Il arrive cependant qu'au détour de cette berceuse ministérielle jaillisse une fulgurance, issue probablement d'une synapse neuronale rebelle, qui accouche d'un projet de loi hautement moderniste. Cette semaine, c'était un texte contre la violence faite aux femmes. Mais comme il se doit, on confierait à nos tromblons de la politique la plus belle des réformes, faut toujours qu'il y ait parmi eux un rabat-joie qui balance un testicule dans le consommé.
Le Prix de l'humour social 2010 sera décerné cette fois au brave Mohammad Fneich, pendentif assermenté du Hezbollah et, accessoirement pour la frime, ministre d'État chargé de la Réforme administrative. La discussion à peine lancée, notre ami, qui ronronnait doucement dans son coin, s'est aussitôt livré à un véritable numéro de contorsionniste et emmené brouter ses collègues dans les tendres prairies de la casuistique communautaire. Tant et si bien jusqu'à obtenir que les tribunaux religieux viennent fourrer leur truffe dans chaque litige impliquant une femme. Silence glacial en Conseil des ministres. À ses pairs qui lui reprochaient d'escalader la machine à remonter le temps, le Fneich plus ultra des ministres a bafouillé quelques mots inintelligibles, puis s'en est retourné à sa sieste. C'était bien le seul moment marrant.
On voit d'ici le tableau : le père, le frère, le mari peuvent toujours cogner fifille, frangine ou bobonne, c'est le cureton de la paroisse ou l'enturbanné du village qui décidera si elle pourra faire valoir ses droits auprès des tribunaux civils. Au pays du ciel bleu, la mousmé couverte de bleus ! Probablement que, pour certains, les meufs sont des bombes sexuelles en puissance « qui ne pensent qu'à ça ! », tout juste bonnes à être emmitouflées et claquemurées pour ne pas affoler la testostérone des machos en goguette.
Certes, ce projet de loi constitue incontestablement une formidable avancée démocratique. Dommage cependant qu'il soit bridé à l'avance par des bigots nostalgiques des époques reculées où l'homme des cavernes battait sa femme, se grattait le fion et mangeait sans changer de main ■
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