Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda. Odd Andersen/
« Je ne dis pas qu’il y aura nécessairement des activités terroristes, mais la chute d’États sécuritaires est certainement quelque chose qui crée pour ces groupes des occasions de passer à l’action », a estimé Émile Hokayem, expert à l’Institut international d’études stratégiques (IISS), au cours d’une conférence de presse. « Les révolutions qui ont éclaté ces derniers mois dans plusieurs pays arabes ont apporté la preuve que le changement était possible sans le jihad », a-t-il cependant ajouté. Jusqu’à récemment, « le jihadisme international bénéficiait du fait que ces groupes pensaient qu’ils ne pourraient rien faire chez eux, donc ils (les jihadistes) ont combattu ailleurs (...). Maintenant, ils ont une occasion (de se faire entendre) plus près de chez eux », a estimé le chercheur installé à Bahreïn. « Des groupes islamistes, notamment des groupes violents, réalisent que pour être pertinents, ils doivent se lancer dans la nouvelle politique du monde arabe et cela veut dire participer aux élections », a-t-il assuré. « Je ne serais pas surpris si nous voyions davantage d’anciens radicaux, en Égypte en particulier, s’engager en politique », a-t-il avancé.
Les soulèvements populaires dans les pays arabes ne vont cependant pas se traduire nécessairement par l’avènement de la démocratie, a averti le directeur général de l’IISS, John Chipman, en présentant le rapport stratégique annuel de l’institut. « Nous nous rappellerons de l’année écoulée comme de l’année du réveil arabe et de ses conséquences plus larges. On ne s’en rappellera pas nécessairement comme de l’année où la démocratie a progressé », a-t-il estimé. « Les transitions qui ont eu lieu jusqu’à présent restent à moitié achevées, et la promesse de résultats démocratiques reste liée au risque que font peser les sectes, des institutions militaires ou d’autres groupes qui pourraient détourner le processus » politique en cours, a-t-il ajouté. Selon M. Chipman, « la bataille entre les forces de sécurité, les éléments libéraux et les groupes islamistes en vue de créer un gouvernement stable, démocratique et représentatif sera l’élément déterminant dans la période postréveil ».
Des soulèvements populaires ont éclaté au cours des neuf derniers mois en Afrique du Nord et au Proche-Orient, où ils se sont notamment soldés par la chute des présidents tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, et égyptien, Hosni Moubarak, ainsi que du régime du colonel libyen Mouammar Kadhafi. Le « printemps arabe » a favorisé l’épanouissement de mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans en Égypte ou encore le parti en-Nahda en Tunisie, qui sont devenus des acteurs incontournables.
(Source : AFP)


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