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À La Une - En Dents De Scie

Peter Mikati

Trente-deuxième semaine de 2011.
Vers la fin des années 60, en 1969 exactement, les gens s’ennuyaient tellement qu’ils faisaient ou inventaient n’importe quoi. Entre trivial et sublime. Jan Palach, par exemple, s’immolait déjà sur la place Wenceslas à Prague pour protester contre l’invasion de son pays par Leonid Brejnev. En 1969 aussi, Yasser Arafat devenait patron de l’OLP, avant que ne soient signés au Caire les sinistres accords du même nom. En 1969 toujours, Charles de Gaulle démissionnait et l’Yvonne respirait. Brian Jones mourait, à 27 ans et bien avant Amy Winehouse : les Stones et les guitares du monde pleuraient. En 1969, Armstrong et Aldrin marchaient sur la Lune, Pelé marquait son 1 000e but, Denton Cooley implantait le premier cœur artificiel et les autoproclamés officiers libres, emmenés par un bouffon nommé Kadhafi, dynamitaient la monarchie libyenne. En 1969 enfin et entre autres, Laurence J. Peter et Raymond Hull publiaient The Peter Principle.
Le principe de Peter. Un peu abscons, un peu clownesque, parfois troublant, et tellement édifiant. Peter dit : tout employé tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. Avec un peu plus de rigueur, cela aurait pu être un parfait axiome. Avec ses corollaires : avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité, ou encore : l’employé restera indéfiniment à un poste pour lequel il est incompétent et à long terme ; tous les postes finissent par être occupés par des employés incompétents pour leur fonction...
Aussi réducteur soit-il, ce principe de Peter a ceci d’extraordinaire (et de très désolant) qu’il s’applique comme un gant à la quasi-totalité de l’échiquier politique libanais en général, et au gouvernement Mikati en particulier. La preuve par quatre – elle aurait pu l’être par trente...
Un : Marwan Charbel. Voilà un homme honnête. Un officier honnête. Réellement. Il serait pratiquement parfait pour organiser la circulation routière, ou réglementer le pullulement des panneaux publicitaires. Sauf que sa capacité à absorber lui-même des mensonges à la chaîne avec une naïveté confondante et sa promptitude à vouloir les régurgiter dans le gosier des Libanais sont tragiquement incompatibles avec l’urgence de sa mission : veiller à la sécurité intérieure d’un État constamment rongé et menacé par les pratiques infiniment miliciennes du 8 Mars, et par les règlements de comptes entre commerçants à coups d’explosifs – à moins que ce ne soit exactement la même chose... Sa version de l’incident d’Antélias devrait entrer dans les annales – de l’incompétence.
Deux : Gaby Layoun. Un ministre de la Culture, par définition, se doit non seulement d’avoir un minimum de culture, d’être un tant soit peu amoureux du beau et du bon, mais d’être un défenseur acharné des libertés, de la démocratie, des droits de l’homme, où qu’ils soient bafoués. Ses dithyrambes en faveur de la barbarie assadiste et ses théories d’un complot planétaire dont le port de Solidere serait l’absolu QG resteront dans les annales – de l’incompétence.
Trois : Gebran Bassil. Qui a dit qu’on ne choisit pas sa famille? Par capillarité ou par un quelconque autre phénomène dont seuls les membres du CPL ont le secret, le brillantissime ministre de l’Énergie s’est greffé les gènes de beau-papa : il se prend carrément pour Louis XIV et exige d’être seul gestionnaire d’un milliard deux cent millions de dollars pour réhabiliter... l’électricité. Ou alors, il balaie ses alliés d’un revers de cravate orange. Lui-même, en personne, devrait trôner dans les annales – de l’incompétence.
Quatre : Adnan Mansour. Premier chef de la diplomatie (du mini-État du Hezbollah) du monde à se rendre à Damas et à réconforter Bachar el-Assad, cet homme sans doute fier comme Artaban de déformer un fauteuil dans lequel s’est longtemps assis Fouad Boutros, a réussi l’exploit inouï de se cloner en Bouthaïna Chaabane, chargé de colporter au Liban la bonne parole baassiste. C’est là la Palme d’or incontestée des annales – de l’incompétence.
Et ce n’est même pas drôle. Pourquoi ? D’abord parce que le Liban regorge de compétences. Ensuite, parce que cette incompétence est terriblement contagieuse, que le terrain soit fertile ou pas. Désormais, pour n’avoir rien à envier à leurs ministres et encore moins à une deuxième présidence momifiée depuis des décennies-naphtaline dans les Berlutti de Nabih Berry, Michel Sleiman et surtout l’hallucinant Nagib Mikati tiennent plus que tout à prouver la justesse, la scientificité même, de ce finalement déplorable principe de Peter.
À l’incarner, au sommet d’une hiérarchie triste à en mourir.
Trente-deuxième semaine de 2011.Vers la fin des années 60, en 1969 exactement, les gens s’ennuyaient tellement qu’ils faisaient ou inventaient n’importe quoi. Entre trivial et sublime. Jan Palach, par exemple, s’immolait déjà sur la place Wenceslas à Prague pour protester contre l’invasion de son pays par Leonid Brejnev. En 1969 aussi, Yasser Arafat devenait patron de l’OLP, avant que ne soient signés au Caire les sinistres accords du même nom. En 1969 toujours, Charles de Gaulle démissionnait et l’Yvonne respirait. Brian Jones mourait, à 27 ans et bien avant Amy Winehouse : les Stones et les guitares du monde pleuraient. En 1969, Armstrong et Aldrin marchaient sur la Lune, Pelé marquait son 1 000e but, Denton Cooley implantait le premier cœur artificiel et les autoproclamés officiers libres, emmenés par un...
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