La pénicilline, à titre d'exemple, a été isolée en 1929 par le Dr Alexandre Fleming à partir d'une colonie de moisissures. La streptokinase, produite par le streptocoque hémolytique, une bactérie souvent très virulente - d'ailleurs traitée par la pénicilline, - est un excellent remède pour dissoudre les caillots de sang lors d'un infarctus aigu. Par ailleurs, la chimiothérapie oncologique, désormais indispensable pour sauver ou prolonger la vie de centaines de millions d'individus souffrant de cancer, n'est autre qu'une pharmacothérapie à base de produits chimiques connus pour leur toxicité, mais « apprivoisés » afin qu'ils soient tolérés par la majorité de ceux qui les reçoivent.
La toxine botulique ou « Botox » est l'un des médicaments qui ont révolutionné la médecine contemporaine. Cette toxine, sécrétée en immenses quantités par une bactérie qui causait, avant l'ère des antibiotiques, des épidémies de paralysie après ingestion d'aliments contaminés, a été à son tour purifiée grâce aux travaux des Drs Alan Scott et Edward Shantz au début des années 1970. Désormais synthétisée en laboratoire, cette toxine bloque la signalisation entre nerf et muscle et, de ce fait, réduit la contraction musculaire. La toxine botulique fut approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) en 1998 pour le traitement du strabisme. Elle est devenue depuis lors indispensable dans le traitement des dystonies musculaires, comme le torticolis, le blépharospasme (clignotement excessif et incontrôlable des paupières) et d'autres dysplasies neuromusculaires, des spasmes de l'œsophage ou de la vessie, de la migraine et de certains types de douleurs. Dans le monde de la dermatologie et de la médecine esthétique, la toxine botulique à petites doses est utile pour atténuer les rides dynamiques du tiers supérieur du visage (traitement approuvé par la FDA en 2002), les rides verticales du cou, ainsi que la transpiration excessive (traitement approuvé par la FDA en 2004).
Il n'existe pas de médicaments sans effets secondaires. Irritations gastriques, éruptions cutanées et céphalées, entre autres, peuvent survenir avec un grand nombre de médicaments. Les effets indésirables, pouvant conduire à l'hospitalisation ou causer un décès (décrits même avec un médicament aussi anodin que l'aspirine), sont heureusement exceptionnels.
Les informations récemment diffusées sur la mortalité induite par la toxine botulique ont normalement alarmé l'opinion publique. Seize cas de décès (sur un total de plus de six millions de traitements utilisant la toxine botulique durant la même période) ont été documentés par la presse médicale étrangère. Ces cas étaient causés par des doses beaucoup plus élevées que la limite acceptable (souvent jusqu'à sept fois la dose recommandée dans ces indications), administrées dans le traitement de maladies neurologiques graves. De rares cas étaient associés à des traitements à visée esthétique, mais là encore à des doses erronées, excessivement élevées, ou avec des types de toxine illicites et de mauvaise qualité, administrés par des non-spécialistes, voire des charlatans.
Au Liban, la toxine botulinique est très utilisée : le produit original ainsi que deux autres produits de qualité acceptable sont disponibles. Quand ces produits-là sont administrés par un médecin spécialiste, les patients reçoivent généralement un traitement extrêmement satisfaisant, avec un taux très minime d'effets indésirables, et un risque de complications graves pratiquement inexistant.
Heureusement, aucune complication grave n'a été rapportée, mais les produits de moindre qualité pullulent dans le pays. Vu leur moindre coût, ils sont largement utilisés. Plus grave encore est le fait qu'un nombre croissant de traitements est illégalement administré par des non-médecins. C'est dans ces deux situations-là, souvent intriquées, que réside le danger de complications graves.
En résumé, la toxine botulinique a bel et bien été apprivoisée, mais seulement par des mains expertes.
* Le Dr Dany Touma est professeur adjoint de dermatologie à l'Université de Boston.
Le Pr Roland Tomb est chef du département de dermatologie à l'Université Saint-Joseph.
Le Pr Édouard Makhoul est président de la Société libanaise de dermatologie.


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