« Le Liban vu du ciel.
« Quand on regarde le Liban à partir du ciel, on voit surtout une poubelle de 10 452 km² jetée dans la Méditerranée orientale. Là, entre les miasmes et les remugles nauséabonds échappés de la centrale de Zouk et des pots d'échappement des bahuts 4x4 noirs des mafieux, qui constituent les 85 % du parc automobile local, entre les ordures ménagères, les sacs de nylon jetés dans la mer et les égouts en osmose touchante avec l'eau potable, végète une population de 4 millions de cobayes accablés barbotant dans la seule denrée abondante et à portée de tous : la pollution.
« Vue d'avion, la pollution industrielle n'est pourtant pas ce qui menace le plus cet ancien beau pays, mais plutôt la putrescence avancée d'une classe politique qui part en quenouilles : un Premier ministre quasiment aux abois et obligé de faire la danse du ventre devant des adversaires qui avaient mordu la poussière aux dernières élections ; un président du Parlement faux-derche qui fait une crise aiguë de déconfessionnalisation politique, vautré dans un fauteuil sur lequel il a posé sa rondelle depuis plus de 17 ans ; des chefs politiques qui se savonnent mutuellement la planche après avoir coupé le pays en deux, mais dont le spectacle permanent à guichets fermés fait que les Libanais sont pliés en quatre... Bref, même pas une république bananière, puisque les bouffons ont bouffé les bananes. Juché sur une colline verdoyante, le chef de l'État doit se sentir bien seul à gérer les épluchures.
« Quand on regarde le Liban à partir du ciel, on voit aussi au Sud des dizaines de milliers de tuyaux enfouis dans le sol autour desquels s'agitent des hominidés au système pileux avancé qui leur mange la joue et le bas du menton. Au lieu de servir à l'acheminement de l'eau dont la région a cruellement besoin, ces canalisations pointées vers le ciel sont conçues pour cracher le feu à chaque fois que le roitelet local est pris de démangeaisons de résistance.
« Vu du ciel, cependant, l'homme est un peu trop barbu et son programme beaucoup trop barbant. C'est sans doute sa façon à lui de réchauffer la planète... » ■
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