Quoi de neuf, à part le soleil ? Oui, nous avons un tribunal. Et même un Tribunal international spécial pour le Liban. Depuis le temps que nous n'avons rien de « spécial », sinon guerres et attentats, et sermons politiques niveau charretier, ça fait du bien de se sentir privilégié. Combien avons-nous rêvé, bien avant l'attentat qui a coûté la vie à Hariri, d'un regard, un seul, de la communauté internationale, rien qu'au nom des droits élémentaires de l'humanité, sur les abus et les convoitises dont nous sommes encore victimes. Voici qu'enfin notre résilience est récompensée par le seul tribunal incorruptible de toute notre histoire. Il a fallu qu'il se trouve à La Haye. Pour une fois, les petits arrangements ne seront pas possibles. Reste à espérer que les grands ne le soient pas non plus.
Trente ans de guerre civile, et quatre autres de la même veine depuis l'assassinat de Rafic Hariri, ponctués d'autres séismes, d'autre morts douloureuses et indignes et d'un mois de guerre israélienne qui nous a laissés exsangues. Le temps passe vite au Liban. Si vite qu'on se demande, dans tout cela, à quel moment nous avons eu le temps de vivre. Et pourtant nous avons vécu. Nous avons ri autant que nous avons pleuré. Nous avons dansé autant que nous avons eu peur. Janus n'est pas notre cousin.
Bientôt les élections. « Cruciales » dit-on, mais elles ramèneront les mêmes, à peu de chose près. Allez, c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes. Changer de marmite, chez nous, c'est insulter la Providence ■

