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À La Une - En Dents De Scie

Peter Mikati II

Trente-troisième semaine de 2011.
Comme pour un maronite et Baabda, occuper le Sérail est un but en soi auquel rêve tout bon (ou moins bon) sunnite libanais – encore plus lorsque la fortune personnelle de l’aspirant Premier ministre est telle qu’il (ou elle) s’ennuie profondément ; qu’il lui faut donc autre chose, davantage, plus haut, plus loin, plus fort (que les dollars) : le pouvoir. Même s’il (ou elle) sait pertinemment que ce poste n’a strictement rien d’une partie de plaisir. Que ce poste consiste en des ingestions record de cent et une couleuvres par jour, toutes tailles confondues. Que ce poste peut être l’antichambre d’une mort terrible.
Il ne fait décidément pas bon s’endormir ou se réveiller Nagib Mikati en cet an de disgrâces profondes. Encore moins en cet été de toutes les chaleurs.
Nagib Mikati est une autruche dont la tête est absolument plongée dans le sable : il a beau (se) répéter plus ou moins discrètement que le 8 Mars en général et le Hezbollah en particulier lui doivent à lui et uniquement à lui ce qu’ils estiment être l’un de leurs plus somptueux acquis : le départ, aux sens propre et figuré, de Saad Hariri ; il a beau (se) répéter plus ou moins régulièrement qu’il lui suffit de démissionner pour que tout s’écroule, il n’en reste pas moins pleinement conscient que personne n’est irremplaçable et, surtout, un comble pour un Tripolitain, qu’il est l’otage et le débiteur d’un Hassan Nasrallah qui a poussé le vice et la perversité politiques jusqu’à faire comprendre à ses ouailles qu’on essaie de monter contre elles des sunnites, des chrétiens et des druzes. C’est-à-dire tous les autres Libanais, ou presque. Avec tout ce que cela implique comme allergies, crispations et autres risques d’ébullitions et d’irréversibles non-retour.
Nagib Mikati est une autruche dont la tête est absolument plongée dans le sable : il ne se rend pas compte à quel point le peuple de Syrie lui demandera, tôt ou tard, à lui avant tout autre, de très coûteux comptes, fussent-ils moraux. Il dit : J’essaie de dresser des murs entre le Liban et ce qui se passe en Syrie. Aussi louable (mais naïve, mais puérile, mais inintelligente...) que pourrait paraître l’intention, cette honteuse autarcie est en train de se transformer en ostracisme : quels pays de la région à part l’Iran et le Liban continuent d’ignorer aussi fièrement la bestialité dont est victime ce peuple syrien de tous les courages ?
Nagib Mikati est une autruche dont la tête est absolument plongée dans le sable : et voilà qu’au sein du Trésor américain, le département chargé d’enquêter sur les activités financières de Bachar el-Assad, de sa famille et de son entourage dit être sur le point de dévoiler un lien direct entre les intérêts financiers du président syrien et ceux du... Premier ministre libanais et de son frère Taha. Le Koweïtien al-Raï, se basant sur un rapport US, dit que les sanctions récemment imposées à Syriatel, le plus grand opérateur mobile syrien appartenant au cousin Rami Makhlouf, sont censées s’étendre et inclure Nagib ou Taha Mikati pour son/leur rôle dans l’implantation de cet opérateur sur le marché syrien il y a plus de dix ans.
Nagib Mikati est une autruche dont la tête est absolument plongée dans le sable : que va-t-il répondre à Nicolas Sarkozy (à qui il a fallu tout de même un impressionnant nombre d’années pour acquérir un minimum de bon sens, c’est-à-dire de chiraquisme, dans sa gestion des affaires extérieures de la France...) qui a enfin compris que le temps des menaces s’impose plus que jamais et que Paris ne peut plus se permettre d’aider Beyrouth lorsque Beyrouth n’a aucune envie de s’aider lui-même ? Que va-t-il, que peut-il lui dire? Que lui, Premier ministre du Liban, est dans la tragique incapacité de garantir quoi que ce soit en général et la sécurité du contingent français en particulier parce que cela dépend exclusivement du bon vouloir du Hezbollah, qui l’a parachuté au pouvoir ?
Nagib Mikati est une autruche dont la tête est absolument plongée dans le sable : comment compte-t-il continuer à surfer sans avoir l’air d’y toucher et en faisant plaisir au monde entier sur la vaguelette du Tribunal spécial pour le Liban – une petite vague destinée, envers et contre tout et tous, à commencer par la mauvaise foi hallucinante du Hezbollah, à se transformer demain ou dans des années en raz-de-marée ? Comment entend-il occulter la froideur métallique et scientifique des Fransen, des Bellemare, des Cassese et des autres ? Comment entend-il éviter au Liban une marginalisation de plus en plus prégnante ? Par la force divine de l’arsenal divin d’un Hezb démiurge ? En demandant, aussi bas que le 14 Mars le répète tout haut, au directoire du parti chiite de se désolidariser des accusés alors qu’il sait mieux que quiconque que ce parti préfère rendre ses armes que de reconnaître n’avoir pas pu contrôler quatre de ses membres ? Qu’il est littéralement impossible qu’un partisan entreprenne de bouger un canapé sans qu’il n’ait reçu l’assentiment du lider maximo ?
Une autruche avec la tête dans le sable n’a qu’une alternative : l’en sortir et fuir en courant, ou se la faire trancher. Elle ne (contre-)attaque pas. Pauvre Nagib Mikati : lui qui ne rêve que de devenir le nouveau (et invulnérable) Rafic Hariri, le voilà qui se transforme lentement mais assurément, à force de schizophrénie et de masochisme politiques, en un nouveau (et pathétique) Omar Karamé.

P.-S. : le principe de Peter, développé dans ces mêmes colonnes de l’édition du samedi 13 août de L’Orient-Le Jour, dit que tout employé tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. Ce n’est pas que Nagib Mikati soit incompétent. C’est un homme d’affaires brillant et, plus largement, un good guy. Sauf que, pour rester dans ces tonalités anglo-saxonnes qu’affectionne le Premier ministre, il n’est définitivement pas the right man at the right place. Et c’est bien dommage. Pour tout le monde.
Trente-troisième semaine de 2011.Comme pour un maronite et Baabda, occuper le Sérail est un but en soi auquel rêve tout bon (ou moins bon) sunnite libanais – encore plus lorsque la fortune personnelle de l’aspirant Premier ministre est telle qu’il (ou elle) s’ennuie profondément ; qu’il lui faut donc autre chose, davantage, plus haut, plus loin, plus fort (que les dollars) : le pouvoir. Même s’il (ou elle) sait pertinemment que ce poste n’a strictement rien d’une partie de plaisir. Que ce poste consiste en des ingestions record de cent et une couleuvres par jour, toutes tailles confondues. Que ce poste peut être l’antichambre d’une mort terrible.Il ne fait décidément pas bon s’endormir ou se réveiller Nagib Mikati en cet an de disgrâces profondes. Encore moins en cet été de toutes les chaleurs. Nagib...
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