Forcément, comme à chaque fois qu'on leur donne un nouveau hochet pour faire joujou, les niaiseux du cru se scindent en trois camps : les tout à fait pour, les totalement contre, et les ramollis du juste milieu, qui vont jouer les entremetteurs et mettre bas une formule économique bâtarde pour ne fâcher personne en cette période de tendresse politique. Un remake à peine moins tordu que la recette sur la quincaillerie militaire du parti des mille et une barbes.
A priori, l'idée de bon sens serait d'arracher à cet État médiocre les offices poubelles qu'il gère et digère dans la gabegie et le clientélisme. Cours de libéralisme pour les nuls : « Li sirvice public, ou lui rentable, ou pas. Quand sirvice public lui pas rentable, toi y en falloir t'en débarrasser fissa, fissa, et réaffecter ressources gaspillées à usages plus utiles. Et quand li sirvice public lui rentable, toi y en devoir l'ouvrir à la concurrence pour rendre lui plus efficace. »
Bon, ça c'est la théorie. Mais comme s'il ne suffisait pas que ce pays soit ingouvernable, il faut aussi que les réformes structurelles dont il a besoin soient irréalisables. Infoutu de lancer des appels d'offres transparents, associant les entreprises et le public au processus de privatisation, l'État bancal est bien capable d'ouvrir une autoroute financière aux margoulins et magouilleurs des deux camps.
Sans compter que la privatisation des écuries publiques ne rapportera pas un fifrelin au gouvernement, tant que ce dernier ne consentira pas à les vidanger de leurs emplois fictifs. Qu'en ce faisant, l'État ôterait le pain de la bouche d'une tapée de députés qui ne sont élus qu'en fonction des ahuris qu'ils casent dans l'administration. Et que dans un souci d'équilibre pathologique, à chaque fois qu'il faut virer un Maroun, faudrait faire jeter en face un Mohammad et vice vicieux...
N'en jetez plus, la coupe est pleine ! Comme d'habitude, va falloir se serrer davantage la ceinture en attendant le mirage improbable des jours meilleurs. Libanais, sacrifiez-vous pour ménager le Trésor ! Que les affamés d'aujourd'hui crèvent, pour sauver les affamés de demain...
gabynasr@lorientlejour.com

