Rechercher
Rechercher

À La Une - Exposition

La « Beirut Experience » de dix artistes venus d’ailleurs...

Comme son intitulé l’indique, « The Beirut Experience » présente une sélection d’œuvres issues de la rencontre d’artistes internationaux avec Beyrouth. Dix artistes choisis par la structure suisse Attitudes, productrice de ce projet, pour leur intérêt pour l’architecture, l’urbanisme, l’histoire, la mémoire, ou encore l’identité culturelle...

La Grotte aux pigeons de Marc Bauer. (Photos Michel Sayegh)

Faire de la rencontre avec Beyrouth l’objet d’une expérience artistique pluridisciplinaire est toujours un sujet attrayant. Encore plus s’il confronte les points de vue de plusieurs
artistes.
Au Beirut Art Center, 10 d’entre eux, venus de différents coins du monde, à l’initiative d’Attitudes* (contactée par Zico), ont exprimé au moyen de leurs différentes pratiques leur « Beirut Experience ». Une expérience beyrouthine résultant de deux courts séjours au Liban, au cours de l’année 2011, de ces artistes internationaux et qui, entre exploration architecturale et découverte de la mémoire vivante de cette ville chargée d’histoire, d’histoires et de mythes, est censée offrir une vision différente et nouvelle de ce sujet.
Or, ce n’est pas toujours le cas. Une bonne partie des œuvres exposées reprennent, sans grande originalité, les poncifs liés aux traces de guerre et à la mémoire d’avant-guerre de Beyrouth. Des thématiques qui font, certes, largement partie du registre de ces artistes choisis pour leur intérêt pour l’architecture, l’urbanisme, la mémoire ou l’identité culturelle – « notions cruciales dans le contexte libanais », comme le signalent les commissaires d’Attitudes, Paul Felley et Olivier Kaeser, dans la note d’intention – mais qui, pour des travaux issus d’une confrontation avec la « très complexe et stimulante situation libanaise », ne délivrent pour certains qu’une impression légère.
Le visiteur se laisse cependant happer par le vieux bus d’avant-guerre, parqué devant la porte du Beirut Art Center, dans lequel l’artiste helvétique Éric Hattan a placé trois écrans projetant des images en simultané. Celles du chantier de construction du Dôme (ou Bulle) du centre-ville, celles d’une paire de mains tordant un paquetage d’œufs et celles d’une vidéo amateur montrant Beyrouth dans les années 60 filmée par le propre père de l’artiste !
Puis il lui faudra aborder, dès l’entrée, d’autres rescapées du passé de Beyrouth : de vieilles chaises disparates récupérées par Hattan qui les a disséminées sur toute la superficie centrale de l’espace d’exposition. Après avoir coulé un pied de chacune d’elles dans un contenant de béton !
Moins spectaculaire, la série de dessins (au crayon mine sur papier) et de petits textes qu’a inspiré la capitale libanaise au Berlinois Marc Bauer capte, cependant, le regard. Notamment le croquis représentant la Grotte aux pigeons de Raouché, intitulé « Memory of a Romantic Landscape » d’expression très néo-orientaliste.

Mémoire urbaine
et architecturale
C’est pourtant la mémoire architecturale qui domine cette exposition collective. Lara Almarcegui, Espagnole basée à Rotterdam, a sélectionné au cours de ses pérégrinations beyrouthines une quarantaine de beaux immeubles du XXe siècle. Des bâtiments détériorés qu’elle voudrait consigner dans un Guide des immeubles détruits de Beyrouth. Cet ouvrage, dont la publication est prévue début 2012, s’inscrit dans la série de guides que l’artiste a déjà consacrée à des bâtiments en ruine et à des terrains vagues dans différentes cités du monde.
Dans un esprit similaire de recension et de conservation de la mémoire architecturale et urbaine de Beyrouth, Tony Chakar, le seul artiste libanais de ce groupe, a élaboré, sous forme de site Internet, un captivant tour guidé intitulé The Sky Over Beirut. Un parcours dans deux quartiers de la ville, Achrafieh et le centre historique, émaillés de petites histoires des lieux, de souvenirs et de commentaires personnels.
Mark Lewis propose, quant à lui, un mini-tour des toits de Beyrouth. Ceux de Hamra plus particulièrement, que cet artiste canadien vivant à Londres a filmés en vue panoramique.
Autre vidéo, celle du Suisse Adrien Missika qui a filmé (en Super 8) le « Dome », théâtre en demi-cercle construit par le fameux Oscar Niemeyer sur le site de la Foire internationale de Tripoli et qui, pour cause de guerre, n’a jamais été inauguré. Il y propose une incursion poético-palpitante dans un univers de béton brut, de tiges de fer et de sonorités angoissantes...

Beyrouth, poste restante
Vidéo également, accompagnée de trois photos couleurs, pour le projet axé sur le bâtiment de l’Observatoire, situé sur le campus de l’Université américaine à Beyrouth, chez la Française Marcelline Delbecq. Qui s’est amusée à faire le rapprochement entre le site de Beyrouth et ceux de Los Angeles et de Nice.
Tandis que la plasticienne franco-marocaine Latifa Echakhch a élaboré, avec de la terre rouge de Beyrouth, des coquelicots en terre cuite, en référence à une légende selon laquelle ses fleurs, blanches à la base, seraient devenues rouge à cause du sang issu des guerres contenu dans la terre.
Dans le même registre de l’empreinte, l’artiste équatoriano-parisienne Estefania Peñafiel Loaiza a réalisé (en parallèle à l’installation sur le même thème qu’elle présente au Hangar/Umam**) une courte vidéo, No Vacancy, filmée cet été à Beyrouth sur la Corniche montrant une même image d’un ouvrier travaillant sur un échafaudage sur fond de bruit de mer, qui apparaît, simultanément, éclairée puis éteinte. Comme une empreinte laissée sur l’écran... Une illustration du paradoxe entre fugacité et pérennité de la mémoire.
Enfin, depuis les différentes villes où il s’est trouvé au cours de l’année 2011, l’artiste roumain Dan Perjovschi a envoyé régulièrement des cartes postales à Beyrouth. Il y a griffonné des schémas et des mots inspirés de l’actualité. Collées sur la vitrine du Beirut Art Center, elles sont complétées par une série de dessins transférés, par papier carbone, sur les murs de la galerie. L’ensemble constitue un amusant puzzle de représentations mêlant symbolique libanaise (le clocher et le minaret ; armes, individus cloisonnés ou morcelés...) et imagerie d’un bouleversement – notamment économique – à l’échelle internationale.
L’exposition The Beirut Experience se tient jusqu’au 19 novembre au BAC (Jisr el-Wati). Puis, à partir du mois d’avril 2012, elle sera présentée à Genève.

* Structure artistique indépendante basée à Genève, qui conçoit et produit des projets dans le champ des arts
contemporains.
**Article paru dans l’édition du 14 octobre 2011.
Faire de la rencontre avec Beyrouth l’objet d’une expérience artistique pluridisciplinaire est toujours un sujet attrayant. Encore plus s’il confronte les points de vue de plusieurs artistes. Au Beirut Art Center, 10 d’entre eux, venus de différents coins du monde, à l’initiative d’Attitudes* (contactée par Zico), ont exprimé au moyen de leurs différentes pratiques leur « Beirut Experience ». Une expérience beyrouthine résultant de deux courts séjours au Liban, au cours de l’année 2011, de ces artistes internationaux et qui, entre exploration architecturale et découverte de la mémoire vivante de cette ville chargée d’histoire, d’histoires et de mythes, est censée offrir une vision différente et nouvelle de ce sujet. Or, ce n’est pas toujours le cas. Une bonne partie des œuvres exposées reprennent,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut