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Miracle man

Brusquement, le Liban est sans humour. Donc sans esprit. Nous nous vantions de vivre dans l’un des pays les plus libres et les plus créatifs de l’Orient arabe. Et voilà que pour une misérable chanson qui dit « dgéné-dgéné-dgénéral Suleiman/you’re a miracle man », qui dit « go home » aux trafiquants d’armes, aux politiciens pourris, aux renseignements étrangers et aux influences du voisinage, et ponctue de salam aleikum un air de reggae aussi obsédant que chaloupé, un artiste se retrouve en prison.

De Suleiman, il y en a pourtant à la pelle au sommet des hiérarchies militaires de la région. Il pourrait s’agir de n’importe quel Suleiman dans cette chanson plus désabusée qu’engagée, même si l’auteur est libanais tout comme le sont ses références. Et puis le président de la République, tout général qu’il est, nous a habitués à une certaine discrétion, des communiqués mesurés, un souci de justice et de tolérance. Cela lui ressemble peu de réagir à une chansonnette plutôt anodine en faisant arrêter son auteur.

Par delà l’arrestation de Zeid Hamdan qui, heureusement, ne s’est pas éternisée, on est en droit de se demander ce qui a pu se passer pour que ce morceau déjà dans l’air depuis plusieurs mois expose le chanteur précisément maintenant à une sanction aussi sévère. Le pays a-t-il changé ou avons-nous changé de pays ? Inutile d’ajouter un couplet sur les bienfaits de la caricature et de la satire en temps de malaise. Elles permettent d’éviter des violences d’une tout autre nature et n’ont jamais cessé de prouver leurs vertus sous nos cieux.

Cette ère nouvelle sera-t-elle celle de la nouvelle censure ? Y aurait-il dans l’air comme une tentation de muselage et des bruits de ciseaux ? En cet été poisseux, informe et sans horizon, ce serait – comme le disait Michel Chiha des périodes douloureuses – « une chance pour l’intelligence ». On a les joies que l’on peut.

Brusquement, le Liban est sans humour. Donc sans esprit. Nous nous vantions de vivre dans l’un des pays les plus libres et les plus créatifs de l’Orient arabe. Et voilà que pour une misérable chanson qui dit « dgéné-dgéné-dgénéral Suleiman/you’re a miracle man », qui dit « go home » aux trafiquants d’armes, aux politiciens pourris, aux renseignements étrangers et aux influences du voisinage, et ponctue de salam aleikum un air de reggae aussi obsédant que chaloupé, un artiste se retrouve en prison.
De Suleiman, il y en a pourtant à la pelle au sommet des hiérarchies militaires de la région. Il pourrait s’agir de n’importe quel Suleiman dans cette chanson plus désabusée qu’engagée, même si l’auteur est libanais tout comme le sont ses références. Et puis le président de la République, tout...
commentaires (8)

La chanson n'a rien d'extra l' artiste imite completement La musique et les gestes de ManuChao, le seul coté positif : c'est la publicite qu'il va recolter bravo quand meme

balkis yassine

06 h 59, le 28 juillet 2011

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Commentaires (8)

  • La chanson n'a rien d'extra l' artiste imite completement La musique et les gestes de ManuChao, le seul coté positif : c'est la publicite qu'il va recolter bravo quand meme

    balkis yassine

    06 h 59, le 28 juillet 2011

  • Non madame, notre humour est décédé depuis belle lurette. Souvenez-vous du terrible tsunami qui a soulevé toute la banlieue lorsqu'un marionettiste a eu la mauvaise idée de parodier un de nos politiciens à la télé. Souvenez-vous des caricatures scandinaves qui, malgré leur publication à 7.000 km de chez nous, ont été la cause de saccages et d'émeutes. Alors, qu'on laisse notre général tranquille pour la tranquilité de tout le monde et qu'on rie de l'ennemi seulement, parce que lui, il nous fait vraiment rire... F. Malak

    Farid Malak

    05 h 46, le 28 juillet 2011

  • Après avoir visionné la vidéo, je ne lui trouve rien d’extraordinaire, en termes de qualité, de musique, de paroles et de mise en scène. Ce sont plutôt les pitreries qui ont retenu mon attention. Ce navet, à cause d’une étroitesse d’esprit, sera en tête des tabloïdes pour un certain temps. Dommage que mon dernier recueil de poèmes, qui contient lui aussi des «provocations» anodines, mais de meilleure qualité, ne connaisse pas le même sort. Pas de justice dans cette vie.

    Ronald Barakat

    04 h 40, le 28 juillet 2011

  • Lentement, inexorablement, vicieusement, la Bete tisse son obscure toile impregnee de betise, de myopie, de mepris, de manque d'originalite, de non creativite, de mediocrite, de haine meme, pour tout ce qui "semble" etre une atteinte au statut quo pourri. Quelle honte. Quelle decheance. Mais peine perdue. La liberte d'expression ne peut jamais etre completement matee. On essaie de l'etouffer. On croit gagner du temps. On pense avoir le dessus. Et puis paf, au moment ou on s'y attend le moins, elle vous surprend. Elle vous fait face. Elle vous confronte. Impitoyablement. Systematiquement. Merveilleusement. Et la Bete finit par crever dans les abysses et poubelles de l'Histoire.

    Karim Tabet

    04 h 22, le 28 juillet 2011

  • inutile de massacrer la chanson pour prouver votre point de vue. ce n'est pas une chansonnette anodine. l'homme a du talent!

    randa Aractingi

    01 h 55, le 28 juillet 2011

  • Votre miracle man Fifi Zeid Hamdan, nous semble en effet comme un petit test d’ apprentissage pour de nouveaux mollahs qui tissent leur toile dans l’ombre de la Sûreté générale.Mesdames messieurs retenons notre souffle ! Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    01 h 13, le 28 juillet 2011

  • Ils n'ont pas peur du ridicule!!! La libérté d'expression et la culture de la non violence les préoccupent plus que les poseurs de bombes.

    Georges Hobeika

    01 h 07, le 28 juillet 2011

  • "Impression" parfaite, Mme Abou Dib. Ceux qui refusent l'humour d'il y deux ans ou d'il y a deux jours ou d'il y a une heure, qu'ils fichent la paix à ce peuple qui en a tant besoin pour ne pas sombrer dans le désespoir et le mépris final de tout, à cause de leurs plats de haine quotidiens. Vive l'humour des Libanais libres. Et puisqu'on y ait, je dirais qu'il y a des généraux qu'on voudrait tant qu'ils aillent non "home".... Ah je n'ose pas dire où. Je vous laisse deviner.

    Halim Abouchakra

    23 h 59, le 27 juillet 2011

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