L’édito de Abdo CHAKHTOURA

Les alliances dangereuses

28/06/2011
Sans aller jusqu’à rappeler le souvenir du docteur Manoukian, évoqué par l’ancien ministre Ahmad Fatfat, dans une allusion claire à un supposé état pathologique qu’il attribue, ainsi que Samir Frangié et ses collègues du 14 Mars, au général-député Michel Aoun, il faut reconnaître que ce dernier, agité permanent du petit bocal-landerneau politique libanais, devient de plus en plus difficile à comprendre, sinon à contrôler.
Voilà un ex-militaire, qui n’a gagné aucune de ses batailles, propulsé politicard par un hasard de l’histoire, qui se pose d’abord en recours national – il y a vraiment cru –, puis incapable de gérer les vents contraires et de brider ses impatiences présidentielles, rien de moins, s’est rapidement contenté d’un rôle plus populiste, donc plus facile : défenseur des chrétiens libanais ou plutôt d’une partie d’entre eux. Et pour faire bonne mesure, il s’en est allé arrondir son chiffre chez les chrétiens d’à côté.
Soit ! Mais comment expliquer l’acharnement de cet autoproclamé champion de la chrétienté proche-orientale à défendre – et nous obliger à applaudir – un régime voisin qui fait fi de toute morale et de toute charité (chrétienne), en lançant ses chars contre un peuple épris de liberté au terme d’un demi-siècle de dictature aveugle ? Un régime qui menace publiquement un député libanais du Akkar d’envoyer ces mêmes chars le mater lui et son parti pour avoir osé prononcer les mots tabous de massacres à grande échelle en Syrie.
N’a-t-il donc rien appris, le général, ne fût-ce que par osmose, des valeurs humaines de liberté, d’égalité, de fraternité du pays qui l’a accueilli lors de ses 15 ans d’exil ? A-t-il oublié que ce sont les avions militaires de ce même régime qui avaient bombardé son palais présidentiel, le contraignant à une retraite rapide sans un regard derrière lui, en évitant ainsi de connaître le sort de ses subordonnés tombés sur le champ d’honneur en défendant ce même palais qu’il avait abandonné dare-dare sans même donner l’ordre de repli ?
D’ailleurs, au lieu d’épouser les idées universelles de démocratie et de tolérance de son pays-refuge, le général-président déchu qu’il était avait donné le ton dès son retour, en lançant à sa descente d’avion son fameux et martial taisez-vous, signe précurseur de ses dérives tyranniques. Pensait-il déjà à l’époque nous convertir à la pensée unique qu’il ne cesse de professer depuis, fustigeant avec le même raffinement à ras de terre qu’un Wi’am Wahab tous ceux qui contestent ses choix politiques ?
Des choix qui commencent à ressembler étrangement à ceux de ses alliés d’outre-frontières qui, en Syrie et en Iran, œuvrent pour le bien de leurs peuples en les écrasant à coup de bottes ou sous les chenilles des chars. Est-ce là les lendemains chantants qu’il ne cesse de promettre aux inconscients qui le soutiennent ?
Michel Sleiman, le chef de l’État, ne voit-il pas la menace, lui qui a fini, de guerre lasse ou pour je ne sais quelles raisons, par adouber un gouvernement dont l’objectif principal est de défendre ces alliés d’ici et d’ailleurs, dépassés par des bouleversements qui mettent leurs pouvoirs en péril ? Le général Sleiman a-t-il eu le temps d’oublier la fameuse guerre des généraux qui l’oppose à son ancien frère d’armes déterminé à le bouter à tout prix et avant terme de son fauteuil présidentiel, seul objet de tous ses désirs et véritable sujet de toutes ses colères ?
A-t-il oublié, le bon président Sleiman, que ce sont les camisaneri du Hezb qui ont fait basculer la majorité de camp pour servir les desseins de Michel Aoun et de ses amis réunis dans une alliance plus qu’hétéroclite, source d’angoisse pour la majorité des Libanais ?
De Nagib Mikati et de son camarade de liste tripolitain Mohammad Safadi, qui ont renié la parole donnée à l’électeur, l’on ne saurait quoi dire, à part louer leur sens absolu du business – en espérant pour eux que des impondérables du calibre de la révolution syrienne ne viennent prouver à quel point ils auront même perdu le sens des affaires...
Reste le très socialiste Walid Joumblatt (dont le père avait donné aux Libanais, tôt dans leur jeunesse, le goût de chanter l’Internationale) qui a changé de camp pour, dit-il, éviter à sa communauté les dangers d’une période qu’il qualifie de très dangereuse et même d’effrayante. Qu’a-t-il donc à dire à ses ouailles de Soueida qui manifestent dans le Djebel druze pour la chute du régime baassiste de Syrie, et qu’a-t-il pu faire pour les protéger ou les aider dans leur quête sanglante de liberté ?
Nous laissera-t-on vivre assez pour connaître les réponses ?

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A.R.HIJAZI

il y a les principes en politique et il y a la "real politique". L'déal pour un homme politique, un parti ou un pays, est de confondre les deux en une seule approche aboutissant ainsi à une politique"noble". Hélas, au Liban, depuis toujours, sauf peut être avec F.Chéhab, la real politique et celles des principes ont toujours opposé ceux qui prétendent faire de la politique. Schizophrénie diront certains...; l'homme politique libanais dit une chose et fait son contraire...c'est devenu une habitude chez nous et l'habitude devient une norme.
Lorsque le jeu politique est simple, nos hommes politiques deviennent virtuoses dans ce dédoublement de la personnalité: moralisateurs dans les paroles, mafieux dans les actes. Malheureusement, le jeu actuel est très complexe. Il les dépasse de loin...mettant ainsi en évidence leur médiocrité.... Les exemples que vous citez sont une démonstration brillante....la complexité de la situation suppose, pour réussir, d'avoir des "Grands Hommes"... Le Liban politique manque cruellement....ceux qui sont dans l'arène sont dépassés par les évenements... les pauvres... ce n'est pas de leur faute...ils font ce qu'ils peuvent... c'est à dire pas grand choses...

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