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Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Une victoire chèrement payée

Oui, de l'extérieur, ça semble aller. Les résultats sont là. Mais la victoire a été très coûteuse, aussi bien financièrement que politiquement.
On ne sait si, d'une façon ou d'une autre, ces choses ne la ternissent pas. Financièrement, des sommes énormes ont été dépensées. De part et d'autre s'entend, mais on est d'abord responsable de soi. Politiquement, des calculs électoraux ont éliminé certaines des plus intègres figures de notre petite scène politique. Nous les avons sacrifiées, pour faire triompher une ligne. C'est du moins comme ça que nous nous consolons. Si nous n'étions que des animaux politiques, nous aurions poursuivi, sans plus de scrupules, un combat très âpre contre des adversaires implacables. Mais peut-on s'empêcher de porter un jugement moral sur les événements du monde ? À la balance de l'histoire, la trahison des idéaux et même de liens purement humains, au nom de l'efficience, pèse aussi lourd qu'une erreur politique, comme nous l'a appris Albert Camus. Il y a des trahisons qui rejaillissent sur la noblesse de la cause. De délicats équilibres gouvernent le monde.
Certains se félicitent, mais comme s'il s'agissait d'un lot de consolation, ou d'un paquet surprise auquel personne ne songeait, que les relations des chrétiens avec les deux grandes communautés musulmanes, les sunnites et les chiites, soient finalement sauves. Quelle que soit la partie jouée, les chrétiens ont été au moins gagnants sur ce tableau, se disent-ils. C'est là un exemple de cette « histoire invisible » qui se tisse, à travers les événements, un exemple de plus de la façon dont « Dieu écrit droit avec des lignes courbes ». Mais y croire vraiment reviendrait à dire que la prospérité des chrétiens relève de la permanence de l'inimitié que se portent les uns aux autres sunnites et chiites. Ce sont peut-être des dividendes de la bataille, mais ce n'est pas ça le christianisme.
Il y a une autre et terrible conséquence de la bataille qui vient de s'achever : la dégradation supplémentaire des sentiments que se portent les Libanais, et plus particulièrement les chrétiens entre eux. D'effrayants sentiments d'exécration se font jour, désormais plus crûment encore que par le passé, en particulier à l'égard du haut clergé. C'est le triomphe absolu de la calomnie, de la haine et des coups de dague dans le dos. Sans preuves, sans l'exercice du moindre bon sens, les accusations les plus terribles, les calomnies les plus insidieuses, sont lancées et sont prises pour argent comptant. Il serait impardonnable de les énumérer, car ce serait contribuer au crime. Il y a même un devoir moral à ne pas les répéter. Car il y a quelque chose de diabolique dans cette machine infernale de la langue que plus personne ne parvient à arrêter. C'est à qui salira le plus la réputation de l'autre et personne n'y échappe.
Du reste, les médias sont aussi en cause et contribuent à entretenir les flammes de ce brasier, en y jetant quotidiennement leurs brassées de bois mort, de sarments secs et de paille, c'est-à-dire de préjugés, de clichés et de superficialité, sans parler du manque de discernement et de rigueur dans l'analyse, de complaisance pour les « copains », de provocations et d'intoxication. Nous agissons avec le foisonnement des plantes grimpantes, sans nous rendre compte que nous abîmons le mur. Comme Pénélope, nous défaisons de nuit le travail du jour. Des voyants sont invités sur les plateaux pour dire qui sera élu et qui ne le sera pas ; qui va mourir l'an prochain et qui va quitter sinon ce monde, du moins le Liban. Sans plan de route, sans boussole, nous n'irons pas loin dans l'exploration de l'insignifiance. Pourtant, nous avons des sages, nous savons que l'histoire nous apprivoise petit à petit, nous rassemble et nous unit, pour le meilleur et pour le pire.
Le patriarche maronite a accordé à une revue un entretien dans lequel il affirme courageusement que la Syrie continue d'avoir des ambitions au Liban, que si la ligne de l'opposition avait triomphé, le Liban aurait été à la merci de l'axe syro-iranien. La déclaration venait en confirmer d'autres, effectuées avant le scrutin. Fallait-il vraiment le faire, alors que la victoire électorale était déjà assurée ? Certains chrétiens se posent la question, et redoutent que le patriarche n'ait fait là un « faux pas ». Le patriarche, qui est la « conscience du Liban » et dont le salon est le confessionnal de la nation libanaise, est sans doute en possession d'informations que le commun des mortels ne possède pas, et pense très probablement que tout danger n'est pas écarté et qu'il est le seul au Liban à pouvoir le dire aussi franchement.
Voilà certaines des questions et des doutes qui nous tenaillent, au lendemain de ces élections plus cruciales encore qu'on ne le croyait. « Paix, dialogue, paix, dialogue ! » ne cessent de susurrer depuis le dimanche électoral du 7 juin les divers responsables politiques, Saad Hariri en tête. Pourquoi a-t-on l'impression que la paix civile est à la merci d'une étincelle ?
On ne sait si, d'une façon ou d'une autre, ces choses ne la ternissent pas. Financièrement, des sommes énormes ont été dépensées. De part et d'autre s'entend, mais on est d'abord responsable de soi. Politiquement, des calculs électoraux ont éliminé certaines des plus intègres figures de notre petite scène politique. Nous les avons sacrifiées, pour faire triompher une ligne. C'est du moins comme ça que nous nous consolons. Si nous n'étions que des animaux politiques, nous aurions poursuivi, sans plus de scrupules, un combat très âpre contre des adversaires implacables. Mais peut-on s'empêcher de porter un jugement moral sur les événements du monde ? À la balance de l'histoire, la...