Le cinéaste algérien Merzak Allouache.
C'est sans aucune démagogie ni aucun misérabilisme que le cinéaste, qui aime swinguer entre comédie et drame et qui enchaîne les films depuis 1976, comme Chouchou et Bab el-Oued City, raconte cette aventure qui est aussi depuis quelques années le drame de l'Algérie.
Merzak Allouache a quitté son pays natal depuis que la violente folie s'est emparée des esprits. À la fin de ce qu'il appellera la « décennie noire », le réalisateur ne cessera de faire la navette entre la France et l'Algérie où il tourne des films et dénonce le terrorisme, l'intégrisme et l'intolérance. « Je dois être schizophrène pour demeurer maladivement attaché à ce pays », dit-il en rigolant. « En effet, l'Algérie où chacun traitait l'autre de frère a sombré d'un jour à l'autre dans la haine la plus sanglante. Et pour des raisons non définies », ajoute-t-il.
C'est donc ce désespoir et ce désir de partir qui prévalent dans son film Harragas, lequel emprunte au documentaire le travail d'enquête et le déroulement de l'action jusqu'à la fiction.
« C'est un cri de révolte que je lance, avoue Allouache. Il y a tellement de désespoir chez ces jeunes (tous milieux confondus) qu'on ne peut le contenir ou le refouler. Il faut en parler. La mer Méditerranée n'est plus ce lac de paix mais un mur auquel se heurtent ces "harragas" assoiffés de liberté. Comment un pays aussi riche (en gaz et pétrole) que l'Algérie et qui eut son indépendance peut-il refuser une vie digne à son peuple ? »
Dans le bleu de la mer, une petite embarcation emmène un groupe de personnes vers une destination inconnue. Tous savent que les risques sont grands. La plupart de ces gens-là périssent en mer, sont rattrapés par la police côtière, renvoyés chez eux, emprisonnés, mais recommencent encore et toujours. C'est une sonnette d'alarme que tire Merzak Allouache. Non sans une pointe de pessimisme, mais avec détermination. « Il est loin, conclut-il, le temps où je croyais naïvement que le cinéma pouvait bouleverser le monde. Mais c'est un devoir que de le renseigner sur le sort de ce pays qui affronte un de ses plus grands fléaux. » « N'empêche, ajoute-t-il, que ça me fait plaisir lorsque j'apprends que mon film a reçu au festival de Dubaï le prix des Droits de l'homme. C'est donc que quelque part, le cri a été entendu. »


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