Des patients cancéreux se faisant soigner à l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 août 2026. Photo REUTERS/Ramadan Abed
Les patients atteints de cancer à Gaza meurent à un rythme deux à trois fois supérieur à celui d’avant le début de la guerre dans le territoire, Israël empêchant de nombreux malades de voyager pour se faire soigner après avoir détruit la seule structure spécialisée dans l'enclave, ont averti des médecins de Gaza, cités par Reuters.
Israël a fait exploser le seul hôpital spécialisé dans les soins oncologiques, l'hôpital d'amitié turco-palestinien, dynamité par les forces israéliennes en mars 2025. Cela signifie qu’environ 17 000 Gazaouis atteints de cancer n’ont plus d’option locale pour la chimiothérapie ou d’autres traitements avancés.
Peu de Palestiniens peuvent se permettre de voyager pour se faire soigner, et ceux qui le peuvent font face à des restrictions israéliennes. L’armée impose des quotas sévères sur les passages quotidiens vers l’Égypte, malgré un accord de cessez-le-feu conclu en 2025 entre Israël et le Hamas qui garantit la libre circulation vers et hors de Gaza.
Interrogée, la COGAT, l’agence militaire israélienne qui contrôle l’accès à Gaza, a affirmé qu’elle coordonnait les évacuations médicales avec l’Organisation mondiale de la santé. Pour partir, les Gazaouis doivent disposer d’une demande valide d’un pays d’accueil et passer les « vérifications de sécurité requises », a précisé la COGAT. L’OMS n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.
Course contre la montre
Pour Khouloud Abou Sahmoud, une mère palestinienne de deux enfants atteinte d’un cancer de l’ovaire avancé, l’attente d’un traitement à l’étranger est devenue une course contre la montre alors que son cancer progresse. « Chaque jour, ma maladie évolue, et ma situation est tragique. Tous mes ongles sont tombés – je n’en ai plus aucun. J’attends juste de mourir. » Mme Abou Sahmoud, 33 ans, affirme attendre de quitter Gaza pour un traitement en Égypte ou plus loin depuis la signature du cessez-le-feu en octobre dernier. Durant ce laps de temps, le cancer s’est propagé à ses poumons et ses os, dit-elle.
La COGAT a déclaré qu’environ 5 800 Gazaouis nécessitant des soins médicaux sont sortis vers l’Égypte depuis qu’Israël a accepté, en février, une réouverture limitée du passage frontalier de Rafah, resté largement fermé durant la guerre commencée en 2023. « Les évacuations médicales ne sont en aucun cas restreintes par l’État d’Israël, mais dépendent entièrement de la demande du pays d’accueil ; sans demande officielle, la COGAT ne peut pas coordonner le départ d’un patient », a indiqué l’agence.
Des responsables de la santé palestiniens rapportent que 11 000 personnes, dont des patients, ont franchi Rafah depuis sa réouverture, soit moins de la moitié du nombre attendu selon l’accord de cessez-le-feu. En outre, 20 000 patients, dont 5 000 atteints de cancer, sont inscrits pour un traitement à l’étranger, mais ne sont pas encore autorisés à partir, selon ces responsables.
Exposition à des substances toxiques
Le cessez-le-feu a mis fin aux principaux combats, mais les forces israéliennes contrôlent toujours plus de la moitié de Gaza, une zone aujourd’hui étendue à près des deux tiers du territoire. Presque toute la population de plus de 2 millions de Gazaouis vit dans une bande côtière sous contrôle du Hamas, principalement dans des tentes de fortune ou des abris dans des bâtiments endommagés. Avant la guerre, les services de santé locaux avaient progressé, grâce aux investissements étrangers et à la persévérance de médecins locaux, selon une investigation de Reuters. Mais la plupart des hôpitaux de Gaza ont été détruits ou endommagés pendant la guerre, et ceux qui restent opérationnels manquent jusqu’à 70 % des fournitures médicales essentielles, notamment celles nécessaires au traitement du cancer et aux services de diagnostic, ont indiqué des médecins.
Parmi les personnes tuées par Israël pendant la guerre figuraient des dizaines de spécialistes hautement qualifiés, dont des experts en cancérologie. « Nous enregistrons un nombre important de décès, allant de trois à cinq par jour, parce que les patients ne reçoivent pas la chimiothérapie nécessaire pour leur sauver la vie », a déclaré Mohammad Abou Selmia, directeur du principal hôpital de Gaza, al-Shifa. Sobhi Skaik, chirurgien palestinien et ancien directeur de l’hôpital d’amitié turco-palestinien, affirme que le taux de décès avant la guerre était d’environ un à deux patients par jour. Certaines statistiques pré-conflit estimaient ce chiffre à environ 1,7 par jour, précise-t-il. Selon lui, l’augmentation des décès résulte principalement de l’absence de traitements locaux et des restrictions frontalières. Mais il estime également que le cancer pourrait se propager plus rapidement en raison de la présence de matériaux toxiques provenant des explosifs israéliens largués sur Gaza.
Il y avait environ 11 000 patients atteints de cancer enregistrés à Gaza avant la guerre, déclenchée après les attaques menées par le Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023, après quoi les enregistrements se sont quasiment arrêtés, indique M. Skaik. Il estime qu’environ 6 000 Gazaouis supplémentaires auraient probablement développé un cancer depuis lors.
Cet article est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'un papier publié en anglais par l'agence Reuters.




