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À La Une - Trois Questions À ...

Pour Ben Brik, la Tunisie, c'est "no future"

... Taoufik Ben Brik. Journaliste, écrivain, opposant opiniâtre au régime de Ben Ali ayant goûté à la prison, Ben Brik tempère l'euphorie générale au lendemain du premier scrutin libre de l'histoire de la Tunisie.

Taoufik Ben Brik, activiste, journaliste et écrivain. Il est passé dans les geôles tunisiennes sous le régime de Ben Ali. Photo AFP

Q - La commission électorale indépendante (Isie) a indiqué que la participation au scrutin de dimanche "a dépassé toutes les attentes". Vous attendiez-vous à un tel niveau de participation ?

 

R - "Pour moi, cela reflète un embrigadement monstre. Lorsqu’il s’agit d’un taux de participation aussi énorme (les estimations évoquent entre 70 et 90% de participation), on passe d’une participation volontaire à une participation involontaire. Pour reprendre Étienne de La Boétie (écrivain français du XVIe siècle), je parlerais ici de +servitude volontaire+. On peut faire la comparaison avec la façon dont s’est déroulée l’élection de Jacques Chirac en 2002, lorsqu’il affrontait Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

Lorsqu’il y a 100% de convaincus, je mets un tiret entre +con+ et +vaincus+. Je ne suis pas allé voter, car il s'agissait d'élections falsifiées dès le premier abord. Le jeux électoral ne peut réussir que lorsque l'on assure la liberté de la presse et l’indépendance de la justice. Aujourd’hui, rien ne peut changer, car les deux principaux organes, financiers et militaires, de l'Etat sont toujours aux mains des responsables de l’ancien régime".

 

- Des estimations évoquent une large victoire du parti Ennahda. En cas de victoire, vous attendez-vous à un mouvement d'islamisation de la Tunisie ?

 

R -"Les Tunisiens sont ignorants. Ils sont allés voter pour Ennahda qui propage un islamisme politique qui ne peut être une solution. Aujourd'hui oui, c’est un véritable raz-de-marée. On passe d’une dictature mafieuse à une dictature des barbus. De là à ce que le pays s'islamise, c’est une autre paire de manches. Les islamistes prendront le pouvoir, mais ils n’ont pas de baguette magique qui leur permette de régler les problèmes des Tunisiens comme la pauvreté, l’enseignement et la santé. Les gens rêvent d’un paradis, alors que même un plan Marshall ne réussirait pas à sortir la Tunisie du quart-monde".

 

- Quels sont aujourd'hui, selon vous, les plus grands défis auxquels la Tunisie nouvelle est confrontée?

 

R - "La pauvreté, l’enseignement, l’habitat, c’est à dire le vécu, le quotidien. C’est sur ces questions que le politique doit donner des réponses, pas sur des questions métaphysiques. Les Tunisiens savent qui ils sont, il n’y a pas de crise d’identité. Le Tunisien, comme le Suédois ou le Libanais, cherche à vivre en paix avec sa famille. Le pays est en banqueroute depuis Bourguiba (le premier président de la république tunisienne, ndlr). Alors, est-ce qu’on va s’en sortir ? Le seul moment dont il fallait tirer profit, c’est la période révolutionnaire, au moment du départ de Ben Ali.

La période dans laquelle nous entrons aujourd'hui sera une nuit noire. En politique, il n’y a pas de pessimisme ni d’optimisme, mais du réalisme. Le réalisme permet d’envisager le futur, et là, c’est +no future+. En Tunisie, on peut dire, +No, we can not+".

 

Q - La commission électorale indépendante (Isie) a indiqué que la participation au scrutin de dimanche "a dépassé toutes les attentes". Vous attendiez-vous à un tel niveau de participation ?
 
R - "Pour moi, cela reflète un embrigadement monstre. Lorsqu’il s’agit d’un taux de participation aussi énorme (les estimations évoquent entre 70 et 90% de participation), on passe d’une participation volontaire à une participation involontaire. Pour reprendre Étienne de La Boétie (écrivain français du XVIe siècle), je parlerais ici de +servitude volontaire+. On peut faire la comparaison avec la façon dont s’est déroulée l’élection de Jacques Chirac en 2002, lorsqu’il affrontait Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.
Lorsqu’il y a 100% de convaincus, je mets un tiret entre +con+ et...
commentaires (5)

Oui, Madame M. AOUN, de l'intérieur bien sûr. Mais, souvent, comme il fut en Lybie, dont pourtant tous acclament la victoire du PEUPLE Lybien, c'est avec l'aide de l'extérieur ( car on se ligue avec le diable pour en finir avec les exactions des despotes ) que la victoire fut remportée. Le résultat étant le même. Un despote de moins. Et la démocratie viendra avec les changements, car les fanatiques, s'ils prennent la place des tyrans, auront le même sort à court terme. Les peuples se sont réveillés. C'est ce qui va donner beaucoup de fil à retordre à ceux qui croient qu'ils vont établir des régimes extrémistes à leur solde. A moins, que ces régimes fanatiques sont voulus par les peuples, eux mêmes fanatisés, avec la tutelle étrangère. Et, il paraît que c'est le cas. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

12 h 56, le 25 octobre 2011

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Commentaires (5)

  • Oui, Madame M. AOUN, de l'intérieur bien sûr. Mais, souvent, comme il fut en Lybie, dont pourtant tous acclament la victoire du PEUPLE Lybien, c'est avec l'aide de l'extérieur ( car on se ligue avec le diable pour en finir avec les exactions des despotes ) que la victoire fut remportée. Le résultat étant le même. Un despote de moins. Et la démocratie viendra avec les changements, car les fanatiques, s'ils prennent la place des tyrans, auront le même sort à court terme. Les peuples se sont réveillés. C'est ce qui va donner beaucoup de fil à retordre à ceux qui croient qu'ils vont établir des régimes extrémistes à leur solde. A moins, que ces régimes fanatiques sont voulus par les peuples, eux mêmes fanatisés, avec la tutelle étrangère. Et, il paraît que c'est le cas. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    12 h 56, le 25 octobre 2011

  • M. Anastase Tsiris, les revolutions, les vraies, se font generalement de l'interieur d'un pays pas de l'exterieur (comme la revolution en France).

    Michele Aoun

    08 h 45, le 25 octobre 2011

  • Madame Michèle Aoun, c'est ainsi que se font les révolutions pour détrôner les Despotes. Qu'est-ce qui se passe alors ? Certains, à coups de fanatismes ( je mets exprès un s ) religieux, d'autres à coups de petrodollars, s'immiscent, exploitent ces révolutions et les dévient de leur but réel. Le résultat ? Des despotismes religieux ou théocratiques. Allez chercher quel genre de despotisme est le pire. Mais, l'histoire ne s'arrête pas. Si ça n'arrive pas aujourd'hui, il arrivera demain ou après demain. D'où on comprend très bien les soucis de sa Béatitude Al Raï. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    05 h 53, le 25 octobre 2011

  • Voila ou les Americains ont mene les Tunisiens apres les avoir encourage a la revolution: au chaos. Il en sera de meme dans tous les pays arabes si les revoltes ne cessent pas. Ce n'est pas ainsi qu'on instaure la democratie et la liberte dans un pays.

    Michele Aoun

    09 h 30, le 24 octobre 2011

  • - - Il a raison .

    JABBOUR André

    09 h 08, le 24 octobre 2011

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