Une touriste élégante, venue d'un pays arabe, fait des achats dans un grand magasin. Temps de rêve, personnel aux petits soins, elle est heureuse et légère. Et voilà qu'elle croise une amie libanaise... qui s'affole de la trouver là « avec cette situation qui peut exploser à tout moment » et se tord les mains en lui expliquant combien « c'est terrible, terrible, ce qui nous arrive » ! L'étrangère, bien que légèrement désarçonnée, doit se dire que nous sommes fous. Elle qui ne lit que les magazines de mode et ne regarde à la télévision que ses séries préférées, elle, qui n'est ni intoxiquée de talk-shows ni manipulée par la grande presse locale, n'a vu en arrivant chez nous qu'un pays normal. Ciel bleu, températures douces, niveau de services plus que correct et des habitants chaleureux qui vaquent à leur routine. Sommes-nous dans le genre de film d'horreur où l'horreur, justement, est tapie dans la banalité des apparences ?
Le Liban est un pays fragile, soit. Deux familles se prennent le bec et c'est une guérilla qui s'improvise sur la route de l'aéroport. C'en est presque comique d'absurdité. Le climat régional ne prête pas non plus à l'optimisme et les nuages qui s'y amoncellent peuvent éclabousser chez nous. Ou pas. Faut-il pour autant manquer de nerf au point de s'arrêter d'entreprendre, et cultiver cette oblitération systématique de soi, cette complaisance dans le pessimisme qui justifie à elle seule le comportement suicidaire, nihiliste et destructeur de toute une génération ? Anarchie au volant, négligence de l'environnement, nonchalance au travail, corruption partout, l'insécurité a bon dos, mais c'est tout cela qui fait l'insécurité. Et comment sortir de ce cercle vicieux tant que l'on prend pour argent comptant des menaces promues par une certaine presse au rang d'informations, et ces débats pseudopolitiques en prime time avec leurs flots de mauvaise foi ? Non contentes d'exhiber ce linge puant en public, les télévisions font florès en vous vendant la lessive qui va avec. N'achetez pas !

