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CONFERENCES ET SEMINAIRES

Conférence - Débat passionnant, deux heures durant, avec les élèves du collège Louise Wegmann Samir Frangié : La Syrie sortira certainement un jour, et ce jour n’est plus très loin

L’idée est simple. Et lumineuse. Demander à Samir Frangié de venir rencontrer les élèves de seconde, de première et de terminale d’un lycée laïc – le collège Louise Wegmann en l’occurrence – et leur raconter. Pas leur expliquer, non, mais leur raconter, leur parler, loin de tout didactisme, de tout prosélytisme. Et en chemin, les initier au politique. Les initier à la chose publique. Les amener, loin, comme il le dit, de toute violence et de tout fanatisme, à s’intéresser à des préoccupations d’ordre politique. Pari doublement réussi. Pourquoi ? Parce que les deux parties étaient visiblement sous le charme et captivées l’une par l’autre. Les adolescents, souvent à quelques mois de l’université, l’ont non seulement accueilli plus que chaleureusement, mais il l’ont écouté, passionnés, et ils ont participé ensuite, plus qu’activement, au débat : plus de 60 questions lui ont été posées. Quant à Samir Frangié, c’est sans aucune langue de bois, sans aucune barrière qu’il leur a répondu, surpris, apparemment, par la maturité de certaines de leurs interventions. La société libanaise assassinée Il a d’abord commencé «prudemment» son «initiation des jeunes d’aujourd’hui à la politique» en demandant à ses auditeurs quel sens donner au mot initiation. «En d’autres termes, la politique est-elle une science, un art ou une profession, ou bien est-elle un mystère qu’il nous faut déchiffrer ?» Et puis tout coule. Après ce qui a ressemblé de très près à une véritable démonstration mathématique, Samir Frangié est arrivé, devant des rangées entières occupées par des adolescents, à un postulat en acier : «L’initiation à la politique suppose donc une réflexion sur les moyens de limiter les effets pervers du pouvoir». Les moyens ? La démocratie, le respect des lois, le libre fonctionnement des institutions, la liberté d’expression, «et c’est là qu’interviennent les jeunes, car ils sont moins portés que leurs aînés à accepter les faits accomplis». Et comment... Deux choix se posent devant le jeune : considérer qu’il n’a aucun rôle à jouer et essayer de se faire un avenir, «ici ou ailleurs, et plus probablement ailleurs qu’ici», ou bien estimer que son avenir est lié d’une manière ou d’une autre à celui de son pays. Mais là, Samir Frangié les avertit sans aucune complaisance : «Se pose alors le problème de votre initiation à l’action politique». Quatre écueils majeurs : l’inexpérience des jeunes, l’absence de toute école de formation, «les partis politiques sont en crise, le mouvement étudiant pas encore au meilleur de sa forme», les moyens de la politique, «j’appartiens à une génération qui a longtemps cru que la violence était le levier du changement, or la violence est un mal absolu»... Quant au dernier écueil devant l’action politique, c’est «l’acceptation sans esprit critique des idées reçues», et là, la lucidité de Samir Frangié en a surpris plus d’un : «Nous avons tous été complices d’un meurtre collectif, celui de notre société». Pourquoi ? «Parce que l’on n’a pas compris, ni accepté, que la richesse de notre pays réside dans la diversité qui le compose, diversité religieuse, sociale, culturelle, régionale, etc.». Tout est dit. Sauf que les élèves, eux, ont des milliers de choses à dire. Des dizaines et des dizaines de petits papiers griffonnés qui ont atterri sur la tribune de Samir Frangié. Dénominateur commun à toutes les questions : la présence syrienne. Réponses différentes à chaque question évidemment, mais là aussi, un credo, un seul : «Ne vous contentez pas de constater, trouvez des solutions, faites preuve d’imagination, d’intelligence», et un leitmotiv : l’unité nationale. Morceaux choisis Vous reconnaissez l’indépendance du Liban ? «L’indépendance ? C’est lorsque le citoyen prend souverainement les décisions qui le concernent. Ce n’est pas uniquement un drapeau, un hymne, une parade militaire ou une question de territoire occupé ou pas : on a perdu l’indépendance parce que nous ne sommes pas un État souverain, nous n’avons pas, surtout, d’unité nationale ni un État de droit. Et la seule façon de recouvrer cette souveraineté, puisqu’il ne suffit pas de constater, c’est de retrouver l’unité nationale». L’âge de vote : ne faut-il pas l’abaisser à 18 ans ? «Absolument. En Iran, imaginez-vous que l’âge légal pour voter est de 16 ans». Les libertés et les arrestations des jeunes qui en découlent. «Elles sont à reconquérir. Ce n’est pas un don, c’est un droit qui s’acquiert. Il faut mener une bataille pour les retrouver». Les élections. «Elles doivent être libres. Lors de la dernière échéance législative, la volonté de tous les Libanais ne s’est pas exprimée. La souveraineté nationale se bâtit ainsi». Et les critiques des élèves pleuvent : contre le PSNS, «ce parti qui ne reconnaît pas le préambule de notre Constitution n’a pas à siéger au gouvernement», contre les ministères transmissibles par voie héréditaire, contre les étudiants syriens – ici, une jeune élève a tenté de développer la réciprocité... Les interrogations également, y aura-t-il un nouveau conflit, «sans doute, mais entre la société libanaise et l’État libanais». Le retrait syrien, l’unanimité des élèves... «C’est une étape nécessaire mais pas suffisante dans la recherche de solutions à nos problèmes. Dans tous les cas, le fait que tout le monde en parle de plus en plus facilite la recherche d’une solution. Revoir les relations libano-syriennes, c’est une démarche saine. La Syrie sortira un jour, certainement, et ce jour n’est plus très loin». Les élèves à l’unisson, «inchallah». Eh oui... Et les questions continuent de fuser, et les réponses de Samir Frangié souvent applaudies. Près de deux heures durant, l’initiation à la chose politique libanaise aura tenu en haleine plus de 270 adolescent(e)s. Une gageure, une réussite. Il faut impérativement renouveler l’expérience. Et souvent... Z.M.

L’idée est simple. Et lumineuse. Demander à Samir Frangié de venir rencontrer les élèves de seconde, de première et de terminale d’un lycée laïc – le collège Louise Wegmann en l’occurrence – et leur raconter. Pas leur expliquer, non, mais leur raconter, leur parler, loin de tout didactisme, de tout prosélytisme. Et en chemin, les initier au politique. Les initier à la chose...