L’édito de Abdo CHAKHTOURA

Le grand malentendu

23/06/2009
Un p'tit tour d'élections pour rien ou presque, on prend les mêmes et on recommence ?
Le camouflet administré par l'électeur aux aventuriers avides de pouvoir, d'équipées punitives contre les récalcitrants, et aux va-t-en-guerre assoiffés de sang et de martyre n'aura servi qu'à exacerber leur frustration de constater le rejet de leurs projets douteux. On croyait l'heure venue au dialogue, mais la main tendue s'est vite transformée, pour certains, en poing menaçant. Le verbe haut, le doigt levé, ils multiplient déjà les ukases : trop de traîtres qui ne partagent pas leurs idéologies, trop de libertés qui nuisent à leurs théories, disent-ils en somme.
Après avoir publiquement accepté les résultats du scrutin, les grands exégètes de l'opposition, apparemment très calés en rhétorique, remanient leurs tactiques et contestent la représentativité de la majorité sortie des urnes. Ils lui opposent la notion de majorité populaire, nouvelle trouvaille censée jeter le doute sur la légitimité des nouveaux élus, choisis quand même par le peuple, selon un scrutin adoubé par tous.
Leurs patrons manifestent leur colère, posent des conditions rédhibitoires, donnent des  leçons de  patriotisme et imposent des lignes rouges à la liberté de dire, de penser et d'écrire. Sayyed Hassan Nasrallah, puisque c'est de lui qu'il s'agit, s'en est même pris au patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, lui reprochant, sur un ton peu amène, d'avoir mis en garde contre les choix qui mettraient le Liban, encore une fois, sous la férule du Syrien, mais cette fois-ci de l'Iranien aussi.
Pourquoi d'ailleurs se priverait-il d'attaquer la tête de l'Église maronite, puisque son allié inconditionnel, le général Michel Aoun, qui se dit ardent défenseur des chrétiens, n'arrête pas, depuis longtemps, de déverser son fiel contre le patriarcat, pourtant réputé pour être, à travers les âges, le symbole du Liban indépendant, libre et souverain ?
Loin de l'anticlérical que je suis l'idée de défendre Bkerké à tout prix, le patriarche étant assez grand et assez sage pour ce faire ; mais la colère de M. Nasrallah l'a mené jusqu'à pratiquement accuser Nasrallah Sfeir de laxisme à l'égard de l'ennemi israélien ; Le secrétaire général du Hezb a-t-il oublié que le régime des mollahs dont il est un des soldats a eu recours au marché israélien (le fameux scandale de l'Irangate) pour acheter les armes nécessaires à retarder la défaite de son armée dans la guerre de huit ans contre l'Irak de Saddam Hussein ?
À l'instar du nerveux général également, sayyed Hassan a lancé ses foudres menaçantes contre les médias qui, dit-il, parlent dans leurs analyses de la wilayet el-fakih, une notion, selon lui, interdite aux journalistes et même aux politiques, puisqu'elle relève, dit-il, du registre sacré du chiisme.
A-t-il aussi oublié que cette notion est également temporelle puisqu'elle fait du Hezbollah un mouvement qui suit les ordres et se doit de respecter à la lettre, même dans ses choix politiques et militaires, les décisions du waliy qui est le guide suprême de la République islamique d'Iran ? L'Iran où précisément ce waliy a fourni un échantillon de sa sagesse temporelle en interdisant les manifestations populaires pacifiques qui dénonçaient la fraude massive lors de la présidentielle qui a reconduit Ahmadinejad la colombe à la tête du pays.
Le sayyed ne s'est pas arrêté en si bon chemin puisqu'il a décidé de retirer du dialogue, et donc du débat, le dossier des armes du Hezbollah qui ne relèvent pas de l'État libanais supposé être le seul détenteur de la décision de guerre et de paix ; ses services de renseignements tout-puissants ne lui ont-ils pas dit que c'est là le premier sujet d'inquiétude et de crainte de la grande majorité des Libanais ? Ou bien pense-t-il à tort que le villageois chrétien de Daraoun, de Baskinta et autres localités du Kesrouan ou du Metn, qui a donné sa voix à son allié le général Aoun, est nécessairement un candidat potentiel au martyre pour défendre Gaza, la Cisjordanie et le Golan occupé ?
À défaut de reconnaître ces qualités au général Aoun et à ses guerres donquichottesques qui ont causé beaucoup de tort aux Libanais, le sayyed nous a habitués à plus de pragmatisme et de clairvoyance, malgré le si je savais coûteux de 2006. Il devrait donc revoir ses calculs, être plus à l'écoute de ses partenaires dans la patrie (sic), dissiper les malentendus au lieu de les entretenir, oublier les thèses populistes et pratiquer une politique dont l'objectif serait la seule primauté des intérêts libanais avant toute autre considération, confessionnelle, ethnique, régionale ou internationale.
Sa main tendue ne devrait donc pas être gantée de fer, car Beyrouth ne sera jamais Téhéran. Surtout pas le Téhéran d'aujourd'hui !

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