Kadhafi a été traqué, malmené, humilié. Lynché. Les jours qui ont précédé sa mort, il se terrait dans Syrte, occupant des maisons abandonnées, se nourrissant de pâtes trouvées dans les placards des anciens habitants. Presque la même fin que Saddam Hussein, sauf que le dirigeant libyen était, lui, incongrument et soigneusement rasé. Signe qu’il s’accrochait à une certaine dignité. Sans doute y avait-il une sorte de logique dans cette mort fauve aux relents de curée. La barbarie de ses bourreaux exprimait une haine archaïque, bien au-delà de l’aversion qu’on peut avoir pour un ennemi ordinaire. Plus fort que le souvenir de l’injustice qu’il a pu exercer, l’histoire gardera de lui cette image très « graphique » comme on dit sur YouTube des vidéos aux contenus violents.
Enfin, il est mort, paix à toute âme, la sienne comme les autres, et cette fin ne surprend ni ses victimes ni ses obligés. Tous l’ayant souhaitée de concert, il ne pouvait en être autrement. C’est une fin de dictateur, comme celle de Mussolini, d’Hitler ou de Ceausescu. Moi, c’est l’histoire de Yue Yue qui me tourmente. Yue Yue avait deux ans. Elle traversait en regardant du mauvais côté une ruelle étroite dans un marché en Chine. Une camionnette l’a renversée, le conducteur s’est enfui. C’est choquant, mais ça peut arriver. La suite est pire. Un passant, deux passants, dix passants contournent le petit corps encore en vie, sans s’arrêter. Une autre camionnette lui passe dessus sans états d’âme. Huit nouveaux passants, et personne ne s’arrête. C’est une ramasseuse d’ordures qui la retire enfin de la chaussée. La Chine, 1.33 milliards d’habitants...et des poussières. Yue Yue faisait partie des poussières. La Chine, inquiète, se penche sur le dysfonctionnement de son tissu social. C’est l’humanité entière qui devrait s’interroger sur sa déshumanisation.
À qui Abdeljalil cherchait-il à plaire avec ce premier discours où il se hâtait d’étendre le domaine de la sexualité masculine, avec ses insinuations sur la polygamie ? Combien de morts pour cette magnifique réalisation ? Pourquoi ne s’est-il trouvé personne pour sauver Yue Yue ? Sans compassion, sans empathie, sans la notion de l’autre, sommes-nous encore capables de réaliser un printemps ?


Il n'est pas facile de nier une réalité aussi grossièrement évidente que la mort.De Yue Yue à on Kadhafi tout le monde veut continuer d'agir sur les autres après sa mort, on refuse de disparaître, et c est à nous survivants de refuser de devenir comme les lybiens opportunistes qui en profitent pour s'enrichir en nourrissant l'illusion et dire qu'ils seront meilleurs dans ces printemps arabes que leur chef disparu . Nazira.A.Sabbagha
02 h 37, le 27 octobre 2011