Un membre des forces gouvernementales syriennes monte la garde dans la zone de la base aérienne militaire d’Abou al-Douhour, dans la province d’Idlib, le 21 janvier 2018. Photo d'archives George OURFALIAN / AFP
Le chef d'état-major israélien a déclaré mercredi, au lendemain du bombardement par Israël d'une base aérienne en Syrie, près de la frontière turque, que l'armée ne laisserait aucune « force hostile s'implanter » à la frontière syrienne.
« Nous surveillons l'évolution de la situation sur le front syrien. Nous ne laisserons pas des forces hostiles s'implanter à nos frontières et saurons utiliser nos capacités opérationnelles précisément, où et quand il le faudra », a déclaré le général Eyal Zamir, depuis la Syrie, où il s'est rendu auprès des troupes occupant un secteur méridional du pays voisin.
Cette visite du commandant israélien et ses déclarations interviennent sur fond de tensions exacerbées entre Tel-Aviv et Ankara, alors que la Turquie, proche des nouvelles autorités syriennes, forme l’armée du régime du président Ahmad el-Chareh, l’aide à reconstruire des institutions étatiques et des infrastructures, et lui fournit un soutien militaire et diplomatique.
Une escalade « évitée »
Dans ce cadre, Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie et ambassadeur en Turquie, a annoncé que les États-Unis œuvrent à la mise en place d’un mécanisme de déconfliction entre Israël, la Turquie et la Syrie. Selon lui, la Turquie n’avait pas été informée des frappes israéliennes, « et a donc observé les appareils se diriger vers le nord, en direction de son territoire, ce qui aurait donc pu l’amener à préparer sa propre riposte », faisant référence à une possible réaction militaire turque. « Heureusement, la raison l’a emporté et a permis d’éviter une escalade », a déclaré Tom Barrack mardi à l'agence Reuters lors d’un entretien téléphonique.
La Turquie a condamné les frappes israéliennes contre la base aérienne d’Abou Dhouhour, dans le nord-ouest de la Syrie, mais n’a pas fait d’autres commentaires, y compris sur un potentiel mécanisme de déconfliction. Un mécanisme de déconfliction est un canal de communication destiné à éviter des malentendus ou des affrontements accidentels entre acteurs militaires ou politiques. Les tensions se sont accrues entre Israël et la Turquie, qui partagent toutes deux une frontière avec la Syrie, et leur rhétorique s’est durcie au sujet de la Syrie. La Turquie, qui possède la deuxième plus grande armée de l’OTAN et a signé en août un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, est devenue l’un des principaux alliés du président Chareh.
Les frappes israéliennes sur la base aérienne syrienne « reflétaient une perception — exacte ou non — que la Turquie pourrait prochainement accroître sa présence sur cette base », a déclaré Tom Barrack. « Cela souligne la nécessité d’un mécanisme de déconfliction entre Israël, la Syrie et la Turquie. C’est un dossier sur lequel nous travaillons activement afin de prévenir tout malentendu », a-t-il poursuivi. « La priorité est désormais de faire baisser les tensions et de permettre une approche plus mesurée ».
La base aérienne, située à environ 70 km à l’est de la frontière turque, n’est plus opérationnelle comme terrain militaire dédié depuis 2013 et a changé de mains à plusieurs reprises au cours des 14 années de guerre civile opposant les forces fidèles à l’ancien président Bachar el-Assad et les factions de l’opposition.
La chaîne d’État syrienne Al-Ekhbariya, citant une source militaire, a rapporté qu’Israël avait mené huit frappes aériennes contre la piste et les installations de stockage de la base. Une autre source militaire et un civil résidant près de la base ont indiqué qu’il n’y avait pas eu de victimes.
Condamnation du Liban
Israël frappe depuis des années des cibles en Syrie pour freiner ce qu’il considère comme l’influence iranienne et empêcher des armes d’atteindre le Hezbollah au Liban. Depuis la chute d’Assad en 2024, l'État hébreu observe également les nouveaux dirigeants syriens avec suspicion et poursuit ses opérations militaires dans le pays, avec une dernière attaque contre des sites gouvernementaux dans le sud et le centre de la Syrie en mars.
Le Liban a pour sa part condamné, via son ministère des Affaires étrangères, le bombardement israélien de l'aéroport d'Abou Dhouhour, estimant qu'il constituait « une violation flagrante de la souveraineté de la République arabe syrienne ainsi que de son unité et de son intégrité territoriale, et une violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies ». Beyrouth a encore appelé à « mettre fin à ces violations et de s’abstenir de toute mesure susceptible d’accroître les tensions et de menacer la stabilité régionale ».
« Moyens cinétiques »
La Syrie et Israël ont mené plusieurs tours de discussions sur la désescalade et sur la frontière depuis que les forces rebelles sous le commandement du président Chareh ont renversé Assad, mais aucun accord n’a été trouvé. « Un incident de la nature de celui d'Abou Dhouhour souligne la nécessité d’intensifier ces efforts et d’élargir le processus », a déclaré Tom Barrack. L’envoyé américain a précisé que les États-Unis facilitaient déjà un mécanisme d’échange d’informations et de dialogue entre les parties.
Dans ce cadre, et selon plusieurs sources citées par Reuters, le nouveau directeur du Mossad israélien, Roman Gofman s'est entretenu par téléphone avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chaibani le 14 août dernier. La conversation a porté sur la présence militaire turque en Syrie.
« Ce qu’il faut, c’est une architecture plus solide, avec des moyens plus importants. Investir dans de tels mécanismes coûte bien moins cher que de recourir à des moyens cinétiques de communication qui peuvent s’élever à des centaines de millions de dollars », a-t-il indiqué en faisant référence à la force militaire.