En cette période préélectorale, les partis affichent les grandes lignes de leurs campagnes. Diabolisation oblige, gare à l'erreur, disent les affiches, ou le Liban basculera dans l'axe du mal (Iran ou Amérique, c'est selon). Pas de surprise, ces vieux clichés nous rassurent. C'est bien le Liban après tout. Que les modérés s'appliquent à proposer des réformes économiques et sociales, on n'en attend pas moins, bien que l'attente soit endémique et que les vents la contrarient indéfiniment. Mais que les radicaux s'y mettent, voilà qui est plus original. Les preneurs d'otages, les semeurs de terreur, les encagoulés de naguère, les aventuriers apocalyptiques n'ont plus à la bouche que développement équitable, environnement, protection des ressources, santé, prospérité, jardins de roses et petits oiseaux. Que s'est-il passé pour qu'ils troquent le treillis contre ce déluge de probité candide et de lin blanc ?
Pas de panique, pourvu qu'on ne nous change pas notre biscuit Gandour, notre loukoum écrasé, notre Yes trois en un, notre Chicklets des carrefours, nous saurons nous adapter. Tant de gabegie, tant de négligence, tant de corruption, tant de mépris de l'intérêt collectif ont marqué la politique dans ce pays, que la rupture est quasi consommée entre les Libanais et leurs gouvernants. Quel que soit le parti au pouvoir, il aura fort à faire pour gagner notre confiance. Mais ce doute lui-même, rond et réconfortant comme le biscuit de notre enfance, rien ne nous y fera renoncer ■

