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On s’embrasse ?

La classe politique sera toujours au Liban un mystère pour ses administrés. Comme il lui faut parler pour vivre, et comme elle vit de parler, qu'elle se taise elle soulève mille questions angoissées sur le pourquoi du silence. Qu'elle s'exprime, elle sonne des tocsins pour donner la mesure de son importance ou profère des menaces qui lui permettent d'exister. Parfois, on ne sait d'où, lui viennent de vieilles antiennes que d'autres reprennent en chœur. Ces répons peuvent durer plusieurs semaines. Comme les médias s'en font l'écho (et ne font plus rien d'autre), on en est bassiné jusqu'à la nausée.
En ce moment, le thème est à la réconciliation. Tout le monde veut se réconcilier avec tout le monde. Il y a dans l'air comme un suspense amoureux : l'autre acceptera-t-il la main tendue ? Qui a décidé qu'il fallait se réconcilier ? Pourquoi se réconcilier alors qu'on n'était pas disputé ? Pourquoi faut-il à certains se re-réconciler alors que leurs réconciliations étaient déjà faites ? Y a-t-il des petits tricheurs qui se disputent en cachette, escamotant au passage des scènes de notre téléréalité préférée ? Remboursez ! Nul ne sait d'où vient que subitement, en août 2009, la mode est aux réconciliations.
On se souvient du silence oppressant qui régnait au lendemain de la guerre civile, vers le milieu des années 90, quand la rage ni la honte n'étaient bues ni les morts enterrés, et que l'on se demandait ce qui, à part un semblant de reprise économique et un énième traité, garantissait l'arrêt des combats. On sait à présent qu'il suffit d'un rien pour que tout recommence : Une Dent d'or à la manière de Fontenelle, une insinuation déplacée sur le sexe des anges, ou la nature de Dieu ou de la Vierge (tant de villages gardent les stigmates encore vifs de ces débats oubliés).
Pourquoi alors, précisément aujourd'hui, cette frénésie de réconciliations ? On allèguera le rapprochement aux forceps entre la Syrie et l'Arabie saoudite, les bruits de bottes à la frontière, les mauvais calculs de certains, les repentirs des autres, la prescription et le passage du temps, qu'importe. Il est une réponse dans la nature des Libanais. Nul ne leur apprendra la difficulté de la coexistence quand on refuse de céder son identité communautaire à son appartenance nationale. Toute la guerre on s'est étonné d'être en guerre contre cet autre, chrétien ou musulman, avec qui on a tant partagé d'humain à humain. Ce n'est pas contre lui qu'on était d'ailleurs en guerre, mais contre sa communauté. Le Libanais a une peur incurable de l'autre pour peu qu'il constitue un groupe, et une tendresse infinie pour ce même autre, tant qu'il se résout à n'être qu'un individu. La réconciliation, justifiée ou pas, le rassure. Comme il lui faut de temps en temps une bonne dérouillée pour évacuer ses phobies, il lui faut après ce sport de rafraîchissantes accolades.
Il fait trop chaud pour se prendre le bec. Autant se donner des bécots ■
La classe politique sera toujours au Liban un mystère pour ses administrés. Comme il lui faut parler pour vivre, et comme elle vit de parler, qu'elle se taise elle soulève mille questions angoissées sur le pourquoi du silence. Qu'elle s'exprime, elle sonne des tocsins pour donner la mesure de son importance ou profère des menaces qui lui permettent d'exister. Parfois, on ne sait d'où, lui viennent de vieilles antiennes que d'autres reprennent en chœur. Ces répons peuvent durer plusieurs semaines. Comme les médias s'en font l'écho (et ne font plus rien d'autre), on en est bassiné jusqu'à la nausée. En ce moment, le thème est à la réconciliation. Tout le monde veut se réconcilier avec tout le monde. Il y a dans l'air comme...
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