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À La Une - Éclairage

Estoniens : les services libanais n’ont pas démérité, bien au contraire...

L’étrange histoire des sept randonneurs cyclistes estoniens fait encore des vagues. Les multiples mystères, notamment géographiques, de leur rapt et de leur longue séquestration mobilisent l’attention des professionnels du cru, politiques ou porteur d’uniformes, comme des chancelleries. C’est un groupe fondamentaliste inconnu au bataillon qui a revendiqué le forfait.
Le dernier épisode, la libération, suscite encore aujourd’hui bien des questionnements. Contrairement à certaines assertions malintentionnées, le rôle des services libanais a été primordial, de l’aveu de sources diplomatiques occidentales qui ont suivi l’affaire de bout en bout, et qui ont aidé à son heureux dénouement. Il est manifeste que des parties locales ont cherché, à des fins politiques connues, à ignorer le mérite des services de sécurité nationaux, à brouiller les indications positives.
Des agents occidentaux habilités s’étonnent en privé de l’indifférence de certains dirigeants libanais par rapport à un événement de taille concernant leur pays. À savoir, donc, la libération de sept otages estoniens, capturés par un groupe radical islamiste opérant pour son propre compte et qui aurait cherché à se faire payer une forte rançon. L’opération, de portée lucrative, n’aurait dès lors pas de motivation politique.
Dans leur déposition devant un juge d’instruction, avant leur départ le même jour, les otages ont indiqué qu’un de leurs ravisseurs maîtrisait parfaitement la langue française. Les criminels portaient tous des ceintures explosives à la taille et, tout le temps, des fusils-mitrailleurs Kalachnikov. Ils montraient de la peur, se plaignaient et se sont bagarrés plus d’une fois, poussant leurs captifs à intervenir pour faire cesser l’échange de giffles ou de coups de poing et les calmer !
Au nombre de huit, les ravisseurs partageaient la résidence, si l’on peut dire, et la nourriture de leurs hôtes forcés. Un menu toujours frugal : du pain, du riz, des tomates et des concombres. Il leur arrivait de déplacer les otages à travers champs, loin des routes publiques. Toujours menottés, les sept Estoniens ont décompté 42 jours dans un endroit, après avoir séjourné dans trois autres, hors des frontières... Pour les longs trajets, le transport se faisait à bord de plusieurs jeeps 4x4 sans plaques minéralogiques.

Célérité
Retour aux prestations des services libanais. Une source sécuritaire occidentale souligne que huit jours seulement après l’enlèvement, ces services ont pu mettre la main sur neuf complices. Et ils avaient traqué un dixième qui avait tiré sur un policier et l’avait abattu. Un peu plus tard, deux autres comparses ont été interceptés. Soit onze membres d’un groupuscule de seize. Une bande de malfaiteurs qui exigeait une rançon de deux millions de dollars.
Un détail : les services de sécurité libanais ont été au départ légèrement handicapés par leur litige avec les Télécoms qui leur refusaient l’accès à leurs données. Puis cela s’est amélioré avec l’arrivée, à la tête de ce ministère, de Nicolas Sehnaoui. La section qualifiée des FSI a pu alors obtenir des informations importantes sur le site des ravisseurs. Filtrées en direction des Estoniens. Grâce, notamment au fait qu’un frère de l’un des ravisseurs, de nationalité syrienne, avait été autorisé à relancer les familles des captifs pour les rassurer sur leur état de santé, mais surtout pour les presser de payer la rançon.
Le 13 du mois en cours, arrivée d’une délégation estonienne diplomatique et sécuritaire, annonçant un épilogue imminent. Elle a prié l’ambassade de France d’assurer la logistique, en ajoutant que les ravisseurs exigeaient que l’on ne prévînt pas les Libanais. Mais la France a estimé qu’on ne pouvait pas fouler aux pieds la souveraineté du Liban. Elle a donc alerté les autorités locales, en les mettant au courant des mécanismes qui allaient être mis en place pour la libération. Une opération qui s’est faite, en réalité, sur base des données fournies par le service de renseignements des FSI aux Estoniens.
Le 14, les Libanais étaient mobilisés dès l’aube, pour parer à toute éventualité, suivant à distance le déroulement des faits. Les ravisseurs avaient au dernier moment modifié le plan qui prévoyait un échange dans le secteur de Sodeco à Beyrouth, préférant que cela se passât dans la Békaa. Ils devaient être localisés par communication de téléphonie mobile de la part de la délégation estonienne, à une heure qu’ils avaient fixée. La livraison s’est effectuée aux abords de la localité de Taybé, dans la région de Baalbeck. À cinq heures du matin, les ravisseurs ont laissé les otages dans la nature, en leur donnant un portable, et en leur disant qu’ils seraient contactés par leurs compatriotes. Ce qui s’est effectivement produit.

Trajet
Pas moins prudents en fin de parcours que les ravisseurs, les sauveteurs ont également modifié leurs plans. Pour déjouer une quelconque tentative d’embuscade, ils ont renoncé au trajet ordinaire via Dahr el-Baïdar et Sofar, pour gagner Beyrouth par la route dite de Zahlé-Dhour Choueir, qui traverse Tarchiche et jouxte Bickfaya.
Dès l’aube, le président Michel Sleiman était sur la brèche, en contact constant avec les services qualifiés ainsi qu’avec le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel. À l’arrivée des libérés au siège de l’ambassade de France, le ministre Charbel s’est rendu auprès d’eux pour un premier entretien.
À sept heures, les Estoniens, sortis par une porte arrière pour éviter les reporters, ont été conduits par un garde français, l’un après l’autre, au siège du Tribunal militaire pour faire leur déposition devant un juge d’instruction. Ils lui ont tout raconté en détail. Ils ont ainsi indiqué que leurs ravisseurs abreuvaient souvent d’insultes le nom d’un responsable libanais de sécurité.
Ce qui explique sans doute en partie pourquoi les services de sécurité locaux sont restés dans l’ombre pendant l’opération de libération, malgré leur apport certain à cet événement. De l’aveu, redisons-le, d’un agent occidental bien placé qui a suivi l’affaire du rapt. En fait, c’est maintenant que les services libanais vont commencer leur mission principale : retrouver les coupables, désormais identifiés grâce aux témoignages des otages libérés devant la justice. Le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, et le chef des renseignements, le colonel Wissam el-Hassan, étaient en contact suivi avec les responsables estoniens et français à l’aube du 14 pour les guider. Et ils donnaient leurs directives aux patrouilles chargées d’observer à distance, mais soigneusement, le déroulement de la libération. Ils ont informé le ministre Charbel du début de l’opération, et à son tour il a mis le président Sleiman au courant. Quittant plus tard l’ambassade de France, le ministre a tenu à saluer le rôle déterminant du service d’information des FSI et des services de sécurité. Il a serré la main du général Rifi avec chaleur.
Mais pourquoi le 14, et de cette manière ? Un Occidental répond qu’il n’y a pas d’explication précise à ce double sujet. Il refuse de parler de rançon, de contrepartie, de cadeau, de quelque nature que cela soit. Le fruit était devenu mûr, grâce aux efforts des services libanais, et devait tomber de lui-même. Après la capture de onze de ses fidèles, le chef de la bande s’est réfugié en Syrie. Et, semble-t-il, il aurait laissé aller la musique, comme on dit familièrement quand ses gens se sont aperçus qu’ils avaient pris des Estoniens et non des Français ou des Britanniques.
L’étrange histoire des sept randonneurs cyclistes estoniens fait encore des vagues. Les multiples mystères, notamment géographiques, de leur rapt et de leur longue séquestration mobilisent l’attention des professionnels du cru, politiques ou porteur d’uniformes, comme des chancelleries. C’est un groupe fondamentaliste inconnu au bataillon qui a revendiqué le forfait.Le dernier épisode, la libération, suscite encore aujourd’hui bien des questionnements. Contrairement à certaines assertions malintentionnées, le rôle des services libanais a été primordial, de l’aveu de sources diplomatiques occidentales qui ont suivi l’affaire de bout en bout, et qui ont aidé à son heureux dénouement. Il est manifeste que des parties locales ont cherché, à des fins politiques connues, à ignorer le mérite des services de...
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