Liban

Les déboires d’une apprentie-médium

24 heures avec...l'au-delà Cette semaine, « 24 heures avec... » part à la découverte des mystères du spiritisme et du magnétisme avec Mylène, une jeune femme débordante d'énergie... magnétique. Elle se dit également en contact avec les esprits. Fascinés ou incrédules, ses proches tentent de comprendre les enjeux de ces « pouvoirs » qu'elle ne sait pas encore maîtriser.
George ACHI | OLJ
31/10/2009
« Je ne sais pas d'où ça vient. Tout ce que je sais, c'est que j'ai ce pouvoir, et que j'ai envie de l'utiliser pour rendre  service aux gens. » Mylène a 25 ans, elle vit à Beyrouth, et elle sent en elle des pouvoirs extraordinaires, qu'elle prend très au sérieux. Elle se dit capable de communiquer avec des esprits, mais également de transmettre de l'énergie positive autour d'elle. Chaque semaine, elle organise une réunion avec quelques proches et tente des expériences qui doivent lui permettre de mieux comprendre ses pouvoirs, pour mieux les maîtriser.
Pour l'instant, il ne s'agit que d'un ensemble de sensations nouvelles, qui lui font un peu peur. Tout a commencé il y a à peu près un an, après une soirée très arrosée. « Je m'étais endormie sur un canapé, chez une amie, raconte-t-elle. En me réveillant, je me suis rendu compte que la surface sur laquelle j'étais allongée était toute hérissée, les petits fils du tissu étaient dirigés vers moi. » Évidemment, elle en a d'abord conclu que c'était un effet de l'alcool. Mais les mêmes incidents se sont répétés plusieurs fois, alors que Mylène était tout à fait sobre. C'est alors qu'elle a fait le lien entre ces phénomènes et d'autres expériences qu'elle vit régulièrement depuis son enfance.
« Quand j'avais quatre ou cinq ans, mon grand-père est mort, se souvient-elle. Ça m'a fait beaucoup de peine. J'étais très proche de lui, et j'ai essayé de communiquer avec lui. Je lui ai parlé. Il m'a répondu. » Mylène a tenté de raconter cette histoire à sa famille, mais personne n'a voulu la croire. Plus tard, elle a recommencé : avec son grand-père, mais aussi avec d'autres. Toute seule, dans le noir, pendant des années, elle a parlé à des esprits et ces esprits lui auraient répondu.
Pourtant, elle a d'abord refusé de croire qu'il s'agissait d'une faculté extraordinaire. « Je pensais que tout le monde pouvait faire ça, dit-elle. Par pudeur, je n'en parlais à personne, je me disais que c'était comme les rêves : quelque chose qu'on fait tout seul la nuit et qu'on n'a pas forcément besoin de raconter. »
Aujourd'hui, tout a changé. En grandissant, Mylène a eu l'occasion de comparer son expérience à celle de ses proches, et elle a dû se rendre à l'évidence : elle pense avoir en elle une énergie que les autres n'ont pas. Communication avec des esprits ou force magnétique, les phénomènes se sont multipliés à partir du moment où elle a atteint l'âge adulte. Elle vit désormais quotidiennement des expériences qui, à l'entendre, frisent le surnaturel.
Démonstration. Mylène place ses mains près de vos joues, sans les toucher, et vous demande de vous détendre. Elle se concentre et « dirige » son énergie vers votre visage. Elle vous expliquera ensuite que sa puissance magnétique est passée de ses mains à vos joues et vous demande de décrire ce que vous avez ressenti.
Les réponses sont mitigées. Après l'expérience, certaines personnes affirment avoir ressenti des frissons, des « tremblements intérieurs », suivis d'un calme étrange. D'autres, dont un journaliste incrédule, déclarent que rien n'a changé dans leur corps durant la minute où ils auraient dû être magnétisés.
« Ce n'est pas un jeu, explique Mylène. C'est juste une petite expérience pour montrer que le magnétisme existe vraiment et qu'on peut le ressentir directement sur son corps. » L'ambition de la jeune femme est de réussir à diriger ses émissions d'énergie vers des cibles précises, sur des corps humains malades ou blessés, pour les guérir. « Il y a plusieurs kinésithérapeutes dans ma famille, ajoute-t-elle, et tous ont des talents exceptionnels. J'ai lu des études qui montrent que c'est une sensibilité qui peut se transmettre des parents aux enfants. »
Quant au contact avec les esprits, Mylène semble moins prête à en parler. Elle élude la question en évoquant la difficulté d'assumer une telle responsabilité. « Communiquer avec l'au-delà, dit-elle, cela peut avoir des impacts importants sur la vie des gens, alors je ne veux pas prendre ces expériences à la légère. Je veux d'abord savoir exactement de quoi il s'agit. » Elle se laisse pourtant convaincre de raconter des séances de spiritisme où elle est entrée en contact avec son arrière-grand-mère, en présence de ses frères et de ses cousines. « Nous étions tous assis autour de la table, raconte-t-elle, et nous avons évoqué son esprit. J'ai alors entendu sa voix, qui m'a dit ce que je devais dire à mes frères et aux cousines. Elle m'a dit qu'elle était en colère, parce que ses petits-enfants, nos parents, s'étaient disputés autour de son héritage. J'ai senti sa colère, elle m'a pénétrée. Je me suis mise à crier ce que je l'entendais dire dans ma tête, et j'ai tapé du poing sur la table. Il m'a fallu du temps pour m'en remettre, après la séance. »
Des quelques amis et des membres de sa famille auxquels elle s'est confiée, rares sont ceux qui la prennent au sérieux. « Ils me croient folle, dit-elle, mais ce n'est pas mon problème principal. Je dois d'abord me convaincre, moi-même, que je ne suis pas folle. » Mylène a commencé à s'intéresser à ses « pouvoirs » durant une période assez difficile de sa vie : elle venait de perdre ses parents et n'arrivait pas à trouver une voie professionnelle qui lui convienne. Statistiquement, d'après plusieurs psychiatres, les jeunes adultes qui décident d'explorer leurs pouvoirs magnétiques et spirituels sont pour la plupart en période de dépression et de manque affectif. La recherche d'un au-delà leur permet de surmonter temporairement leur détresse.
Ainsi, Mylène n'est pas un cas isolé. Ils sont des milliers de jeunes gens à tenter d'explorer les puissances cachées de leurs corps. Des associations et des écoles leur proposent de les aider en partageant leur expérience et en puisant dans l'expérience des anciens. C'est le cas du Collège Arthur Findlay au Royaume-Uni, ou de l'École suisse de médiumnité. Mylène a pour ambition de fréquenter un jour une de ces institutions, pour apprendre les techniques « professionnelles » de contact avec les esprits et de soins par le magnétisme. Mais elle se contente en attendant de réunir autour d'elle, dans ses rencontres hebdomadaires, les quelques personnes qu'elle a rencontrées à Beyrouth qui croient en ses expériences et souhaitent profiter de son pouvoir. Certains veulent communiquer, à travers elle, avec des proches disparus. D'autres s'intéressent simplement aux capacités qu'elle affirme avoir et veulent en apprendre plus. Qu'il soit réel ou fictif, le magnétisme de Mylène a au moins permis, elle l'admet, d'attirer vers elle des personnes semblables à elle, curieuses de découvrir des secrets qui leur permettront peut-être d'échapper à des souffrances quotidiennes bien réelles.

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