Eh bien non. Car il convient de tenir compte de deux inconnues : l’attitude des camarades socialistes dimanche prochain, et le choix que devra faire Ségolène Royal (7 pour cent), soit deux incertitudes dont dépendra l’issue du second tour. Deux arbitres plutôt qu’un seul, c’est toujours mieux, dit-on. Oui, en sport peut-être, mais pas dans une élection. Le résultats est qu’au lieu d’aider à un décantage de la conjoncture, cette primaire ne fait que la compliquer, au point que, depuis quarante-huit heures, tous les observateurs parlent d’un scrutin de tous les dangers. Ajoutez à cela le fait que tant le député de Saône-et-Loire que la présidente de Poitou-Charentes ne sauraient prétendre dicter leurs desiderata à leurs sympathisants, que l’on ne peut préjuger de la décision des écologistes et des autres composantes de la gauche, enfin que des surprises de dernière minute pourraient se produire, qui bouleverseraient le désordre établi.
Imaginez le dilemme de la candidate malheureuse de 2007, tenue de choisir entre un ralliement au panache blanc de celle qui lui a soufflé, à la faveur d’un tour de passe-passe que l’on n’est pas près d’oublier, la place de secrétaire général du Parti socialiste, et un enrôlement sous la bannière de l’ancien compagnon (et père de leurs quatre enfants). Dire que ce trio de stars a été éclipsé par un outsider, héraut de la démondialisation et du protectionnisme européen, relève du délicat euphémisme. Que voyait-on au soir du premier des deux rounds ? Deux favoris fragilisés dont l’un, tenu pour roi du compromis, aura à muscler son discours sous peine d’être distancié, et l’autre à avancer en terrain découvert, sans trop durcir le sien. Le tableau serait incomplet si l’on n’y ajoutait un outsider inattendu qui reste d’une certaine façon en lice puisqu’il est appelé à jouer les faiseurs de roi. C’est dire si le parti se serait bien passé d’un second tour risqué, chamboulé qu’il est par un homme inconnu il y a un mois d’un bon tiers de ses compatriotes.
Tout aussi important que le report du butin amassé par Montebourg, il y a ses thèmes de campagne, dont quelques-uns se rapprochent de ceux défendus par Marine Le Pen, comme le reconnaissait celle-ci. On l’a compris : le socialisme décomplexé qu’il affiche est de nature à en effrayer plus d’un dans son camp, de même que sa condamnation des hommes politiques « qui n’ont rien compris au monde qui est en train de s’écrouler » ou encore son « non » de 2005 à la ratification d’une Constitution pour l’Europe.
Nul ne se hasarderait, en l’état actuel des choses, à évoquer le spectre d’une dislocation du PS. Mais il est difficile de ne pas constater l’absence d’un leader charismatique capable d’imposer aux siens un resserrement des rangs au soir d’une bataille présidentielle qui s’annonce plus ardue que se plaisent à le reconnaître certains. Après tout, dix ans s’étaient écoulés entre le congrès d’Épinay et la candidature de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981. Cette longue marche avait été marquée par maints épisodes édificateurs dont, en 1972, le lancement du programme « Changer la vie ». Ces temps-ci, des slogans, il y en a – un peu trop même et souvent d’une affligeante légèreté –, mais que sont les leaders censés les brandir devenus ?
Nicolas Sarkozy a tort peut-être d’afficher une sérénité que rien en apparence ne justifie. À bien y réfléchir toutefois, il est en droit de s’estimer plus apte que d’autres à affronter les problèmes qui se posent à l’échelle internationale. Hollande, lui, a beau se poser en futur président « normal » (encore que l’on ne sache pas ce que ce qualificatif veut dire) et Aubry juger que « tout reste à faire pour donner à la France une femme pour présidente de la République », il reste que l’un et l’autre sortent plutôt affaiblis de cette primaire-phase 1, obligés de lâcher du mou pour cause d’indispensable alliance. Il reste aussi qu’on a beau écarquiller les yeux, à l’horizon ne pointe aucun « Tonton » unificateur.
Dernier risque, qui pourrait représenter un atout pour le président sortant : voir, dans les jours qui viennent, le duel fratricide tourner au vinaigre et pleuvoir des promesses, économiques notamment, qui discréditeraient les deux bretteurs.
Où il apparaît qu’une primaire, ça n’a pas toujours du bon...

