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MOMENTS INSOLITES - Il a découvert l’épave du « Her Majesty Ship Victoria » au large de Tripoli en 2004 Christian Francis, au service de Son Altesse Carla HENOUD

CHRONOLOGIE
21/04/2008
C’était il y a plus de quatre ans et pourtant... La presse continue de se faire l’écho de la découverte, les gens à s’étonner, les plongeurs du monde entier à venir voir, et les Anglais à apprécier l’événement. Entre Christian Francis et « Sa Majesté Victoria » l’histoire d’amour, qui a démarré dans les années 90, n’en finit pas de s’épanouir dans la presse du monde entier. «Je retrouverai l’épave du HMS Victoria ! », avait promis le jeune Christian Francis, lors d’une visite au cimetière naval de Tripoli, baptisé Victoria en hommage aux six corps de marins rejetés sur la côte au lendemain du 22 juin 1893. Date fatidique qui a vu ce monstre de la flotte britannique de Méditerranée entrer en collision avec le HMS Camperdown, autre fleuron de la flotte anglaise, et couler avec, à son bord, l’amiral Tryon et 620 membres d’équipage, dont seuls 270 réchapperont à la mort. « C’est entièrement ma faute », dira ce dernier avant de se laisser emporter, l’honneur brisé. Dans son bureau où il nous reçoit, une barbe salée de trois jours qui sent encore la mer, un corps d’athlète qui ne craint pas les vagues, un regard qui, en un éclair, balaie les lieux et devine les dangers, Christian Francis raconte son aventure en illustrant ses propos de photos du navire, de documents, d’affiches et de plans d’époque. Économiste de son état, mais surtout skieur, champion d’aviron et plongeur épris de liberté, il a créé le club de plongée Lebanon Divers en 1994. « J’ai certifié 1 110 élèves, c’est un peu à eux que j’ai offert la découverte du Victoria », avoue-t-il fièrement, du haut de ses 35 ans. Toujours prêt à repousser les limites de ses découvertes, il avoue avoir depuis longtemps été fasciné par ce monstre mythique. Informations « En 1996, à l’occasion d’une mission scientifique pour le compte de l’Université américaine de Beyrouth à Chekka, où, avec une équipe de plongeurs nous faisions des recherches sur les sources karstiques sous-marines, j’ai rencontré un pêcheur, Edmond Touma, qui m’a parlé d’un navire, qu’il croyait allemand, coulé dans les environs. » Le plongeur part donc à la recherche de documents et autres informations, convaincu qu’il s’agissait du Victoria. Au National Maritime Museum de Greenwich, d’abord, il découvre l’ouvrage Admirals in collision, écrit en 1959 par Richard Hough, qui tente de donner une première explication à cet inexplicable accident. L’idée sommeille quelques années dans son esprit, puis se réveille lorsqu’il tombe, en 2003, sur le jugement de la cour martiale de 1893, archivé au National Maritime Museum de Londres et rédigé par Maurice Bourke, le second de Tryon. « Il y était rapporté les circonstances exactes du naufrage, la position du navire et la profondeur approximative des fonds au moment de la collision. À 14 heures 45, poursuit le plongeur, le navire se trouvait à l’ouest de l’île des Lapins. À 15 heures vingt, soit 10 minutes avant le choc fatal, il se trouvait au nord-ouest de Tripoli. » L’idée, une promesse, se transforme en projet, en attendant de devenir une victoire. Le jeune plongeur réunit toutes les informations sur le bateau. Sa géographie, ses recoins les plus secrets, sa mécanique, son histoire. « Un navire mythique de 103 m de long, 21 m de large et 10 000 tonnes, l’un des premiers cuirassés de l’histoire navale militaire, et l’un des premiers navires anglais à avoir l’électricité à bord. Un prototype hypermoderne et une grande puissance de feu. Il devait s’appeler HMS Renown, mais ils l’ont rebaptisé Victoria à l’occasion du jubilé de l’accession au trône de la reine, et tout le monde avait pensé que ça lui porterait malheur. » Découverte Armé de toutes ces connaissances et de son expérience de plongeur, assisté de Mark Ellyatt, champion britannique de plongée sous-marine, qui détient le record de la plongée la plus profonde, soit 313 mètres, Christian entame sa descente au paradis, à 120 m, un après-midi d’août 2004, à 16 heures 15 exactement. « À un certain moment, le soleil ne passait plus. C’était en fait la tour, une énorme masse noire, qui s’imposait à nous. L’épave reposait en position verticale, les trois quarts du navire enfouis au fond de la mer. » Le plongeur s’approche, lance un « je n’en crois pas mes yeux ! » de bonheur, embrasse l’épave, « un moment religieux », avant de s’engouffrer dans la cabine de l’amiral Georges Tryon. «Un grand homme qui a commis une erreur de manœuvre totalement inattendue et inexplicable. C’était un peu comme si j’entrais dans son intimité », précise le plongeur. Après avoir informé les autorités britanniques et reçu leurs remerciements et leurs instructions, respecter l’épave qui appartient à la Couronne anglaise et qui est aussi un cimetière humain, Christian Francis, « l’inventeur » du HMS Victoria (c’est ainsi que sont surnommés les découvreurs), se voit détenir l’usufruit du navire, « une forme de propriété intellectuelle ». « À savoir, précise-t-il, le droit d’accès exclusif au navire. » Depuis ce 22 août où il a fait particulièrement beau, Christian Francis a organisé 130 plongées-visites de l’épave, de 3 heures en moyenne, « sans aucun accident à signaler ». Il a donné de nombreuses interviews, tourné un premier court-métrage produit par la société Firehorse, fier d’avoir « mis le Liban sur la carte mondiale de la plongée, en attendant, espère-t-il, de pouvoir un jour tourner un documentaire avec de gros moyens, pour National Geographic ou une autre chaîne de cette envergure ».

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