Il y a quelque chose de
tragi-comique dans le projet de budget du gouvernement Mikati : à quelques petites retouches cosmétiques près, il ressemble comme deux dattes Ajwa aux lois de finances successives, accouchées par les cabinets Hariri et consorts depuis le milieu des années 90. Raya el-
Hassan pourrait même exiger, si elle le voulait, des royalties de Mohammad Safadi. Et dire que le 8 Mars vouait ces textes aux gémonies. Juste par principe. Le voilà qui les fait siens.
Il y a quelque chose de tragi-comique dans l’architecture de la politique sociale et salariale du gouvernement Mikati, qui réussit à se mettre à dos patrons et travailleurs à la fois ; quelque chose de douloureusement risible dans le recours à un Conseil d’État que ces deux dernières décennies ont fini de crétiniser. Les cadres et les classes moyennes totalement occultés par les Trente : voilà la dernière et sûrement pas l’ultime hérésie d’une équipe dénuée de la moindre vision. La politique économique de Rafic Hariri et de ses héritiers était atrocement imparfaite, elle n’a pourtant jamais atteint un pareil seuil de racisme.
Il y a quelque chose de tragi-comique dans la posture et l’imposture de Gebran Bassil. Le ministre de l’Énergie et de l’Eau est le plus virulent contempteur d’un gouvernement anschlussé par le CPL et au cœur duquel il entend trôner; à tel point que le 14 Mars ressemble à un ramassis de béni-oui-oui. L’écouter jouer à la mouche du coche (il exige du cabinet un redoublement d’efforts) et aux précieuses ridicules (il dénonce la paresse intellectuelle de ses collègues) est certes un divertissement digne des plus grands cirques, il n’en reste pas moins que le gendre de Michel Aoun ferait mieux de gérer son palace batrouniote et son jet virtuel : entre lui et son collègue des Télécoms, l’exécutif vire de plus en plus vite vers un mini-Disneyland de bananeraies.
Il y a quelque chose de tragi-comique dans la commémoration par le CPL en général et par Michel Aoun en particulier du sinistre blitzkrieg du 13 octobre 1990. La situation en cet automne 2011 est ahurissante : le régime barbare de Bachar el-Assad fait désormais plus confiance, s’agissant du Liban, à Rabieh qu’à Haret Hreik. Dans le principe, Michel Aoun a raison : les forces syriennes retirées du Liban, deux pays que les caprices de la géographie ont condamnés à la promiscuité, se doivent d’écrire ou de réécrire leur histoire commune sur de très virginales nouvelles pages. Sauf qu’avant tout cela, un minimum s’impose ; en l’occurrence, que la Syrie cesse d’agresser le Liban et d’agir comme si elle l’occupait encore ; que la Syrie reconnaisse publiquement ses torts ; que la Syrie s’en excuse tout aussi haut et fort ; que plus aucun dossier litigieux, à commencer par celui des disparus, ne continue à faire tache ; qu’un travail sur la mémoire soit mené jusqu’au bout, et, la liste étant loin d’être exhaustive, que les ambassades et autres ambassadeurs respectifs agissent effectivement dans le respect des conventions internationales. Exactement comme cela s’est passé avec l’Allemagne et la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et le long, l’ardu travail en tandem de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, grâce auquel Nicolas Sarkozy se permet de taper Angela Merkel dans le dos comme il le ferait avec Brice Hortefeux devant un match de foot et qu’Angela Merkel s’autorise à la lui enlever avec la courtoise douceur d’une catcheuse est-allemande.
Il y a quelque chose de tragi-comique, et salvateur cette fois, dans le fait que la seule chose digne d’intérêt que la scène politique libanaise ait enregistrée cette semaine est la promesse faite sur al-Manar par un Walid Joumblatt plus John Huston que jamais : J’annoncerai un choc au cours de l’assemblée générale du PSP, a-t-il assuré.
Walid Joumblatt : aussi fantasque, smart, insupportable et fascinant qu’il soit à la fois, cet homme reste(ra), contrairement à presque tous les autres, indispensable.

