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La croix de la cathédrale Saint-Georges des maronites bientôt visible à des kilomètres

Patrimoine Pour abriter la plus grosse cloche des églises du Moyen-Orient, la cathédrale Saint-Georges des maronites sera dotée d’un campanile de 70 mètres de haut, surmonté d’une croix. Les travaux ont été confiés au cabinet d’architecture et d’ingénierie Saïd Bitar.
May MAKAREM | OLJ
20/08/2011
Coulée à la fonderie de cloches Cornille Havard à Villedieu-les-Poêles, en Normandie, la cloche de la cathédrale Saint-Georges des maronites quittera Le Havre pour Beyrouth le 23 septembre prochain. Mesurant 1,58 m de diamètre et pesant 2 670 kilos (2,67 tonnes), elle sera « la plus grosse cloche des églises du Moyen-Orient ».
« Avec ses accessoires (joug, beffroi), elle totalisera un poids de sept tonnes », explique l’architecte Saïd Bitar, responsable de la construction de la tour qui accueillera le bourdon de la cathédrale. Formé d’un alliage de 78 % de cuivre et 22 % d’étain, il devrait durer 200 à 300 ans, selon les fabricants. Il sera parfaitement accordé avec les quatre autres cloches de la cathédrale pour sonner le do et jouer toutes les notes, avec la même harmonie, signale également l’architecte.
La décoration de la cloche, qui représente saint Georges terrassant le dragon, a été réalisée d’après un dessin du peintre et graveur bas-normand Jean-Claude Quinette. Celui-ci a retraité son œuvre pour en faire un bas-relief autonome en bronze qui a été exposé, en juillet, dans une galerie à Hauteville-sur-Mer avec d’autres travaux de l’artiste. Le bronze, édité en 12 exemplaires, est disponible sur commande à la fonderie de cloches Cornille Havard.
D’autre part, en l’absence de religieux libanais, le président de la fonderie, Paul Bergamo, a invité Albert Kfouri, un ancien élève de l’évêque de Beyrouth, à réciter une prière « avant la coulée, en lieu et place d’une bénédiction du métal ».
Pour abriter la cloche, dont la fabrication a été financée par l’ancien ministre Michel Eddé et la famille d’Antoine Choueiri, un campanile parasismique (jusqu’à 7,4 sur l’échelle de Richter) est en cours de construction. Confiée au bureau d’architecture et d’ingénierie Saïd Bitar, la tour s’élance jusqu’à 70 mètres de hauteur et sera surmontée d’une croix. Elle est ancrée dans du béton armé à une profondeur de 14 mètres au-dessous du sol, explique Saïd Bitar, ajoutant que même « des pieux ont été utilisés pour rendre encore plus résistantes les fondations ». La tour du clocher a été conçue dans le même esprit architectural de la cathédrale, aussi « les différentes typologies des fenêtres ont-elles été intégrées dans les façades du campanile, qui seront revêtues d’une pierre naturelle », signale-t-il également.
Reposant sur une assise de forme carrée (8m x 8m), la tour « s’affine » à partir d’une hauteur de 20 mètres jusqu’à une plateforme de six mètres par six, offrant une vue panoramique sur le centre-ville. L’accès à la plateforme est assuré par un ascenseur à partir d’une entrée latérale indépendante de la cathédrale.
Selon l’architecte, les instructions ont été claires : le campanile ne devrait pas dépasser la hauteur du minaret voisin. La cathédrale, installée à l’ombre de la mosquée Mohammad el-Amine, aura en 2012 sa croix visible à des kilomètres à la ronde.

Un peu d’histoire
 Pour un petit rappel historique, Mgr Toubia Aoun, archevêque maronite (1845-1871), édifie, à la rue Sursock, un presbytère où il résidera. Les arcades de ce presbytère deviendront plus tard « souk el-Moutran », appelé aussi « souk el-M’labass », car on y vendait des dragées. Aujourd’hui, il sert d’entrepôt aux vestiges archéologiques exhumés lors des fouilles archéologiques menées au centre-ville. Dans une deuxième phase, son successeur, Mgr Debs, fera construire la cathédrale sur le modèle de Sainte-Marie-Majeure de Rome. Les travaux d’architecture, confiés en 1884 à l’Italien Joseph Majiori, seront terminés en 1894. Le coût de cette œuvre s’élèvera à 2 millions... de piastres. Les deux principaux donateurs ont été Michel effendi Eddé et Antoun bey Malhamé, les grands-pères paternel et maternel de Michel Eddé.
La cathédrale, qui pouvait accueillir plus de 800 personnes assises et le double de fidèles debout, était réputée pour son acoustique. Son plafond plat, d’une hauteur de 18 mètres, était constitué de caissons en carton mâché rouge à dorures. La charpente du bâtiment était soutenue par des colonnes de pierre de Deir el-Kalaa et de Chemlane. L’autel reposait sur quatre colonnes en bois, recouvertes d’une peinture imitant le marbre, et il était surmonté d’un baldaquin.
Parmi les œuvres d’art qu’on pouvait y admirer, une toile de Delacroix représentant saint Georges. Des tableaux de saints réalisés par des peintres libanais, comme Mourani et Dib...
Dans les années 50, l’édifice subit une rénovation qui modifia largement l’architecture intérieure, qui sera sévèrement endommagée durant les années de guerre. Le marbre du parquet, les cadres et les fenêtres ont été arrachés. Le toit en tuile d’ardoise rouge et les poutres de bois qui le soutenaient ont complètement disparu ; la voûte au-dessus de l’autel est défoncée ; les ornements, les peintures et les accessoires de différentes périodes sont pillés.
En 1994, dans le dépouillement total des lieux, Mgr Khalil Abinader célébra une messe au cours de laquelle il annonça la création de deux comités. L’un, présidé par le ministre Eddé, collectera les fonds nécessaires à la reconstruction. L’autre, technique, présidé par l’architecte Pierre el-Khoury, aura pour objectif de réhabiliter l’architecture initiale en effaçant les traces des modifications opérées dans les années 50.
Des plans et des photos anciennes, retrouvées dans les archives de l’archevêché et chez des particuliers, faciliteront à Pierre el-Khoury la reconstitution de la cathédrale séculaire dans ses matériaux traditionnels, comme la pierre de sable (ramlé), les moulures des fenêtres, les frontons, les corniches en pierre dure sculptée, les colonnes en pierre libanaise rose et beige, le porche et le sol en marbre blanc, les tribunes avec leurs balustrades s’alignant sous les arcades, la nef centrale cruciforme et les trois absides, dont deux latérales percées de fenêtres seront rouvertes sur un jardin (elles avaient été obstruées lors des travaux des années 50). Les travaux sont entrepris par étapes, suivant les donations. Le 24 avril 2000, consacrée par le cardinal Mgr Nasrallah Sfeir, au cours d’une messe solennelle, la cathédrale Saint-Georges des maronites ouvrait ses portes aux fidèles.

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