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À Damas, le régime sort les matraques contre les intellectuels

Révolte Moscou dit croire dans le dialogue politique.
OLJ
13/07/2011

Les forces de l'ordre ont dispersé à coups de matraques mercredi quelque 250 intellectuels et artistes syriens qui manifestaient à Damas contre le régime, a déclaré à l'AFP Abdel Karim Rihaoui de la Ligue arabe des droits de l'Homme. Au moins cinq manifestants ont été arrêtés; l'ingénieur Mohammad Zaker Khalil, le journaliste Iyad Chourbaji, l'artiste Guevara Nimr et les deux frères poètes Malas, a affirmé M. Rihaoui.

Les manifestants, parmi lesquels l'écrivain et opposant Fayez Sara et le militant des droits de l'Homme Mazen Darwiche, ont commencé à entonner l'hymne national syrien, puis ont scandé "Dieu, Syrie, liberté et c'est tout", avant d'être rapidement dispersés. Durant la manifestation des intellectuels, une contre manifestation s'est rapidement formée, et des dizaines de pro-régime ont scandé "Dieu, Syrie, Bachar et c'est tout", selon lui.

Avant le début du rassemblement, vingt personnes ont été arrêtées et embarquées dans un car de la sécurité, dont l'actrice May Skaff et la militante Rima Fleihane, a indiqué pour sa part Rami Abdel-Rahmane de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Dans un communiqué publié sur Internet, les intellectuels, artistes et journalistes syriens avaient annoncé vouloir manifester mercredi à Midane près de la Mosquée al-Hassan. Ils ont repris à leur compte les principales revendications des opposants, en demandant "l'arrêt immédiat de la solution sécuritaire et du recours à la force dans les rues contre les manifestants pacifiques, afin de leur permettre d'exprimer leurs opinions en toute liberté, ainsi que la libération immédiate de tous les détenus politiques arrêtés avant ou pendant" la révolte.

La répression des contestataires ne s'est pas limitée aux arrestations. Quatre civils ont été tués mercredi dans le gouvernorat d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, par les forces de sécurité qui mènent des opérations de ratissage et de perquisitions, a indiqué un militant des droits de l'Homme. Ils ont été tués par balles dans la région de Jabal al-Zawiya, a précisé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme joint au téléphone par l'AFP à Nicosie.

Par ailleurs, premier incident du genre depuis le début de la contestation, et dont les circonstances restent floues, une explosion a eu lieu mardi soir sur un gazoduc dans le gouvernorat de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, où se trouvent des champs de pétrole et de gaz, a indiqué mercredi un militant. "L'explosion sur le gazoduc a eu lieu mardi soir à 23h00 locales (20h00 GMT) à al-Tayyané au nord-est de la ville de Mayadine", près de Deir Ezzor, a affirmé à l'AFP Rami Abdel-Rahmane, de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, joint par téléphone à Londres.

Contrairement à M. Abdel-Rahmane, qui évoque un gazoduc, la télévision syrienne officielle al-Ikhbarya parle d'une explosion sur un oléoduc qui a causé des "dégâts limités, sans faire de victime". Un responsable du ministère du Pétrole, cité par l'agence officielle Sana, a affirmé pour sa part qu'"un oléoduc, qui fait l'objet d'opérations de maintenance, a pris feu à Deir Ezzor" peu avant minuit. Il a ajouté que "la production de pétrole se poursuivait". La production pétrolière de la Syrie s'élève à environ 380 000 barils/jour, selon des chiffres officiels.

Sur le plan diplomatique, Moscou affirme croire quand même au dialogue politique en Syrie. "Nous saluons à Moscou le début, de facto, d'un dialogue national en Syrie", déclare le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. "Nous considérons que ce dialogue, qui doit être le plus large possible, est un pas important dans la mise en oeuvre des réformes démocratiques annoncées par la direction du pays", ajoute le ministère. Moscou souligne que cette réunion a réuni des représentants de la société syrienne "y compris des représentants de l'opposition" qui a pourtant boycotté la réunion qui s'est tenue lundi. "Nous sommes convaincus de la capacité des Syriens à parvenir sans violence et sans ingérence extérieure à des décisions politiques consensuelles", a souligné le ministère russe des Affaires étrangères dans son communiqué.

La Ligue arabe partage avec Moscou le refus de toute ingérence dans les affaires syriennes. "La Ligue arabe refuse toute ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes et personne n'a le droit de retirer sa légitimité à un dirigeant car c'est le peuple qui le décide", a affirmé le nouveau secrétaire général de la Ligue arabe Nabil al-Arabi à la presse après avoir été reçu par le président Bachar el-Assad. Le diplomate a par ailleurs souligné "l'importance de la stabilité en Syrie, nécessaire pour assurer la stabilité dans les autres pays arabes".

La France, elle, porte un regard différent sur les derniers développements à Damas et qualifie d'"indécent" le "blocage" par la Chine et la Russie du vote d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la répression. "Manifestement, Bachar el-Assad a mobilisé des moyens invraisemblables pour neutraliser son opposition et des pays qui évoluent, comme la Russie, ou qui affirment leur appartenance à la communauté des nations, comme la Chine, doivent accepter les règles communes: un gouvernement ne traite pas son opposition à coups de canon", a estimé le ministre français de la Défense Gérard Longuet. Selon lui, "la solution militaire est peu vraisemblable en Syrie, parce que fondamentalement, nous sommes dans une logique de guerre civile. C'est quartier par quartier, maison par maison (...) La solution ne peut pas être militaire dans ces cas là". Pour faire pression sur Damas, la communauté internationale doit, selon lui, travailler à "assécher financièrement" la Syrie. "On demande aux voisins qui ont de l'influence politique, économique, morale, sur la Syrie - je pense à la Turquie qui joue un rôle important -, de peser sur son voisin pour leur dire: arrêtez de faire ceci ou cela", a-t-il poursuivi.



 

 

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