Sarkozy prononçant son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York. Stan HONDA/
Un vote au Conseil de sécurité sur la demande des Palestiniens d'admission à l'ONU n'interviendra pas avant "plusieurs semaines", ce qui donnera le temps d'éviter une confrontation, a affirmé mercredi le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé. "Il s'écoulera probablement plusieurs semaines avant un vote et ce temps pourrait être mis à profit pour développer une stratégie," a déclaré M. Juppé à des journalistes à New York.
Une option sur laquelle les Palestiniens semblent être d'accord puisqu'ils se sont dits prêts à "donner du temps" au Conseil de sécurité pour évaluer leur demande.
"Le président Mahmoud Abbas ne veut que personne ne nous soupçonne de manquer de sérieux si nous nous adressons aux deux instances en même temps. Il donnera donc du temps au Conseil de sécurité pour examiner notre demande d'admission pleine, avant d'aller à l'Assemblée générale", a déclaré mercredi le négociateur palestinien Nabil Chaath à la presse aux Nations unies.
M. Abbas doit rencontrer le président américain Barack Obama mercredi en fin d'après-midi, les Etats-Unis s'efforçant de dissuader les Palestiniens d'aller de l'avant dans leur demande.
Le président palestinien "lui dira que nous sommes absolument déterminés à passer par les exigences pour rejoindre les Nations unies", a ajouté M. Shaath. Mais, si la voie du Conseil de sécurité échoue, les Palestiniens se tourneront vers l'Assemblée générale pour obtenir un statut amélioré d'"Etat observateur non membre", a-t-il souligné. Ils disposent actuellement d'un statut d'"entité observatrice".
Obama rejette la démarche palestinienne
A New York, le président des Etats-Unis Barack Obama a affirmé qu'il n'existait pas de "raccourci" pour parvenir à la paix au Proche-Orient, rejetant à la tribune de l'ONU la démarche des Palestiniens pour y obtenir la reconnaissance de leur Etat. "La paix ne viendra pas de déclarations et de résolutions à l'ONU. Si c'était aussi facile, cela aurait déjà eu lieu à l'heure actuelle", a déclaré M. Obama devant l'Assemblée générale de l'organisation internationale à New York. "Il y a un an, j'ai souhaité une Palestine indépendante à cette tribune", a reconnu M. Obama. "Je croyais, et je crois toujours, que les Palestiniens méritent leur propre Etat. Mais j'ai aussi dit qu'une paix véritable ne peut être obtenue qu'entre les Israéliens et les Palestiniens eux-mêmes", a-t-il affirmé.
Les Etats-Unis, proches alliés d'Israël, ont déjà annoncé qu'ils opposeraient leur veto au Conseil de sécurité à toute demande d'admission à l'ONU d'un Etat de Palestine.
En réaction au discours de Barack Obama, la présidence palestinienne a affirmé que "la fin de de l'occupation israélienne et un Etat palestinien étaient la seule voie vers la paix". "Nous accepterons de revenir aux négociations au moment où Israël acceptera d'arrêter la colonisation et les lignes de 1967" comme base de discussions, a ajouté Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président Mahmoud Abbas.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, quant à lui, chaleureusement salué la position du président américain. "Je pense que c'est à votre honneur, et je vous remercie", a affirmé M. Netanyahu en présence de journalistes, alors qu'il rencontrait M. Obama au siège de l'ONU à New York.
Sarkozy pour un statut d'Etat observateur
Le président français Nicolas Sarkozy a de son côté plaidé pour l'octroi aux Palestiniens par l'Assemblée générale de l'ONU d'un statut amélioré d'Etat observateur non membre, le même statut que détient le Vatican.
Les Palestiniens ont actuellement un simple statut d'"entité observatrice". Un statut amélioré d'Etat observateur non membre leur donnerait la possibilité d'adhérer à des agences de l'ONU et à la Cour pénale internationale (CPI).
"Chacun sait bien qu'une reconnaissance pleine et entière du statut d'Etat membre de l'ONU ne peut être obtenue dans l'immédiat pour la Palestine. La raison première en est le manque de confiance entre les principaux acteurs. Mais qui pourrait douter qu'un veto au Conseil de sécurité risquerait d'engendrer un cycle de violence au Proche-Orient ?", a averti le président français. "Faut-il pour autant exclure une étape intermédiaire ? Pourquoi ne pas envisager pour la Palestine le statut intermédiaire d'Etat observateur aux Nations unies ? Ce serait un pas important en avant", a-t-il ajouté.
"Nous apprécions les idées exposées dans le discours du président français, qui seront étudiées de manière approfondie et positive par les dirigeants palestiniens", a déclaré, en réaction aux propos de M. Sarkozy, Yasser Abed Rabbo, secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Sortir de l'impasse
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui demandé un effort international pour mettre fin à "l'impasse" au Proche-Orient. M. Ban a promis que les Nations unies s'efforceraient "sans relâche" de faire avancer le processus de paix israélo-palestinien. "Nous sommes d'accord depuis longtemps sur le fait que les Palestiniens méritent d'avoir un Etat. Israël a besoin de sécurité. Tous deux veulent la paix", a-t-il ajouté.
Ambiance festive en Cisjordanie
Par ailleurs, des dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté, mercredi, dans une ambiance festive dans les grandes villes de Cisjordanie occupée pour soutenir la demande d'admission d'un Etat de Palestine à l'ONU. Des cortèges ont défilé notamment à Ramallah, le siège de l'Autorité palestinienne, et dans le reste de la Cisjordanie, à Naplouse, Hébron, Bethléem et Jéricho.
Les responsables palestiniens ont assuré à maintes reprises que ces marches et manifestations seraient "non violentes" et se dérouleraient à l'intérieur des cités palestiniennes pour éviter des affrontements avec l'armée israélienne déployée en force à l'extérieur des villes, notamment sur les axes routiers. Mercredi, des heurts se sont toutefois produits entre manifestants et soldats israéliens au point de contrôle militaire de Kalandia, principal point de passage entre Jérusalem et Ramallah.
Les Israéliens prêts à faire face
Parallèlement, côté israélien, le chef de la diplomatie Avigdor Lieberman, a averti mercredi que la demande d'adhésion d'un Etat de Palestine à l'ONU ne resterait "pas sans réponse". "Mais je ne pense pas qu'il faille donner plus de détails", a déclaré à la radio militaire M. Lieberman, interviewé de New York. "Il faudra voir comment les choses vont évoluer (...) Nous disposons de suffisamment d'outils pour faire face (à cette situation)", a ajouté le ministre nationaliste.
De son côté, l'adjoint de M. Lieberman, le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon s'est prononcé à la radio publique en faveur de l'annulation des accords conclus avec les Palestiniens et de l'annexion des blocs de colonies, où vivent la majorité des 300.000 Israéliens installés en Cisjordanie. M. Ayalon a prédit que les Palestiniens ne parviendraient pas à faire passer leur demande de reconnaissance d'un Etat au Conseil de sécurité de l'ONU. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà indiqué qu'ils opposeraient leur veto à la démarche palestinienne au Conseil de sécurité. "Grâce aux efforts déployés par les Américains, je ne pense pas que les États-Unis auront à utiliser leur veto pour bloquer l'initiative palestinienne", s'est-il félicité.
Le président palestinien doit remettre une lettre formelle de demande d'adhésion au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon vendredi, qui sera ensuite soumise aux quinze pays du Conseil de sécurité. Les Palestiniens doivent réunir au moins neuf voix au Conseil de sécurité pour que leur initiative puisse aboutir. Mais les Etats-Unis ont déjà annoncé qu'ils déposeraient leur veto, prérogative des cinq pays membres permanents du Conseil.
Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier : La Palestine à l'ONU, décryptage.
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