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Actualités - Chronologies

Népal - Le massacre royal, « un accident », selon la version officielle - Un régent à Katmandou, le nouveau roi lutte toujours contre la mort

Des milliers de personnes se sont rassemblées hier devant les portes du palais royal de Katmandou, au premier jour du deuil national décrété en hommage au roi Birendra du Népal, tué avec sept autres membres de sa famille. Malgré une bruine incessante, de nombreuses personnes ont fait la queue toute la journée pour signer le livre officiel de condoléances ouvert après la cérémonie de crémation des corps qui avait eu lieu la veille. Certaines pleuraient, d’autres tenaient des fleurs et des portraits du roi défunt. La quasi-totalité des magasins est restée fermée hier dans la capitale népalaise, tandis que les fonctionnaires gouvernementaux étaient facilement reconnaissables dans les rues, ayant dû se raser le crâne en signe de respect pour le souverain assassiné, conformément à un rite religieux hindou. Le ministère de l’Intérieur a également demandé le report pendant treize jours de toute célébration ou cérémonie, notamment les mariages. Les opérateurs de la télévision par câble ont suspendu les programmes de divertissement. Seules la chaîne nationale et les chaînes d’informations comme CNN et BBC étaient diffusées. Tous les drapeaux à travers le Népal étaient en berne. Les corps du roi et de la reine du Népal avaient été incinérés samedi sur les rives du fleuve sacré Bagmati à Katmandou, 24 heures après leur assassinat, perpétré selon la version officielle par leur fils aîné, le prince héritier Dipendra. Les dépouilles du roi Birendra et de la reine Aishwarya et de trois autres membres de la famille royale tués au cours du massacre ont été transportées vers le lieu de crémation, situé au Temple d’or de la capitale népalaise, sur les rives du Bagmati, après une longue procession suivie par des centaines de milliers de Népalais encore sous le choc. Après avoir reçu les derniers rites hindous sous un dais spécialement érigé pour la cérémonie, les corps du roi, de la reine et de leur fils cadet, le prince Nirajan, ont été posés sur des bûchers funéraires, décorés de guirlandes de fleurs. Le prince Gyanendra, frère cadet du roi, assistait à la cérémonie, de même que le Premier ministre Girija Prasad Koirala, des ministres, des officiers de haut rang et des fonctionnaires du palais royal. Selon un communiqué officiel, cinq personnes ont été abattues : le roi, la reine, le prince Nirajan, la princesse Shruti, fille du roi, et l’une des cousines de ce dernier, la princesse Jayanti Shah. Cependant le vice-Premier ministre a indiqué que six autres personnes avaient été tuées, dont deux sœurs du roi et le mari de l’une d’elles. Les Népalais sont restés incrédules, hier, face aux affirmations du nouveau régent qui a soutenu que l’incroyable tuerie au palais royal de Katmandou était le résultat d’un simple «accident». «Même un fou ne croirait pas à cette histoire», a estimé un dirigeant d’entreprise. «Devons-nous vraiment croire qu’une arme semi-automatique parte toute seule de façon répétée en tournoyant autour d’une table jusqu’à ce que la totalité de la famille royale soit exterminée ?», s’est de son côté interrogé un enseignant. La dernière version – édulcorée – de l’événement n’a donc en rien apaisé la colère d’une population qui aimait plus son roi que le gouvernement, accusé de corruption et d’impuissance face au chômage, à l’insécurité et à la rébellion maoïste. Selon la version la plus répandue, et la plus crédible à ce jour de la tragédie survenue vendredi soir, le prince héritier Dipendra, 29 ans, a abattu son père (le roi Birendra), sa mère (la reine Aishwarya), son frère, sa sœur et quatre autres membres de la famille royale avant de tenter de se donner la mort. Son acte aurait été provoqué par une altercation au cours d’un dîner familial au palais royal de Katmandou où ses parents auraient catégoriquement refusé d’approuver son mariage avec Devyani Rana, liée par son père à une famille aristocratique du Népal et par sa mère à l’une des grandes dynasties politiques de l’Inde. La jeune femme se serait réfugiée en Inde après le carnage, selon des journaux de New Delhi. En dépit de sa responsabilité présumée, le prince Dipendra, aujourd’hui entre la vie et la mort dans un hôpital militaire, a été proclamé «nouveau roi» du Népal samedi, et son oncle, Gyanendra, frère du roi défunt, a été nommé «régent». Dans un message à la population, diffusé par la radio d’État, Gyanendra n’a fait mention d’aucune responsabilité, affirmant que la tragédie était le résultat d’un «accident» provoqué par «une arme automatique qui a soudain explosé». Il a ajouté que huit membres de la famille royale avaient été «blessés» et qu’ils avaient tous ensuite succombé à leurs blessures dans un hôpital militaire. «Je pense recevoir le soutien entier du peuple népalais», a dit Gyanendra, en soulignant que son neveu était «dans l’incapacité de remplir ses devoirs». Il a toutefois souhaité à Dipendra un «prompt rétablissement» et a appelé à l’unité du pays. La monarchie au Népal, petit État enclavé entre l’Inde et la Chine, a joui d’un pouvoir absolu jusqu’en 1990, date à laquelle l’ex-roi Birendra a accepté de ne remplir qu’un rôle constitutionnel après un mouvement populaire en faveur de l’instauration d’une démocratie parlementaire. Gyanendra, qui n’est pas particulièrement populaire, est soupçonné par certains responsables politiques d’être favorable à un retour au régime monarchique en vigueur avant 1990. «La vérité concernant l’ensemble de l’affaire sera connue bientôt», a assuré le Premier ministre, Girija Prasad Koirala. Samedi, lors des funérailles royales, sa voiture avait été bombardée de pierres.
Des milliers de personnes se sont rassemblées hier devant les portes du palais royal de Katmandou, au premier jour du deuil national décrété en hommage au roi Birendra du Népal, tué avec sept autres membres de sa famille. Malgré une bruine incessante, de nombreuses personnes ont fait la queue toute la journée pour signer le livre officiel de condoléances ouvert après la cérémonie de crémation des corps qui avait eu lieu la veille. Certaines pleuraient, d’autres tenaient des fleurs et des portraits du roi défunt. La quasi-totalité des magasins est restée fermée hier dans la capitale népalaise, tandis que les fonctionnaires gouvernementaux étaient facilement reconnaissables dans les rues, ayant dû se raser le crâne en signe de respect pour le souverain assassiné, conformément à un rite religieux hindou. Le...