Cette manie de transformer la capitale en caserne à chaque fois que nous recevons du beau linge ! Cette fois encore, on sera sans doute servis : routes coupées, le Château de Sleimanie transformé en camp retranché, et des patibulaires armés jusqu'aux gencives, brutes épaisses échappées d'une mangeoire et ornées de la panoplie totale du guignol compassé : lunettes noires, chaussures noires et armoire 4x4 noire aux vitres peinturlurées en noir. Écartez-vous, manants ! Le pays est paré pour le dialogue des cultures...
Mais il ne suffit pas de rameuter les frérots dans la fosse à purin libanaise. Encore faut-il éviter soigneusement qu'ils s'en mettent plein la gueule sous nos cieux agités. Alors évidemment, ce sera le cinéma classique, en version court métrage cette fois : on se réunira, se pelotera, puis, comme d'habitude, on bouffera. En se bavant dessus, comme il se doit, « les-derniers-problèmes-de-l'heure-à-la-lumière-des-derniers-sous-développés ».
Bonne nouvelle cependant : tous les participants à ce pince-fesses à tiroir sont bilingues, puisqu'ils parlent couramment l'arabe et la langue de bois. De quoi ravir certainement les reporters-bûcherons qui gravitent dans leur orbite. Déjà que côté info libre et indépendante, certains médias locaux sont plutôt limite, que dire alors de la presse des voisins, une truellée de feuilles aux ordres, carrément propriétés d'État et dont le boulot se limite à torcher un fatras de louanges à la gloire du patron du cru, imposé par le coup d'État ou l'hérédité ! Allez ouste, en quarantaine, les sidéens de l'information ! Et gare à l'épidémie de liberté...
Telles des lavandières du Portugal, nos hôtes successifs pourront alors plonger manches retroussées dans notre linge sale. Faut dire qu'ils auront du couscous sur la planche : « Frère sunnite, toi pas taper sur cousin chiite si tribunal international mécréant pointe un doigt accusateur et néanmoins onaniste sur main-d'œuvre barbue. » Ambiance !
Mais on attendra bien les résultats de ces sommets phosphorescents. La vitesse de la lumière étant supérieure à la vitesse du son, bien des chefs d'État ont l'air brillants jusqu'à ce qu'ils ouvrent la bouche...
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