conséquences, se double en Israël d’un duel entre ancien et nouveau chef des services secrets, aux États-Unis de joutes verbales entre le président sortant et ses challengers républicains, sur fond d’un risque de conflagration qui embraserait l’ensemble du Moyen-Orient (le Hamas et le Hezbollah aidant) et de la possibilité d’attaques contre des cibles occidentales un peu partout dans le monde. Fort heureusement, on est loin encore de la concrétisation de ce scénario catastrophe. Ce qui contribue à éloigner le spectre d’un cataclysme dont le point de départ serait le bombardement des sites nucléaires iraniens, c’est la difficulté que représente la localisation de ceux-ci, répartis qu’ils sont sur l’ensemble du territoire et, pour certains, enfouis profondément dans le sol, sous des tonnes de béton. Dernier argument, l’Iran possède plus de 4,5 tonnes métriques d’uranium faiblement enrichi et plus de 70 kilos d’uranium enrichi à 20 pour cent.
En somme, de quoi assurer l’indispensable équilibre sans lequel la terreur ne serait pas source de sagesse.
GOV/2011/65 est le titre du quatrième et dernier rapport pour cette année de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur le programme nucléaire iranien paru le 8 novembre. Au total, douze pages denses, en comptant l’annexe, rédigés dans un style propre à un organisme réputé pour son sérieux et comportant une petite phrase au paragraphe 53 sur laquelle classe politique et médias de tous bords se sont arrêtés : « Après évaluation attentive et critique de la très grande somme d’informations disponibles, l’agence les trouve crédibles dans leur ensemble. Elles indiquent que l’Iran a mené des activités servant au développement d’un dispositif explosif de type nucléaire. Les informations indiquent aussi qu’avant fin 2003, ces activités ont eu lieu sous un programme structuré et que certaines de...
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